Nous n’étions pas non plus, avec nos vingt ans à peine de ces tenants du scepticisme qui lancent leur “que sais je” comme une fumée de cigarette, et trouvent d’ailleurs la vie excellente. Nous étions, avec toute notre génération, leurs victimes. En effet, bien que le scepticisme soit informulable, parce que toutes nos formulations sont affirmatives par quelque côte, même s’ils expriment la philosophie du doute – il n’en est pas moins agissant, et capable de désagréger la vie de l’âme.
Camus – les noces
Et lorsque, le battement cadencé de la double pagaie aux ailes couleur de fruit suspendu brusquement, nous glissons longuement dans l’eau calme de la darse, comment n’être pas sûr que je mène à travers les eaux lisses une fauve cargaison de dieux où je reconnais mes frères ?
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Ce grand cri de la pierre que Djémila jette entre les montagnes, le ciel et le silence, j’en connais bien la poéie : lucidité, indiffférence, les vrais signes du désespoir ou de la beauté.
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Entre les colonnes aux ombres maintenant obliques, les inquiétudes fondaient dans l’air comme des oiseaux blessés.
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Je me sentais claquer au vent comme une mâture.
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Le vent me façonnait à l’image de l’ardente nudité qui m’entourait. Et sa fugitive étreinte me donnait, pierre parmi les pierres, la solitude d’une colonne ou d’un olivier dans le ciel d’été.
La Bruyère
Comme les hommes ne se dégoûtent point du vice, il ne faut pas aussi se lasser de leur reprocher : ils seraient peut êtres pires, s’ils venaient à manquer de censeurs ou de critiques
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Qui peut, avec les plus rares talents et le plus excellent mérite, n’être pas convaincu de son inutilité, quand il considère qu’il laisse en mourant un monde qui ne se sent pas de sa perte, et où tant de gens se trouvent pour le remplacer?
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Il n’y a point au monde un si pénible métier que celui de se faire un grand nom : la vie s’achève que l’on a à peine ébauché son ouvrage.
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Il apparaît de temps en temps sur la surface de la terre des hommes rares, exquis, qui brillent par leur vertu, et dont les qualités éminentes jettent un éclat prodigieux. Semblables à ces étoiles extraordinaires dont on ignore les causes, et dont on sait encore moins ce qu’elles deviennent après avoir disparu, ils n’ont ni aieuls, ni descendants : ils composent seuls toute leur race.
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On s’élève à la ville dans une indifférence grossière des choses rurales et champêtres ; on distingue à peine la plante qui porte le chanvre d’avec celle qui produit le lin, et le blé froment d’avec les seigles, et l’un ou l’autre d’avec le méteil : on se contente de se nourrir et de s’habiller.
Ne parlez à un grand nombre de bourgeois ni de guérets, ni de baliveaux, ni de provins, ni de regains, si vous voulez être entendu : ces termes pour eux ne sont pas français. Parlez aux uns d’aunage, de tarif, ou de sol pour livre, et aux autres de voie d’appel, de requête civile, d’appointement, d’évocation. Ils connaissent le monde, et encore parce qu’il a de moins beau et de moins spécieux ; ils ignorent la nature, ses commencements, ses progrès, ses dons et ses largesses. Leur ignorance souvent est volontaire, et fondée sur l’estime qu’ils ont pour leur profession et pour leurs talents. Il n’y a si vil praticien, qui, au fond de son étude sombre et enfumée, et l’esprit occupé d’une plus noire chicane, ne se préfère au laboureur, qui jouit du ciel, qui cultive la terre, qui sème à propos, et qui fait de riches moissons ; et s’il entend quelquefois parler des premiers hommes ou des patriarches, de leur vie champêtre et de leur économie, il s’étonne qu’on ait pu vivre en de tels temps, où il n’y avait encore ni offices, ni commissions, ni présidents, ni procureurs ; il ne comprend pas qu’on ait jamais pu se passer du greffe, du parquet et de la buvette.
*
La véritable grandeur est libre, douce, familiere, populaire; elle se laisse toucher et manier, elle ne perd rien à être vue de près; plus on la connaît, plus on l’admire. Elle se courbe par bonté vers ses inférieurs, et revient sans cesse dans son naturel ; elle s’abandonne quelquefois, se néglige, se relâche de ses avantages, toujours en pouvoir de les reprendre et de les faire valoir; elle rit, joue, badine mais avec dignité, on l’approche tout ensemble avec liberté et retenue. Son caractère est noble et facile, inspire le respect et la confiance et fait que les princes nous paraissent grands et très grands sans nous faire sentir que nous sommes petits
*
Celui qui sait attendre le bien qu’il souhaite, ne prend pas le chemin de se désespérer s’il ne lui arrive pas; et celui au contraire qui désire une chose avec une grande impatience, y met trop du sien pour en être assez récompensé par le succès
*
Il faut rire avant que d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri.
*
Il n’y a guère au monde un plus bel excès que celui de la reconnaissance
*
L’esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu’à en faire trouver aux autres : celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit, l’est de vous parfaitement. Les hommes n’aiment point à vous admirer, ils veulent plaire : ils cherchent moins à être instruits, et même réjouis, qu’à être goûtés, et applaudis ; et le plaisir le plus délicat est de faire celui d’autrui.
*
C’est une grande misère que de n’avoir pas assez d’esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire.
*
Un honnête homme qui dit oui et non mérite d’être cru : son caractère jure pour lui, donne créance à ses paroles et lui attire toute sorte de confiance
*
Parler et offenser, pour de certaines gens, est précisément la même chose. Ils sont piquants et amers; leur style est mêlé de fiel et d’absinthe: la raillerie, l’injure, l’insulte leur découlent des lèvres comme leur salive. Il leur serait utile d’être nés muets ou stupides: ce qu’ils ont de vivacité et d’esprit leur nuit davantage que ne fait à quelques-autres leur sottise. Ils ne se contentent pas toujours de répliquer avec aigreur, ils attaquent souvent avec insolence; ils frappent sur tout ce qui se trouve sous leur langue, sur les présents, sur les absents; ils heurtent de front et de côté, comme des béliers: demande-t-on à des béliers qu’ils n’aient pas de cornes? De même n’espère-t-on pas de réformer par cette peinture des naturels si durs, si farouches, si indociles. Ce que l’on peut faire de mieux, d’aussi loin qu’on les découvre, est de les fuir de toute sa force et sans regarder derrière soi.
*
Le plaisir de la société entre amis se cultive par une ressemblance de goût sur ce qui regarde les mœurs et par quelque différence d’opinion sur les sciences : par là ou l’on s’affermit dans ses sentiments, ou l’on s’exerce et l’on s’instruit dans la dispute
*
Mon antichambre n’est pas faite pour s’y ennuyer en m’attendant ; passez jusq un à moi sans me faire avertir. Vous m’apporter quelque chose plus précieux que l’or et l’argent si c’est une occasion de vous obliger.
*
L’occasion prochaine de la pauvreté, c’est de grandes richesses.
*
Il n’y a au monde que deux manières de s’élever, ou par sa propre industrie, ou par l’imbécilité des autres
*la cour est comme un édifice bâti de marbre : je veux dire qu’elle est composée d’hommes fort durs mais fort polis
*
Je crois pouvoir dire d’un poste éminent et délicat qu’on y monte plus aisément qu’on ne s’y conserve
*
Mille gens à la cour y traînent leur vie a embrasser, serrer et congratuler ceux qui reçoivent jusqu’à ce qu’ils meurent sans rien avoir
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La véritable grandeur est libre, douce, familiere, populaire; elle se laisse toucher et manier, elle ne perd rien à être vue de près; plus on la connaît, plus on l’admire. Elle se courbe par bonté vers ses inférieurs, et revient sans cesse dans son naturel ; elle s’abandonne quelquefois, se néglige, se relâche de ses avantages, toujours en pouvoir de les reprendre et de les faire valoir; elle rit, joue, badine mais avec dignité, on l’approche tout ensemble avec liberté et retenue. Son caractère est noble et facile, inspire le respect et la confiance et fait que les princes nous paraissent grands et très grands sans nous faire sentir que nous sommes petits
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Celui qui sait attendre le bien qu’il souhaite, ne prend pas le chemin de se désespérer s’il ne lui arrive pas; et celui au contraire qui désire une chose avec une grande impatience, y met trop du sien pour en être assez récompensé par le succès
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Il faut rire avant que d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri.
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Il n’y a guère au monde un plus bel excès que celui de la reconnaissance
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L’esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu’à en faire trouver aux autres : celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit, l’est de vous parfaitement. Les hommes n’aiment point à vous admirer, ils veulent plaire : ils cherchent moins à être instruits, et même réjouis, qu’à être goûtés, et applaudis ; et le plaisir le plus délicat est de faire celui d’autrui.
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C’est une grande misère que de n’avoir pas assez d’esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire.
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Un honnête homme qui dit oui et non mérite d’être cru : son caractère jure pour lui, donne créance à ses paroles et lui attire toute sorte de confiance
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Parler et offenser, pour de certaines gens, est précisément la même chose. Ils sont piquants et amers; leur style est mêlé de fiel et d’absinthe: la raillerie, l’injure, l’insulte leur découlent des lèvres comme leur salive. Il leur serait utile d’être nés muets ou stupides: ce qu’ils ont de vivacité et d’esprit leur nuit davantage que ne fait à quelques-autres leur sottise. Ils ne se contentent pas toujours de répliquer avec aigreur, ils attaquent souvent avec insolence; ils frappent sur tout ce qui se trouve sous leur langue, sur les présents, sur les absents; ils heurtent de front et de côté, comme des béliers: demande-t-on à des béliers qu’ils n’aient pas de cornes? De même n’espère-t-on pas de réformer par cette peinture des naturels si durs, si farouches, si indociles. Ce que l’on peut faire de mieux, d’aussi loin qu’on les découvre, est de les fuir de toute sa force et sans regarder derrière soi.
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Le plaisir de la société entre amis se cultive par une ressemblance de goût sur ce qui regarde les mœurs et par quelque différence d’opinion sur les sciences : par là ou l’on s’affermit dans ses sentiments, ou l’on s’exerce et l’on s’instruit dans la dispute
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Mon antichambre n’est pas faite pour s’y ennuyer en m’attendant ; passez jusqu’à moi sans me faire avertir. Vous m’apporter quelque chose plus précieux que l’or et l’argent si c’est une occasion de vous obliger.
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L’occasion prochaine de la pauvreté, c’est de grandes richesses.
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Il n’y a au monde que deux manières de s’élever, ou par sa propre industrie, ou par l’imbécilité des autres –
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Les grands se piquent d’ouvrier une allée dans une forêt, de soutenir des terrres par de longues murailles, de dorer des plafonds, de faire venir dix pouces d’eau, de meubler une orangerie; mais de rendre un cœur content, de combler une âme de joie, de prévenir d’extrêmes besoins ou d’y remédier, leur curiosité ne s’étend point jusque-là
*
Il est plus souvent utile de quitter les grands que de s’en plaindre
*
Le peuple n’a guère d’esprit, et les grands n’ont point d’âme : celui-là a un bon fond, et n’a point de dehors. Ceux-ci n’ont que des dehors et qu’une simple superficie. Faut il opter? Je ne balance pas : je veux être peuple.
Sachez précisément ce que vous pouvez attendre des hommes en general, et de chacun d’eux en particulier, et jetez-vous ensuite dans le commerce du monde.
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Tout est étranger dans l’humeur, les mœurs et les manières de la plupart des hommes. Tel a vécu pendant toute sa vie chagrin, emporte, avare, rampant, soumis, laborieux, intéressé, qui était né gai, paisible, paresseux, magnifique, d’un courage fier et éloigné de toute bassesse; les besoins de la vie, … reste à trouver
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Il est si ordinaire à l’homme de n’être pas heureux et si essentiel a tout ce qui est un bien d’être acheté par mille peines, qu’une affaire qui se rend facile devient suspecte. L’on comprend à peine, ou que ce qui coûte si peu puisse nous être fort avantageux, ou qu’avec des mesures justes l’on doive si aisément parvenir à la fin que l’on se propose.
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L’homme qui dit qu’il n’est pas né heureux pourrait du moins le devenir par le bonheur de ses amis ou de ses proches. L’envie lui ôte cette dernière ressource.
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Il n’y a pour l’homme que trois événements : naître, vivre et mourir. Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre.
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Aux enfants tout paraît grand, les cours, les jardins, les édifices, les meubles, les hommes, les animaux; aux hommes les choses du monde paraissent ainsi, et j’ose dire par la même raison, parce qu’ils sont petits.
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C’est perdre toute confiance dans l’esprit des enfants et leur devenir inutile, que de les punir des fautes qu’ils n’ont point faites, ou même sévèrement de celles qui sont légères. Ils savent précisément et mieux que personne ce qu’is méritent, et ils ne méritent guère que ce qu’ils craignent. Ils connaissent si c’est à tort ou à raison qu’on les châtie, et ne se gâtent pas moins par des peines mal ordonnées que par l’impunité.
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Il y a des endroits où il faut se faire voir : un galon d’or plus large ou plus étroit vous fait entrer ou refuser.
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Comme il faut se défendre de cette vanité qui nous fait penser que les autres nous regardent avec curiosité et avec estime, et ne parlent ensemble que pour s’entretenir de notre mérite et faire notre éloge, aussi devons-nous avec une certaine confiance qui nous empêche de croire qu’on ne se parle à l’oreille que pour dire du mal de nous
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Nous cherchons notre bonheur hors de nous-mêmes, et dans l’opinion des hommes, que nous connaissons flatteurs, peu sincères, sans équité, plein d’envie, de caprices et de preventions. Quelle bizarrerie !
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Ceux qui nous ravissent les biens par la violence ou par l’injustice, et qui nous ôtent l’honneur par la calomnie, nous marquent assez leur haine pour nous ; mais ils ne nous prouvent pas également qu’ils aient perdu à notre égard toute sorte d’estime : aussi ne sommes-nous pas incapables de quelque retour pour eux, et de leur rendre un jour notre amitié. La moquerie au contraire est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins ; elle est le langage du mépris, et l’une des manières dont il se fait le mieux entendre ; elle attaque l’homme dans son dernier retranchement, qui est l’opinion qu’il a de soi-même ; elle veut le rendre ridicule à ses propres yeux ; et ainsi elle le convainc de la plus mauvaise disposition où l’on puisse être pour lui, et le rend irréconciliable.
C’est une chose monstrueuse que le goût et la facilité qui est en nous de railler, d’improuver et de mépriser les autres ; et tout ensemble la colère que nous ressentons contre ceux qui nous raillent, nous improuvent et nous méprisent.
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Une grande âme est au-dessus de l’injure, de l’injustice, de la douleur, de la moquerie ; et elle serait invulnérable si elle ne souffrait par la compassion
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La santé et les richesses, ôtant aux hommes l’expérience du mal, leur inspirent la durete pour leurs semblables; et les gens déjà chargés de leur propre misère sont ceux qui entrent davantage par la compassion dans celle d’autrui
*
La plupart des hommes, pour arriver à leurs fins, sont plus capables d’un grand effort que d’une longue perserverance : leur paresse ou leur inconstance leur fait perdre le fruit des meilleurs commencements, ils se laissent souvent devancer par d’autres qui sont partis après eux, et qui marchent lentement, mais constamment
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L’affectation dans le geste, dans le parler et dans les manières est souvent une suite de l’oisiveté ou de l’indifférence ; et il semble qu’un grand attachement ou de sérieuses affaires jettent l’homme dans son naturel
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Les hommes ne se goûtent qu’à peine les uns les autres, n’ont qu’une faible pente à s’approuver réciproquement: action, conduite, pensée, expression, rien ne plaît, rien ne contente ; ils substituent à la place de ce qu’on leur récite, de ce qu’on leur dit ou de ce qu’on leur lit, ce qu’ils auraient fait eux-mêmes en pareille conjoncture, ce qu’ils penseraient ou écriraient sur un tel sujet, et ils sont si pleins de leurs idées qu’il n’y a plus de place pour celles d’autrui.
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À quel point de perfection et de raffinement n’a t-on pas porté de certains arts et de certaines sciences qui ne devaient point être necessaires, et qui sont dans le monde comme des remèdes à tous les maux dont notre malice est l’unique source !
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L’une des marques de la médiocrité de l’esprit est de toujours conter.
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Appellerai-je homme d’esprit celui qui, borne … semble s’être remis avec son luth dans un même étui
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Hérille soit qu’il parle qu’il harangue ou qu’il écrive, veut citer : il faut dire au prince des philosophes que le vin enivre, et à l’orateur romain que l’eau le tempéré. S’il se jette dans la morale, ce n’est pas lui, c’est le divin Platon qui assure que la vertu est aimable, le vice odieux, ou que on un et l’autre se tournent en habitude. Les choses les plus communes, les plus triviales, et qu’il est même cartable de penser il veut les devoir aux anciens, aux latins, aux grecs; ce n’est ni pour donner plus d’autorité à ce qu’il dit, ni peut être pour se faire honneur de ce qu’il sait : il veut citer.
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Ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers à se plaindre de sa brièveté
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Si le monde dure seulement cent millions d’années, il est encore dans toute sa fraîcheur, et ne fait presque que commencer; nous mêmes nous touchons au premiers hommes et aux patriarches, et qui pourra ne pas nous confondre avec eux dans des siècles si reculés ? Mais si l’on juge par le passé de l’avenir, quelles choses nouvelles nous sont inconnues dans les arts, dans les sciences, dans la nature, et j’ose dire, dans l’Histoire ! Quelles découvertes ne fera t on point ! Qu’elle ignore est la notre !
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Il n’y a point de chemin trop long à qui marche lentement et sans se presser: il n’y a point d’avantages trop éloignés à qui s’y prépare par la patience.
Maurice Agulhon
“Etre républicain, c’est prendre partie pour le peuple et donc pour les plus faibles.”
Léon Bloy
Il n’est rien au monde que je vomisse autant que le pessimisme, qui représente à la fois, pour l’horreur de ma pensée, toutes les impuissances imaginables. Je n’estime que le courage sans mesure et je n’accepterai jamais d’être vaincu.
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Dieu est attablé à ma souffrance comme à un festin
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J’aurai 59 ans dans un mois et je cherche encore mon pain, c’est vrai ; mais j’ai tout de même secouru et consolé des âmes et cela me fait un paradis dans le coeur.
Brecht
Nos défaites
Ne prouvent rien, sinon
Que nous sommes trop peu nombreux
A lutter contre l’infamie,
Et nous attendons de ceux qui nous regardent
Qu’ils éprouvent au moins quelque honte
Jaurès
Je dis que fabriquer, que produire, que créer une société où toutes les personnes auraient un droit certain et, par la certitude de la garantie sociale, seraient harmonisées les unes avec les autres, c’est faire œuvre de spiritualité profonde, non pas de spiritualité abstraite, factice, détachée, mais de spiritualité réelle et concrète qui s’empare de tous les éléments du monde naturel pour les transfigurer
Et, en même temps, j’ajoute que la démocratie moderne n’a pas interdit à l’esprit humain les grands élans, les grandes audaces de spéculation. Il est facile de railler la multiplicité, l’apparente contradiction, le prompt effondrement des systèmes ; mais je dis que, de toutes ces synthèses, que ce soient celles de la philosophie allemande, ou anglaise, ou française, il reste toujours, pour l’esprit de l’homme, une habitude des hauteurs. Elles sont comme ces sentiers qui restent frayés vers les sommets, et qui, même s’ils se dégradent par intervalles et ne peuvent plus porter nos pas, conduisent du moins nos regards jusqu’à la cime. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)
Nous n’avons pas de la tolérance, mais nous avons, à l’égard de toutes les doctrines, le respect de la personnalité humaine et de l’esprit qui s’y développe. (Applaudissements à l’extrême gauche et à gauche.)
Je regrette, non pas pour vous, mais pour moi, que mes forces ne me permettent pas de pousser dans le même sens l’analyse et l’indication de ce mouvement de l’histoire, mais c’est ainsi que les enfants apprendront à connaître la France ; la vraie France, la France qui n’est pas résumée dans une époque ou dans un jour, ni dans le jour d’il y a des siècles, ni dans le jour d’hier, mais la France qui est tout entière dans la succession de ses jours, de ses nuits,, de ses aurores, de ses crépuscules, de ses montées, de ses chutes et qui, à travers toutes ces ombres mêlées, toutes ces lumières incomplètes et toutes ces vicissitudes, s’en va vers une pleine clarté qu’elle n’a pas encore atteinte, mais dont le pressentiment est dans sa pensée. (Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs.)
L’homme de bien
Le point de vue de l’artiste est donc important, mais non pas définitif. La richesse et l’originalité des formes marquent bien un épanouissement de la vie ; mais dans cet épanouissement, dont la beauté signifie puissance, la vie manifeste aussi bien un arrêt de son élan et une impuissance momentanée à pousser plus loin, comme l’enfant qui arrondit en volte gracieuse la fin de sa glissade.
Supérieur est le point de vue du moraliste. Chez l’homme seulement, chez les meilleurs d’entre nous surtout, le mouvement vital se poursuit sans obstacle, lançant à travers cette œuvre d’art qu’est le corps humain, et qu’il a créée au passage, le courant indéfiniment créateur de la vie morale. L’homme, appelé sans cesse à s’appuyer sur la totalité de son passé pour peser d’autant plus puissamment sur l’avenir, est la grande réussite de la vie. Mais créateur par excellence est celui dont l’action, intense elle-même, est capable d’intensifier aussi l’action des autres hommes, et d’allumer, généreuse, des foyers de générosité. Les grands hommes de bien, et plus particulièrement ceux dont l’héroïsme inventif et simple a frayé à la vertu des voies nouvelles, sont révélateurs de vérité métaphysique. Ils ont beau être au point culminant de l’évolution, ils sont le plus près des origines et rendent sensible à nos yeux l’impulsion qui vient du fond.
La conscience et la vie
Les remparts
Mon rempart c’est le pouvoir qui organise ces provisions souterraines et les amène à la conscience. Car ils sont obscurs tes besoins et incohérents et contradictoires. Tu cherches la paix et la guerre, les règles du jeu pour jouir du jeu et la liberté pour jouir de toi-même. L’opulence pour t’en satisfaire et le sacrifice pour t’y trouver. La conquête des provisions pour la conquête et la jouissance des provisions pour les provisions. La sainteté pour la clarté de ton esprit et les victoires de la chair pour le luxe de ton intelligence et de tes sens. La ferveur de ton foyer et la ferveur dans l’évasion. La charité à l’égard des blessures, et la blessure de l’individu à l’égard de l’homme. L’amour construit dans la fidélité imposée, et la découverte de l’amour hors de la fidélité. L’égalité dans la justice, et l’inégalité dans l’ascension. Mais à tous ces besoins en vrac comme une rocaille dispersée quel arbre fonderas-tu toi qui les absorbe et les ordonne et de toi tire un homme ? Quelle basilique vas-tu bâtir qui use de ces pierres? Mon rempart c’est la graine d’abord que je te propose. Et la forme du tronc et des branches. D’autant plus durable l’arbre, qu’il organisera mieux les sucs de la terre. D’autant plus durable ton empire qu’il absorbera mieux ce qui de toi se propose. Et vains sont les remparts de pierre quand ils ne sont plus qu’écailles d’un mort.
Saint Exupery – de l’amour
Puisqu’elle y voit des gages, elle se gardera de t’en accorder en retour. Faute d’élans qui te complétaient, sa fausse réserve te prétendra que la communion dispense des signes. C’est marqué d’impuissance à aimer, non élévation de l’amour. Le sculpteur, s’il méprise la glaise, il pétrit le vent. Si ton amour méprise les signes de l’amour, sous prétexte d’atteindre l’essence, il n’est plus que vocabulaire. Je te veux des souhaits et des présents et des témoignages. Saurais tu aimer le domaine, si tu en excluais tout à tout comme superflus le moulin, le troupeau, et la maison ? Comment construire l’amour qui est visage lu à travers la trame, s’il n’est point de trame sur quoi l’écrire ?
Car il n’est point de cathédrale sans cérémonial des pierres.
Et il n’est point d’amour sans cérémonial en vue de l’amour. L’essence de l’arbre je ne l’atteints que s’il a lentement pétri la terre selon le cérémonial des racines, du tronc, et des branches. Alors le voilà qui est un. Tel arbre et non un autre.
Mais celle là dédaigne les échanges dont elle naîtrait. Elle cherche dans l’amour un objet capturable. Et cet amour n’a point de signification. Elle croit que l’amour est cadeau qu’elle peut enfermer en soi. Si tu l’aimes c’est qu’elle t’a gagné. Elle t’enferme en elle, croyant s’enrichir. Or l’amour n’est point trésor à saisir mais obligation de part et d’autre. Mais fruit d’un cérémonial accepté. Mais visage des chemins de l’échange.
Celle là ne naîtra jamais. Car tu ne sauras naître que d’un réseau de liens.
Tu prétendais non à l’amour mais à un culte.
De même que je soignerai l’infirme pour le guérir, non pour le flatter : j’ai besoin d’un chemin, non d’un mur. Je ne suis suis ni idole à servir, ni esclave pour servir. Quiconque me revendiquera, je le répudierai. Je ne suis point objet placé en gage, et nul n’a créance sur moi. Ainsi n’ai-je créance sur personne : de celle qui m’aime je reçois perpétuellement.
Mais si je rencontre celle là qui rougit et qui balbutie, et qui a besoin de présents pour apprendre à sourire, car ils lui sont vent de mer et non capture, alors je me ferai chemin qui la délivre.
Je n’irai ni l’humilier ni m’humilier dans l’amour. Je serai autour d’elle comme l’espace et en elle comme le temps. Je lui dirai : « ne te hâte point de me connaître, il n’est rien de moi à saisir. Je suis espace et temps, où devenir »
Mon amour lui sera aigle aux ailes puissantes. Et ce n’est point moi qu’elle découvrira, mais, par moi, les vallées, les montagnes, les étoiles, les dieux.
Il ne s’agit point de moi. Je ne suis que celui qui transporte. Il ne s’agit point de toi : tu n’es que sentier vers les prairies au réveil du jour. Il ne s’agit point de nous : nous sommes ensemble passage pour Dieu qui emprunte un instant notre génération et l’use.