Anne Perrier

Je poserai mes mains légères 
Sur ton beau front de solitude
Et tu diras
Si la brise d’été tombe plus doucement 

*

N’y a t-il pas quelque part cette nuit
Une étoile qui meurt
Un monde de bonheur
Possible auquel on a pas assez cru
Et qu’on a si mal défendu 
Contre la nuit
Qu’elle nous l’a repris
*

Toute la vie quotidienne 
Est là
Un visage sous les persiennes
Qui se rabat
Le doux soleil
S’en va mourir la tête en bas 
Et le jour se débat 
Comme une fine abeille
Entre deux doigts
*

Qu’on me laisse vieillir 
Sous l’amandier mur
L’automne est proche 
Le temps de voir partir
Les hirondelles
Et tout sera dit
Le silence tombe 
En moi comme un fruit 

On a creusé ma tombe
Au prochain cimetière
La terre sera prête
Moi non
La lumière sera pure
Moi non
Je suis l’enfant du sable
Et du limon
Il faut tant d’eau
Pour laver une ombre 
*

Limpide fontaine
L’heure de midi
Coule dans mes veines
*

Le ciel est pris comme une tourterelle
Endormez vous parfums et chants
O rossignols de mon sang
Éteignez vos prunelles
Plus un bruit
Sois l’immense soleil
La bouche a l’oreille
A tout dit

Que vienne la moisson
Que tombent les fruits mûrs 
Sous les arbres profonds
Le temps saute le mur
Rassemble les saisons
Sonne la trompette royale
J’écoute au loin la houle des vallons
Les grands troupeaux qui s’en vont 
S’abreuver aux étoiles

O vigne o fleur de lait
Ensorcelez l’abeille
Luzerne et serpolet
Pampers et treilles
Et vous gardiens du jour
Lumineux tournesols sans paupière
Ne laissez pas ne laissez pas l’amour
Repasser la rivière 
Retenez la couleur d’été
Couleur d’automne
Son pas résonné
Déjà comme un adieu l’éternité
Ferme les yeux mon cœur est ce la fin du dimanche 

Une pluie tombe des branches 
Pétales pleurs
L’odeur du foin
La bas fait rêver les granges
Le temps meurt
Un ange
Mais d’où ? Me prend la main
*

Et ma vie maintenant la voilà
Fruit vert suspendu
Entre deux branches
Impatient d’un poids
Qui le fera choir
Sur la terre promise
Cherchant le feu cherchant le froid
Guettant la bise 
Qui l’emportera
*

La misère de chaque jour 
Tu la prenais en toi
Comme l’hostie 

*
Dans le jardin désert
Un pavot glorieux
Danse pour toi seul

Suis je autre chose maintenant
Qu’une plage de sable unie
Offerte à l’ocean

Chaque fleur le sait on 
Garde au cœur le nuage irisé
D’une abeille absente

Suspendue au fil 
Du lumineux été
La libellule
En gloire semble attester
Que vivre est une royauté

Fragile 
Si j’étais le berger
De mes pensées de mes rêves obscurs
Je passerais le mur
Des nuits
J’irais conduire mon léger
Troupeau jusqu’à l’inaccessible source
Et nous boirions au long ete
Perdu toute peur endormie à mes pieds
Chienne douce 

Je regarde encore une fois
La haute rose
Pendant que s’éloigne de moi
Le bruit des choses
Qu’ils sont beaux les derniers appels
De la vie

Adieu
Je meurs d’une chute infinie
Dans l’eau du ciel
Mourir en douce
Sans avoir dit un mot
De trop
Sans que l’âme éclabousse
La rue
Quitter la vie
Comme un fleuve ingénu
Remonterait sans bruit
Vers sa source 
Bientôt le dernier oiseau
Viendra frapper à ma fenêtre 
Comment l’engendrai je n’ayant plus d’oreilles
Et comment le verrai-je n’ayant plus d’yeux
Pour les formes terrestres
Cependant je saurai qu’il est la 
Pour moi seule frappant le cristal
Éternel du jour