Carnet de Huguenin

Je ne suis pas sur terre pour me ménager afin de mourir plus confortablement. Ma mission d’écrivain et d’homme m’interdit de participer à ces rites qui, sitôt nés, s’évanouissent et laissent place à d’autres rites éphémères. Le goût des choses périssables est sacrilège. Je veux agrandir mon âme de tout ce que je refuserai, consacrer ma vie à affirmer que je suis libre, et mourir dans l’amour des choses qui demeurent.

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Le créateur n’est pas libre de faire dire ou de faire faire à ses personnages ce qu’il veut. A un moment donné, dans des conditions données, un personnage ne peut faire qu’un seul acte, dire qu’une seule phrase. C’est ceux-là qu’il faut découvrir. Les grandes oeuvres sont celles qui ne mentent jamais. Ainsi des grandes âmes.

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Ma législation : un indestructible espoir. Un immortel désespoir
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La mission, le seul but de tout homme véritable sur terre : devenir simple et pur. La vraie virilité n’est pas celle des soudards. La vraie virilité, c’est la pureté.
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Voyant la journée venir de ses pas égaux ruisselants de pluie
et les femmes revenir du marché
et des enfants, leur cartable sous le bras, lancer des coups de pied dans les feuilles mortes
quoi de plus tendre
quel plus parfait spectacle d’espoir
que des petits enfants qui reviennent de l’école?
voyant la lente journée se dérouler comme prévu.
Tristement telle que la veille et que le lendemain.
car au fond…
malgré tout ce qui peut arriver
on sait bien, on est secrètement persuadé, qu’il n’arrivera rien du tout.
Et pourtant, pas découragé le moins du monde.
Prêt à aimer la journée d’aujourd’hui comme j’ai aimé celle d’hier
et que pourtant j’ai haïe
Comptant toujours sur le mircale, comme un naufragé
sur la fumée, au loin, d’un gros paquebot charitable.
Comptant toujours sur la grâce, sur la joie
Me disant toujours, la joie est aux portes de mon coeur
et le plus fort, c’est que la joie vient parfois en effet.
Ah vraiment, il y a bien de quoi être humble.
Mais comme cette humidité-là,
pareille à la petite pluie, fine gazouillante, implacable,
comme cette humilité quotidienne
vaut mieux que la honte du péché.
comme il est doux, au fond de n’avoir rien fait
que d’avoir fait quelque chose de mal.
D’avoir tout à faire,
Plutôt que d’avoir tout défait.
Le miracle que l’on attend toujours
et dont on crit qu’il n’arrive jamais.
le vrai miracle que l’on est trop bête pour voir
c’est que chaque jour est un commencement.
c’est que la nuit a comme lavé nos souillures, nous a purifiés,
renouvelés, remis à neuf
pour le lendemain.
Moi qui pensais hier : mon âme est plus pervertie,
plus pourrie
qu’un tronc de saule dégouttant de pluie et dévoré de vers
mon âme est comme ces draps tâchés, raidis par la luxure,
comme ces torchons maculés de graisse,
noircis par les fourneaux,
elle est laide, avilie, abaissée à jamais.
Voilà qu’aujourd’hui je la retrouve blanche et candide, et qu’elle se gonfle et claque au vent
qu’elle revit.
Voilà le mystère, voilà le miracle.
Il me semble aujourd’hui qu’après tout je suis merveilleusement doué pour vivre.
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Effroi de l’habitude. Casser, couper, tracncher. Il faut vivre au couteau 
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L’orgueil ne joue qu’un petit rôle dans la volonté d’être grand. C’est la tendresse qui élève. Tendresse pour les martyrs et les héros, admiration tendre, désir de leur rendre hommage en les imitant: l’amour, l’imitation. 
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Il faut se faire à cette idée que c’est notre rêve et notre immense espoir qui nous donnent le bonheur ; les rêves ne se partagent pas. C’est le fond douloureux de chaque rêve, sa noblesse désespérée, sa sainteté. Il est intransmissible, le moindre contact avec la plupart des gens le fait se dissiper d’un seul coup, comme ces fils de la vierge qu’il suffit d’effleurer pour qu’ils s’évanouissent. Mais je sais que c’est leur vie qui est fausse, et que ce sont mes rêves qui existent 
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Pouvoir dire, à la fin de sa vie : « je suis la seule personne qui ne m’ait pas déçu. » non pas au nom d’un orgueil insensé, mais parce que, seul dans cet océan de misère et de boue, nous n’avons jamais eu le désespoir de nous y jeter. Personne pour nous applaudir, presque rien pour nous encourager, et pourtant rester digne, rester un homme d’honneur. Au nom de quoi..?
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Malheur à ceux dont les seules blessures ne furent jamais que des blessures d’orgueil! 
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Se raconter est fat. S’expliquer est vain. Se justifier est lâche. Si je veux que vous me compreniez, je me garderai bien de vous parler de moi. 
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Je cherche en vain des êtres brûlants 
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Ne plus me donner qu’à de l’inconnu
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Je sais que je ne saurais supporter de vivre sans risque. Prendre le plus grand nombre de risques. Tout jouer sur une carte. Toujours préférer la générosité du danger à la pire forme d’avarice qui soit au monde : celle de la Prudence. 
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Ce sera la Liberté. Les portes de l’espace s’ouvriront. Mes moindres désirs prendront corps à mon gré et mes choix seront sans recours. 
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Consolider l’ordre. Agrandir mes jours. 
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S’attacher toujours plus tendrement à sa vie en la rendant toujours plus difficile.
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Ce qui m’intéresse chez autrui, ce sont les rapports qu’il a avec lui-même. Comment se voit-il? S’aime-t-il? Éprouve-t-il seulement sa présence ? Que fait-il, lorsqu’il est seul? L’unique angoisse: penser à soi. Monstruosité de l’homme seul ; homme seul, homme mortel.
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Tout ce qui me pèse me porte. Plus mon destin me demande, plus je lui donne. Je resterai toujours, quoiqu’il arrive, du côté de la vie. 
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Être plus fort que sa chance. 
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Ne plus hésiter, ne plus reculer devant rien. Aller jusqu’au bout de toute chose, qu’elle qu’elle soit, de toutes mes forces. N’écouter que mon imperialisme. 

Alexis Bardini

Les villes coulent comme une lave dans la nuit, un cuivre calme qui ruisselle aux cicatrices de vos champs.
Nous opposons aux spasmes de la terre
nos poumons opiniâtres
et le tambour de nos moissons.
Nos mains pansent le sol meurtri
et font une couture à chaque trou béant et aux troncs éventrés.
Il faut tenir le monde, éviter qu’il ne se défasse. Et la patience est notre aiguille.

Minas Gerais

Venho de Minas .
Quando saí, rezei ao bom Deus
para transformar minha agua em vinho
e assim me embriagar nos pecados divinos.
Venho de Minas .
Atravessei o firmamento
E o vento me levou.
Nao fui o único,
Vultos sem rostos me seguiram
com suas bagagens inúteis cheias de adeus.
Minhas pegadas encontram-se ainda
nos trilhos da minha vida , entre as flores que perfumaram meu caminho nos momentos difíceis .
Venho de Minas.
Tive sorte de ter chegado até aqui
Tive sorte de ter chegado
Tive sorte?

Ronaldo Calegari

Poder

Poder

Si yo supiera, como sabe el agua,
discurrir y brillar entre guijarros
y ser espejo en la cerrada noche
y vastedad de cielo en una alberca;

si yo aprendiera a ser como es el agua,
que se despeña y rompe y sigue siendo
la plenitud de su alma y de su carne,
el todo de su gesto y de su modo;

si yo pudiera, como puede el agua,
derrotar, sin saberlo, la dureza
de un día sin amor que se le asome;


si tuviera, como ella, el homenaje
de la sed que la piensa, del calor
que la ansía, del polvo que la teme…

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Si je savais, comme l’eau sait, couler et briller entre les cailloux et être miroir dans la nuit close et étendue du ciel dans un bassin ;

si j’apprenais à être comme l’eau, qui se précipite et se brise et continue d’être la plénitude de son âme et de sa chair, le tout de son geste et de sa manière ;

si je pouvais, comme l’eau peut, vaincre, sans le savoir, la dureté d’un jour sans amour qui se profile ;

si j’avais, comme elle, l’hommage de la soif qui la pense, de la chaleur qui la désire, de la poussière qui la craint…

Camus

« Je ne me sens content et accompli, que dans une certaine lumière. Ce qui me poursuit et me dessèche, c’est l’époque. C’est elle qui m’empêche d’avoir la conscience tranquille et d’aller jusqu’au bout de ma force. Mais il faudra bien régler cette question. Parce qu’après tout, il y a la lumière, la passion, la sainteté, les chats, l’amitié, toutes choses qui ne sont pas dans l’histoire et qui sont aussi vraies que le reste. »

Lettres à Louis Guilloux

Raissa Maritain

Nous n’étions pas non plus, avec nos vingt ans à peine de ces tenants du scepticisme qui lancent leur “que sais je” comme une fumée de cigarette, et trouvent d’ailleurs la vie excellente. Nous étions, avec toute notre génération, leurs victimes. En effet, bien que le scepticisme soit informulable, parce que toutes nos formulations sont affirmatives par quelque côte, même s’ils expriment la philosophie du doute – il n’en est pas moins agissant, et capable de désagréger la vie de l’âme.

Léon Bloy

Il n’est rien au monde que je vomisse autant que le pessimisme, qui représente à la fois, pour l’horreur de ma pensée, toutes les impuissances imaginables. Je n’estime que le courage sans mesure et je n’accepterai jamais d’être vaincu.
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Dieu est attablé à ma souffrance comme à un festin
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J’aurai 59 ans dans un mois et je cherche encore mon pain, c’est vrai ; mais j’ai tout de même secouru et consolé des âmes et cela me fait un paradis dans le coeur.

Jaurès

Je dis que fabriquer, que produire, que créer une société où toutes les personnes auraient un droit certain et, par la certitude de la garantie sociale, seraient harmonisées les unes avec les autres, c’est faire œuvre de spiritualité profonde, non pas de spiritualité abstraite, factice, détachée, mais de spiritualité réelle et concrète qui s’empare de tous les éléments du monde naturel pour les transfigurer

Et, en même temps, j’ajoute que la démocratie moderne n’a pas interdit à l’esprit humain les grands élans, les grandes audaces de spéculation. Il est facile de railler la multiplicité, l’apparente contradiction, le prompt effondrement des systèmes ; mais je dis que, de toutes ces synthèses, que ce soient celles de la philosophie allemande, ou anglaise, ou française, il reste toujours, pour l’esprit de l’homme, une habitude des hauteurs. Elles sont comme ces sentiers qui restent frayés vers les sommets, et qui, même s’ils se dégradent par intervalles et ne peuvent plus porter nos pas, conduisent du moins nos regards jusqu’à la cime. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)

Nous n’avons pas de la tolérance, mais nous avons, à l’égard de toutes les doctrines, le respect de la personnalité humaine et de l’esprit qui s’y développe. (Applaudissements à l’extrême gauche et à gauche.)

Je regrette, non pas pour vous, mais pour moi, que mes forces ne me permettent pas de pousser dans le même sens l’analyse et l’indication de ce mouvement de l’histoire, mais c’est ainsi que les enfants apprendront à connaître la France ; la vraie France, la France qui n’est pas résumée dans une époque ou dans un jour, ni dans le jour d’il y a des siècles, ni dans le jour d’hier, mais la France qui est tout entière dans la succession de ses jours, de ses nuits,, de ses aurores, de ses crépuscules, de ses montées, de ses chutes et qui, à travers toutes ces ombres mêlées, toutes ces lumières incomplètes et toutes ces vicissitudes, s’en va vers une pleine clarté qu’elle n’a pas encore atteinte, mais dont le pressentiment est dans sa pensée. (Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

Lucien Becker

Tes cheveux se dénouent sur mon corps
comme une moisson de blé perdue
au détour d’un champ de rosée
dans un matin qui n’a pas de bords.

Tu cherches mes lèvres avec la soif
de quelqu’un qui a traversé le monde
pour aller voir la neige fondre
sur des sommets moins hauts qu’un baiser.

Tu es vivante comme peut l’être
le cri d’un fruit qu’on mord.
En t’aimant, je prends tout l’or
qui veille à l’entrée de ta chair.

(Lucien Becker)

West wing

Education is the silver bullet. Education is everything. We don’t need little changes, we need gigantic, monumental changes. Schools should be palaces. Competition for the best teachers should be fierce; they should be making six figure salaries. Schools should be incredibly expensive for government and absolutely free of charge to it citizens, just like national defense