La grandeur de l’Homme, c’est qu’il est un pont et non un terme ; ce qu’on peut aimer chez l’Homme, c’est qu’il est transition et perdition.
J’aime ceux qui ne savent vivre qu’à condition de périr, car en périssant ils se dépassent.
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De tout ce qu’on écrit, je n’aime que cela qu’on écrit avec son sang. Écris avec ton sang, et tu découvriras que le sang est esprit.
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Il faut que les maximes soient des sommets, et que ceux à qui tu les destines soient sveltes et élancés.
(…) J’aime m’entourer de lutins malicieux, car je suis brave. Le courage chasse les fantômes, mais il se crée des lutins. Le courage aime à rire.
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Vous levez les yeux, car vous aspirez à monter. Et moi j’abaisse mes regards, car je suis sur la cime.
Qui de vous sait encore rire, même après avoir atteint la cime ?
Celui qui gravit les plus hautes montagnes se rit des jeux tragiques de la scène comme de la gravité tragique de la vie.
Braves, insouciants, railleurs, impérieux, tels nous veut la sagesse ; elle est femme et ne saurait aimer qu’un guerrier.
(…) Il est vrai que si nous aimons la vie, c’est que nous sommes accoutumés moins à vivre qu’à aimer.
Il y a toujours un peu de folie dans l’amour. Mais il y a toujours un peu de raison dans la folie.
Et quant à moi, qui aime la vie, il me semble que ceux qui s’entendent le mieux au bonheur, ce sont les papillons et les bulles de savon, et tous ceux qui leur ressemblent.
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L’homme noble veut créer du neuf et une neuve vertu.
Le bon veut les vieilles choses, et conserver tout ce qui est vieux.
Cependant le danger, pour le noble, n’est pas de devenir bon, mais de devenir insolent, railleur et destructeur.
Hélas ! que j’en ai connu, de ces nobles cœurs, qui ont perdu leur plus haute espérance ! Dès lors ils ont dénigré toutes les hautes espérances.
Dès lors ils ont vécu une vie cynique, faite de joies brèves, sans voir plus loin que du jour au lendemain.
« L’esprit aussi est volupté », disaient-ils. Et du coup leur esprit eut les ailes brisées. À présent il rampe, souillé par tout ce qu’il ronge.
Naguère ils rêvaient de devenir des héros ; à présent, ce ne sont plus que des jouisseurs. Le héros leur est sujet de chagrin et de terreur.
Mais au nom de mon amour et de mon espérance, je t’en conjure : ne répudie pas le héros qui est en toi ! Vénère pieusement ta plus haute espérance !
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Regardez : voici une table nouvelle. (…) Voici ce que mon grand amour exigera des hommes lointains : Ne ménage pas ton prochain. L’homme est ce qui doit être dépassé.
Il y a des chemins et des moyens en foule pour se surpasser. A toi d’y songer. Mais seul un bouffon pense : « L’homme, on n’a qu’à sauter par-dessus. »
Triomphe de toi-même jusqu’en la personne de ton prochain ; et n’accepte pas qu’on t’accorde un droit que tu es en mesure d’enlever de force.
(…) Telle est la nature des âmes nobles : elles ne veulent avoir rien pour rien, et la vie moins que toute autre chose.
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N’as-tu pas dans tes propres veines le sang putride et spumeux des marécages, pour avoir si bien appris à coasser et à blasphémer ?
(…) Mon mépris, et le petit oiseau qui me sert de présage, c’est du fond de mon amour et non du marécage qu’ils prennent l’essor.
(…) Ne faut-il pas, en effet, que je me cache, comme celui qui a avalé de l’or, de peur qu’on ne veuille m’éventrer l’âme ?
Ne faut-il pas que je prenne des échasses, pour leur dissimuler mes longues jambes – à tous ces jaloux, ces mélancoliques qui m’entourent ?
(…) Je ne leur montrerai donc que la glace et l’hiver sur mes cimes – et non toutes les zones ensoleillées qu’enferme encore ma montagne.
Ils n’entendront siffler que mes tempêtes hivernales ; et non, ils n’entendront pas courir à la surface des mers chaudes, tels les vents du sud, ardents, lourds et brûlants.
Ils s’apitoieront sur les risques et les hasards que je cours – mais ma devise, c’est : « Laissez venir à moi le hasard ; il est innocent comme un petit enfant. »
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Et parmi les hommes aussi, je hais entre tous ceux qui marchent sur la pointe des pieds, qui ne savent dire ni oui ni non, qui sont autant de nuages errants, hésitants et tatillons.
(…) Mais moi, je ne suis que bénédiction et affirmation, tant que tu m’environnes, ciel pur, ciel lumineux, abîme de clarté. Jusqu’au fond de tous les abîmes je porte alors mon dire-oui qui bénit.
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O sentimentaux hypocrites ! ô libidineux ! Il vous manque l’innocence du désir, et c’est pourquoi vous en venez à calomnier le désir.
(…) Où y a-t-il de la beauté ? Là où tout mon vouloir m’oblige à vouloir ; où je veux aimer et périr afin qu’une certaine image ne demeure pas uniquement une image.
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J’ai trouvé chez tous les vaniteux de bons acteurs ; ils jouent leur rôle et veulent qu’on ait plaisir à leur jeu, ils mettent tout leur esprit dans ce vouloir.
Ils se mettent en scène, ils s’inventent eux-mêmes ; devant eux j’aime assister au spectacle de la vie ; c’est une cure de la mélancolie.
Aussi je ménage les vaniteux, parce qu’ils sont les médecins de ma tristesse et m’attachent à l’homme comme à un spectacle.
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C’est mal récompenser un maître que de rester toujours son disciple. Et pourquoi ne voulez-vous pas effeuiller les fleurs de ma couronne ?
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Es-tu force neuve et droit nouveau ? Premier mobile ? Roue qui tourne d’elle-même ? Peux-tu contraindre les étoiles elles-mêmes à graviter à ton entour ?
(…) Montre-moi que tu n’es ni un jouisseur ni un ambitieux.
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Je ne vous enseigne pas le prochain, mais l’ami. Que l’ami soit pour vous la fête de la terre et le pressentiment du Surhumain.
Je vous enseigne l’ami au cœur débordant. Mais il faut savoir être éponge quand on veut être aimé par des cœurs débordants.
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Il faut que l’ami soit passé maître dans l’art de deviner et de se taire ; garde-toi de vouloir tout voir. Que ton rêve te révèle ce que fait ton ami qui veille.
Que ta pitié soit divinatrice ; sache d’abord si ton ami souhaite ta pitié. Peut-être aime-t-il en toi l’œil impassible et le regard de l’éternité.
Que ta pitié pour ton ami se dissimule sous une écorce rude ; casse-toi une dent sur cette pitié ; elle aura alors finesse et douceur.
Es-tu pour ton ami air pur et solitude, et pain et remède salutaire ? Plus d’un qui ne peut briser ses propres chaînes a su pourtant en libérer son ami.
Il faut avoir en son ami son meilleur ennemi. C’est en lui résistant que tu seras le plus près de son cœur.
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Ce qu’il vous faut, ce sont des ennemis haïssables, non des ennemis méprisables. Il faut que vous puissiez être fiers de votre adversaire. Alors les succès de votre adversaire seront aussi vos succès.