Méda

 Tout se passe comme si le travail avait pris une telle place dans nos sociétés que nous avions décidé de le rendre épanouissant – en dépit de la gageure que cela représente – plutôt que de charger un ou d’autres systèmes de cette fonction.

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L’argument le plus répandu aujourd’hui est que le travail doit rester central parce qu’il permet la satisfaction de tous les besoins, et pas seulement des besoins matériels : le travail est le moyen de réaliser tous nos désirs. L’homme est un être de désir dont l’essence est de consommer et tout désir a besoin d’un travail pour se réaliser. Mais quel travail? C’est ici que les pensées humanistes sont extrêmement gênantes : elles emploient le terme de travail dans un sens général en omettant de préciser les conditions de sa réalisation. Elles confondent sans cesse le travail au sens large, qui peut recouvrir des réalités très différentes (écrire un poème, se cultiver, peindre, lire, apprendre) avec ce que nous appelons travail depuis le XVIIIe siècle, et qui est d’abord un facteur de production régi par des règles économiques et juridiques précises, et visant à une fin déterminée.