Romain Gary

Je crois même que tous les mouvements politiques dirigés contre les droits de la personne humaine, contre une conception élevée de notre dignité sont nés de cette volonté de se rassurer sur eux-mêmes de tous ceux qui se sentent inférieurs à une grande tâche et qui puisent dans leur petitesse blessée une haine farouche de ces obstinés qui, disent leurs ennemis – et avec quel mépris ! – « se font des illusions ».

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on ne peut pas juger les hommes par ce qu’ils font quand ils enlèvent leur pantalon. Pour leurs vraies saloperies, ils s’habillent.

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Il faut absolument que les hommes parviennent à préserver autre chose que ce qui leur sert à faire des semelles, ou des machines à coudre, qu’ils laissent de la marge, une réserve, où il leur serait possible de se réfugier de temps en temps. C’est alors seulement que l’on pourra commencer à parler d’une civilisation. Une civilisation uniquement utilitaire ira toujours jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’aux camps de travail forcé. Il nous faut laisser de la marge. Et puis, je vais vous dire… Il n’y a pas de quoi être tellement fier, n’est-ce pas ? Il n’y a plus vraiment que la tour Eiffel pour nous permettre de regarder de haut en bas sur le reste de la création. Vous allez m’envoyer composer des poèmes, comme le gouverneur, mais dites-vous bien que les hommes n’ont jamais eu plus besoin de compagnie qu’aujourd’hui. On a besoin de tous les chiens, de tous les chats, et de tous les canaris, et de toutes les bestioles qu’on peut trouver… — Les hommes ont besoin d’amitié.

Romain Gary

L’homme sans mythologie de l’homme, c’est de la barbaque. Tu ne peux pas démythifier l’homme sans arriver au néant, et le néant est toujours fasciste, parce que, étant donné le néant, il n’y a plus aucune raison de se gêner. Les civilisations ont toujours été une tentative poétique, que se soit religion ou fraternité, pour inventer un mythe de l’homme, une mythologie des valeurs, et pour essayer de vivre ce mythe ou du moins s’en approcher, le mimer de sa vie même, l’incarner dans le cadre d’une société. Dès que cette part d’irrationnel et de poésie est bannie, tu n’as plus que de la démographie, du numéraire, rigidité cadavérique et cadavre tout court. Il n’y a plus que l’homme économique. Quand une femme invente un homme avec amour, quand les hommes inventent l’humanité avec amour, cela fait aussi bien un couple qu’une civilisation. Mais les sociétés bourgeoises et les pseudos communistes ont déshonoré l’imaginaire par le mensonge. Dans nos rapports avec les valeurs, les sociétés bourgeoises et petites marxistes ont tué la part Rimbaud, la part de beauté et d’imaginaire par l’usage constant qu’elles ont fait du mensonge. Et quand on a voulu balayer le mensonge dans les sociétés bourgeoises on est allé jusqu’au bout, et on a balayé la part d’imaginaire, la part de poésie, sans laquelle il n’y a ni civilisation, ni homme, ni amour.