tus pies

Cuando no puedo mirar tu cara

miro tus pies.

Tus pies de hueso arqueado,

tus pequeños pies duros.

Yo sé que te sostienen,

y que tu dulce peso

sobre ellos se levanta.

Tu cintura y tus pechos,

la duplicada púrpura de tus pezones,

la caja de tus ojos que recién han volado,

tu ancha boca de fruta,

tu cabellera roja,

pequeña torre mía.

Pero no amo tus pies

sino porque anduvieron

sobre la tierra y sobre

el viento y sobre el agua,

hasta que me encontraron.

When I cannot look at your face

I look at your feet.

Your feet of arched bone,

Your hard little feet.

I know that they support you,

and that your sweet weight

rises upon them.

Your waist and your breasts,

the doubled purple

of your nipples,

the sockets of your eyes

that have just flown away,

your wide fruit mouth,

your red tresses,

my little tower.

But I love your feet

only because they walked

upon the earth and upon

the wind and upon the waters,

until they found me

Fille brune, fille agile

Fille brune, fille agile, le soleil qui fait les fruits,
qui alourdit les blés et tourmente les algues,
a fait ton corps joyeux et tes yeux lumineux
et ta bouche qui a le sourire de l’eau.

Noir, anxieux, un soleil s’est enroulé aux fils
de ta crinière noire, et toi tu étires les bras.
Et tu joues avec lui comme avec un ruisseau,
qui laisse dans tes yeux deux sombres eaux dormantes.

Fille brune, fille agile, rien ne me rapproche de toi.
Tout m’éloigne de toi, comme du plein midi.
Tu es la délirante enfance de l’abeille,
la force de l’épi, l’ivresse de la vague.

Mon coeur sombre pourtant te cherche,
J’aime ton corps joyeux et ta voix libre et mince.
Ô mon papillon brun, doux et définitif,
tu es blés et soleil eau et coquelicot.

-Pablo Neruda