Méda

 Tout se passe comme si le travail avait pris une telle place dans nos sociétés que nous avions décidé de le rendre épanouissant – en dépit de la gageure que cela représente – plutôt que de charger un ou d’autres systèmes de cette fonction.

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L’argument le plus répandu aujourd’hui est que le travail doit rester central parce qu’il permet la satisfaction de tous les besoins, et pas seulement des besoins matériels : le travail est le moyen de réaliser tous nos désirs. L’homme est un être de désir dont l’essence est de consommer et tout désir a besoin d’un travail pour se réaliser. Mais quel travail? C’est ici que les pensées humanistes sont extrêmement gênantes : elles emploient le terme de travail dans un sens général en omettant de préciser les conditions de sa réalisation. Elles confondent sans cesse le travail au sens large, qui peut recouvrir des réalités très différentes (écrire un poème, se cultiver, peindre, lire, apprendre) avec ce que nous appelons travail depuis le XVIIIe siècle, et qui est d’abord un facteur de production régi par des règles économiques et juridiques précises, et visant à une fin déterminée.

Arendt

“Une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaines du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté.”

Nicolas Grimaldi

Notes sur Les Horreurs de l’amour

La fonction des métaphores: nous faire retrouver l’incommunicable. La réalité qu’il s’agit de transcrire étant un rapport entre nos sensations et nos souvenirs, ce rapport ne peut être exprimé que par des analogies entre des éléments aussi disparates que l’eau et la terre, des couleurs et des désirs, des paysages et des sentiments.

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Le monde que nous voyons, par le seul fait de le voir nous en sommes exclus. Aussi toute la Recherche exprime-t-elle ce désir toujours déçu de s’unir enfin au monde, d’abroger la distance qui nous en sépare, et, en quelque sorte, de le faire nôtre en l’assimilant. Furtivement, une métaphore nous communique cet incommunicable désir de goûter la chair du monde en le vampirisant. Alors que le soleil vient de se coucher, l’imagination du narrateur transmue en effet cette « bande de ciel rouge au-dessus de la mer » en une « gelée de viande », puis bientôt « la mer déjà froide et bleue » en un « poisson appelé mulet », et le rose du ciel à celui « d’un de ces saumons que nous ferions servir tout à l’heure.

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Car toutes nos attitudes, tous nos sentiments sont gouvernés par deux ordres. Selon l’ordre de la vie, de même qu’elle tend spontanément à se reproduire et à se propager, nous tendons spontanément à « sortir de nous », à diffuser notre énergie, à communiquer aux autres notre vitalité. Il s’agit donc d’une tendance centrifuge, qui nous fait aspirer à nous dévouer à un autre être, à lui vouer notre vie, et en quelque sorte à la lui donner, comme si nous pouvions augmenter sa vitalité de la nôtre. Tout autre est l’ordre de la représentation. En nous retranchant de tout ce qu’il nous représente, il nous fait aspirer à abolir cette séparation en ramenant à nous tout ce qui nous est extérieur, par un mouvement de conquête, d’annexion ou d’acquisition. Il s’agit donc d’une tendance centripète, qui aspire à satelliser les autres. Selon la vie, le désir est une aspiration à s’épancher, à irradier, à se donner. Selon la représentation, le désir est une aspiration à retenir, à attirer, à capturer, à posséder.