Jean-Louis Chrétien sur la caresse

Ce que la caresse approche, et ce vers quoi elle s’appareille, n’est jamais ce à quoi elle échouera, épaule ou sein, lombes ou joue. Sa destination n’est pas une partie du corps de l’autre, mais ce corps tout entier, et c’est pourquoi elle se voudrait ubiquitaire. Et ce n’est pas même ce corps tout entier comme une forme achevée dans l’espace, qui pourrait être circonscrite et dont nous pourrions faire le tour. Elle ne veut atteindre ni une partie du corps, ni un corps, mais l’être aimé lui-même, en lui-même, dans l’inépuisable incarnation de sa présence. Et c’est bien lui qu’à chaque instant elle atteint, dans un tact qui est contact, touchant ce qui ne subit pas la caresse, mais la reçoit, l’accueille et lui répond, avec une certitude imprévisible et une scintillation qui toujours préserve l’obscurité. Mais elle ne l’atteint qu’en tant qu’il se dérobe à elle, qu’il la déborde de toute part que chaque contact révèle une plénitude qu’aucune ne circonscrit.

L’effroi du beau