Kundera

L’idée de la Grande Marche, dont Franz aime à s’enivrer, est le kitsch politique qui unit les gens de gauche de tous les temps et de toutes les tendances. La Grande Marche, c’est ce superbe cheminement en avant, le cheminement vers la fraternité, l’égalité, la justice, le bonheur, et plus loin encore, malgré tous les obstacles, car il faut qu’il y ait des obstacles pour que la marche puisse être la Grande Marche.

La dictature du prolétariat ou la démocratie ? Le refus de la société de consommation ou l’augmentation de la production ? La guillotine ou l’abolition de la peine de mort ? Ça n’a pas d’importance. Ce qui fait d’un homme de gauche un homme de gauche ce n’est pas telle ou telle théorie, mais sa capacité à intégrer n’importe quelle théorie dans le kitsch de la Grande Marche. »

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Franz a raison. Je songe au journaliste qui organisait à Prague une campagne de signatures pour l’amnistie des prisonniers politiques. Il savait bien que cette campagne n’aidait pas les prisonniers:. L’objectif véritable n’était pas de libérer les prisonniers mais de démonter qu’il y a encore des gens qui n’ont pas peur. Ce qu’il faisait tenait du spectacle, mais il n’avait pas d’autre possibilité.

Il n’avait pas le choix entre l’action et le spectacle. Il n’avait qu’un seul choix : donner un spectacle ou ne rien faire.

Il y a des situations où l’homme est condamné à donner un spectacle. 

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S’ils étaient restés ensemble plus longtemps, peut être auraient ils commencé à comprendre peu à peu les mots qu’ils prononçaient. Leurs vocabulaires se seraient pudiquement et lentement rapprochés comme des amants très timides et leur musique à tous deux aurait commencé à se fondre dans la musique de l’autre.