Sophocle

L’amour, ô doux enfants, n’est pas rien que l’Amour.
On l’adore partout sous mille noms divers.
Il est la Mort, il est la Force impérissable,
Et la Démence, et le Désir inguérissable.
Il est la Plainte. Il est activité et calme,
Et violence… Et en tout lieu, dans l’univers,
L’âme vivante et respirante le reçoit
Et se soumet, aussi bien le poisson qui erre
Dans l’océan, que le quadrupède sur terre

(…) Pour l’homme, pour les dieux immortels il est Loi.
Quel lutteur devant lui n’a mordu la poussière
Fût-il divin ? S’il est permis, comme il se doit,
De dire ce qui est, il dompte Zeus lui-même,
Sans se servir du Glaive.

*

L’amour, tendres amis, est pareil au glaçon
Que parfois, dans la cour, ébloui, un garçon,
Ramasse émerveillé en une aube d’hiver
Et sa paume et brûlée à ce miracle clair.
Mais le fragile objet s’écroule et devient larmes.
Ainsi de nos amours, de leurs maux, de leurs charmes
Il ne reste bientôt du beau trésor perdu,
Qu’absence, et que brûlure, et deuil du bien perdu

–Sophocle, Les Amants d’Achille

  –Sophocle, fragments

Extraits Sophocle

Ulysse : I pity him all the same, even though he hates me, because he is yoked beneath a ruinous delusion—I think of my own lot no less than his. For I see that all we who live are nothing more than phantoms or fleeting shadow.

Ajax

Thésée qui accueille Oedipe :
Je n’oublie pas que je fus moi-même élevé à l’étranger comme toi, et que j’ai plus que tout autre, sur la terre étrangère, affronté une foule de périls qui menaçaient ma tête. Ainsi, devant un étranger comme tu l’es ici, je ne saurais me dérober pour venir à son aide pour lui assurer protection. Je n’oublie pas que je suis homme, et que le jour qui vient ne m’appartient pas plus qu’à toi.
For I know well that I am a man, and that my portion of tomorrow is no greater than yours.

Oedipe à Colonne

Hymne à l’homme – Sophocle

Il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus grande que l’homme. Il est l’être qui sait traverser la mer grise, à l’heure où souffle le vent du Sud et ses orages, et qui va son chemin au milieu des abîmes que lui ouvrent les flots soulevés. Il est l’être qui tourmente la déesse auguste entre toutes, la Terre, la Terre éternelle et infatigable, avec ses charrues qui vont chaque année la sillonnant sans répit, celui qui la fait labourer par les produits de ses cavales

Les oiseaux étourdis, il les enserre et il les prend, tout comme le gibier des champs et les poissons peuplant les mers, dans les mailles de ses filets, l’homme à l’esprit ingénieux. Par ses engins il se rend maître de l’animal sauvage qui va courant les monts, et, le moment venu, il mettra sous le joug et le cheval à l’épaisse crinière et l’infatigable taureau des montagnes.

Parole, pensée vite comme le vent, aspirations d’où naissent les cités, tout cela il se l’est enseigné à lui-même, aussi bien qu’il a su, en se faisant un gîte, se dérober aux traits du gel ou de la pluie, cruels à ceux qui n’ont d’autres toits que le ciel ? Bien armé contre tout, il ne se voit désarmé contre rien de ce que peut lui offrir l’avenir. Contre la mort seule, il n’aura jamais de charme permettant de lui échapper, bien qu’il ait déjà su contre les maladies les plus opiniâtres imaginer plus d’un remède.

-Mais, ainsi maître d’un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance, il peut prendre ensuite la route du mal comme du bien. Qu’il fasse donc dans ce savoir une part aux lois de son pays et à la justice des dieux, à laquelle il a juré foi ! Il montera alors très haut au-dessus de sa cité, tandis qu’il s’exclut de cette cité le jour où il laisse le crime le contaminer par bravade. Ah ! Qu’il n’ait plus de place alors à mon foyer ni parmi mes amis, si c’est là comme il se comporte…