Puisqu’elle y voit des gages, elle se gardera de t’en accorder en retour. Faute d’élans qui te complétaient, sa fausse réserve te prétendra que la communion dispense des signes. C’est marqué d’impuissance à aimer, non élévation de l’amour. Le sculpteur, s’il méprise la glaise, il pétrit le vent. Si ton amour méprise les signes de l’amour, sous prétexte d’atteindre l’essence, il n’est plus que vocabulaire. Je te veux des souhaits et des présents et des témoignages. Saurais tu aimer le domaine, si tu en excluais tout à tout comme superflus le moulin, le troupeau, et la maison ? Comment construire l’amour qui est visage lu à travers la trame, s’il n’est point de trame sur quoi l’écrire ?
Car il n’est point de cathédrale sans cérémonial des pierres.
Et il n’est point d’amour sans cérémonial en vue de l’amour. L’essence de l’arbre je ne l’atteints que s’il a lentement pétri la terre selon le cérémonial des racines, du tronc, et des branches. Alors le voilà qui est un. Tel arbre et non un autre.
Mais celle là dédaigne les échanges dont elle naîtrait. Elle cherche dans l’amour un objet capturable. Et cet amour n’a point de signification. Elle croit que l’amour est cadeau qu’elle peut enfermer en soi. Si tu l’aimes c’est qu’elle t’a gagné. Elle t’enferme en elle, croyant s’enrichir. Or l’amour n’est point trésor à saisir mais obligation de part et d’autre. Mais fruit d’un cérémonial accepté. Mais visage des chemins de l’échange.
Celle là ne naîtra jamais. Car tu ne sauras naître que d’un réseau de liens.
Tu prétendais non à l’amour mais à un culte.
De même que je soignerai l’infirme pour le guérir, non pour le flatter : j’ai besoin d’un chemin, non d’un mur. Je ne suis suis ni idole à servir, ni esclave pour servir. Quiconque me revendiquera, je le répudierai. Je ne suis point objet placé en gage, et nul n’a créance sur moi. Ainsi n’ai-je créance sur personne : de celle qui m’aime je reçois perpétuellement.
Mais si je rencontre celle là qui rougit et qui balbutie, et qui a besoin de présents pour apprendre à sourire, car ils lui sont vent de mer et non capture, alors je me ferai chemin qui la délivre.
Je n’irai ni l’humilier ni m’humilier dans l’amour. Je serai autour d’elle comme l’espace et en elle comme le temps. Je lui dirai : « ne te hâte point de me connaître, il n’est rien de moi à saisir. Je suis espace et temps, où devenir »
Mon amour lui sera aigle aux ailes puissantes. Et ce n’est point moi qu’elle découvrira, mais, par moi, les vallées, les montagnes, les étoiles, les dieux.
Il ne s’agit point de moi. Je ne suis que celui qui transporte. Il ne s’agit point de toi : tu n’es que sentier vers les prairies au réveil du jour. Il ne s’agit point de nous : nous sommes ensemble passage pour Dieu qui emprunte un instant notre génération et l’use.