5 juin 1789
Êtes vous sûrs d’être approuvés de vos commettants? N’allez pas croire que le peuple s’intéresse aux discussions métaphysiques qui nous ont agités jusqu’ici. Elles ont sans doute plus d’importantance qu’on ne leur en donnera sans doute : elles sont le développement et la conséquence du principe de la représentation nationale, base de toute constitution.
Mais le peuple est trop loin encore de connaître le système de ses droits et la saine théorie de la liberté. LE peuple veut des soulagements, parce qu’il n’a plus de forces pour souffrir ; le peuple secoue l’oppression, parce qu’il ne peut plus respirer sous l’horrible faix dont on l’écrase ; mais il demande seulement de ne payer que ce qu’il peut, et de porter paisiblement sa misère.
Sans doute nous devons avoir des vues plus élevées, et former des voeux plus dignes d’hommes qui aspirent à la liberté, mais il faut s’accommoder aux circonstances et se servir des instruments que le sort nous a confiés. Ce n’est qu’alors que vos opérations toucheront directement aux premiers intérêts des contribuables, des classes les plus utiles et les plus infortunées, que vous pourrez compter sur leur appui, que vous serez investis de l’irrésistible puissance de l’opinion publique, de la confiance, du dévouement illimité du peuple. Jusque-là il est trop aisé de le diviser par des secours passagers, des dons éphémère§des, des accusations forcenées, des machinations ourdies de la main des courtisans. Il est trop facile de l’engager à vendre la Constitution pour du pain.