Voici le printemps revenu (Rilke)

Voici le printemps revenu. La terre
Semble une enfant qui sait des poésies

Nous sommes les sans sans trêve
Mais la marche du temps,
tenez-là pour babiole
Dans le stable à jamais.

Tout ce qui n’a que hâte 
N’aura fait que passer ;
ce n’est que séjourner 
Qui seul nous initie.

Ne vous lancez pas intrépides
Ô jeunes gens, dans la vitesse,
Dans la tentative aérienne.

Tout est repos :
Ombre et clarté 
et fleur et livre.

Rilke – poèmes épars

Ne laisse pas, le fait de l’enfance (cette fidélité sans nom des Célestes), le Destin te le reprendre : 

Même le prisonnier qui se corrompt obscurément dans sa cellule, elle l’aura nourri en secret jusqu’au bout. Elle garde le cœur intemporel…

***

Il vient un moment où le bonheur – la tranquillité – c’est d’avoir usé autour de soi beaucoup de choses, jusqu’à la corde, à force de s’y être top frotté – à force d’y avoir trop pensé. C’est cela qu’on nomme l’égoisme des vieillards : ils sont seulement devenus plus épais de ce que tant de choses autour d’eux se sont amincies. Il ne s’usent pas, ce sont les choses autour d’eux qui s’usent.

***

Car ne crois pas que ce soit vanité 
Si je te dis que nul ne vit sa vie.

Les hommes sont hasards, voix et débris, 
angoisses, jours de tous les jours, piètres bonheurs
Déguisés dès l’enfance, travestis, 
Masques majeurs, mais visages muets.

Je rêve qu’il doit être des musées 
Où se conservent ces multiples vies
Comme armures, litières, ou berceaux
Dont nul être réel n’a fait usage
Ou des costumes qui ne tiennent pas
Tout seuls, et qui s’affaissent en frôlant
De puissants murs voûtés de pierre.

Et quand je sors, le soir, toujours plus loin
de mon jardin pour fuir ma lassitude,
je sais qu’alors mènent tous les chemins, 
à l’arsenal des choses invécues…

***

Chante, mon coeur, tes jardins inconnus ; jardins
comme pris en cristal, transparents, hors d’atteinte.
D’Ispahan, de Chiraz, chante-les, eaux et roses, 
célèbre-les en joie, eux à rien comparables.

Montre, mon coeur, que d’eux jamais tu n’es manquant.
Que c’est pensant à toi que leurs figures mûrissent.
Qu’a travers les rameaux en fleurs tu t’entretiens
avec leurs souffle d’air enchéris en visages.

Evite cette erreur de croire à quelque manque,
dès lors que c’en est fait, décidé, ceci : d’être !
Tu viens d’intégrer, fil de soi, au tissu.

Quelle que soit l’image à quoi tu t’es uni,
sens (serait-ce un moment où la vie est supplice)
qu’il y va du tapis, de l’ensemble en sa gloire.

Louise Labé

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

L’amitié – Hannah Arendt

« Nous avons coutume aujourd’hui de ne voir dans l’amitié qu’un phénomène de l’intimité, où les amis s’ouvrent leur âme sans tenir compte du monde et de ses exigences. Rousseau, et non Lessing, est le meilleur représentant de cette conception conforme à l’aliénation de l’individu moderne qui ne peut se révéler vraiment qu’à l’écart de toute vie publique, dans l’intimité et le face à face. Ainsi nous est-il difficile de comprendre l’importance politique de l’amitié. Lorsque, par exemple, nous lisons chez Aristote que la philia, l’amitié entre citoyens, est l’une des conditions fondamentales du bien-être commun, nous avons tendance à croire qu’il parle seulement de l’absence de factions et de guerre civile au sein de la cité. Mais pour les Grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un “parler-ensemble” constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié, et de son humanité propre. Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d’elles-mêmes), si imprégné qu’il puisse être du plaisir pris à la présence de l’ami, se soucie du monde commun, qui reste “inhumain” en un sens très littéral, tant que des hommes n’en débattent pas constamment. Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue. Quelque intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu’elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu’au moment où nous pouvons en débattre avec nos semblables. Tout ce qui ne peut devenir objet de dialogue peut bien être sublime, horrible ou mystérieux, voire trouver voix humaine à travers laquelle résonner dans le monde, mais ce n’est pas vraiment humain. Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains.

Cette humanité qui se réalise dans les conversations de l’amitié, les Grecs l’appelaient philanthropia, “amour de l’homme”, parce qu’elle se manifeste en une disposition à partager le monde avec d’autres hommes. »

Bob Dylan’s Dream

While riding on a train goin’ west
I fell asleep for to take my rest
I dreamed a dream that made me sad
Concerning myself and the first few friends I had

With half-damp eyes I stared to the room
Where my friends and I spent many an afternoon
Where we together weathered many a storm
Laughin’ and singin’ till the early hours of the morn

By the old wooden stove our hats was hung
Our words was told, our songs was sung
Where we longed for nothin’ and were satisfied
Jokin’ and talkin’ about the world outsideWith hungry hearts through the heat and cold

We never much thought we could get very old
We thought we could sit forever in fun
And our chances really was a million to oneAs easy it was to tell black from white
It was all that easy to tell wrong from right

And our choices there was few
So the thought never hit
At the one road we traveled we ever shatter or splitHow many a year has passed and gone?
Many a gamble has been lost and won

And many a road taken by many a first friend
And each one I’ve never seen againI wish, I wish, I wish in vain
That we could sit simply in that room again
Ten thousand dollars at the drop of a hat
I’d give it all gladly if our lives could be like that

Extraits Sophocle

Ulysse : I pity him all the same, even though he hates me, because he is yoked beneath a ruinous delusion—I think of my own lot no less than his. For I see that all we who live are nothing more than phantoms or fleeting shadow.

Ajax

Thésée qui accueille Oedipe :
Je n’oublie pas que je fus moi-même élevé à l’étranger comme toi, et que j’ai plus que tout autre, sur la terre étrangère, affronté une foule de périls qui menaçaient ma tête. Ainsi, devant un étranger comme tu l’es ici, je ne saurais me dérober pour venir à son aide pour lui assurer protection. Je n’oublie pas que je suis homme, et que le jour qui vient ne m’appartient pas plus qu’à toi.
For I know well that I am a man, and that my portion of tomorrow is no greater than yours.

Oedipe à Colonne

Discours à la jeunesse

Je demandais à ceux qui m’écoutaient de juger les hommes avec bienveillance, c’est-à-dire avec équité, d’être attentifs, dans les consciences les plus médiocres et les existences les plus dénuées, aux traits de lumière, aux fugitives étincelles de beauté morale par où se révèle la vocation de grandeur de la nature humaine. Je les priais d’interpréter avec indulgence le tâtonnant effort de l’humanité incertaine.

Peut-être, dans les années de lutte qui ont suivi, ai-je manqué plus d’une fois envers des adversaires à ces conseils de généreuse équité. Ce qui reste vrai, à travers toutes nos misères, à travers toutes les injustices commises ou subies, c’est qu’il faut faire un large crédit à la nature humaine ; c’est qu’on se condamne soi-même à ne pas comprendre l’humanité, si on n’a pas le sens de sa grandeur et le pressentiment de ses destinées incomparables.

Cette confiance n’est ni sotte, ni aveugle, ni frivole. Elle n’ignore pas les vices, les crimes, les erreurs, les préjugés, les égoïsmes de tout ordre, égoïsme des individus, égoïsme des castes, égoïsme des partis, égoïsme des classes, qui appesantissent la marche de l’homme, et absorbent souvent le cours du fleuve en un tourbillon trouble et sanglant. Elle sait que les forces de sagesse, de lumière, de justice, ne peuvent se passer du secours du temps, et que la nuit de la servitude et de l’ignorance n’est pas dissipée par une illumination soudaine et totale, mais atténuée seulement par une lente série d’aurores incertaines.

***

L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir.

Je veux seulement dire deux choses, parce qu’elles touchent non au fond du problème, mais à la méthode de l’esprit et à la conduite de la pensée. D’abord, envers une idée audacieuse qui doit ébranler tant d’intérêts et tant d’habitudes et qui prétend renouveler le fond même de la vie, vous avez le droit d’être exigeants. Vous avez le droit de lui demander de faire ses preuves, c’est-à-dire d’établir avec précision comment elle se rattache à toute l’évolution politique et sociale, et comment elle peut s’y insérer. Vous avez le droit de lui demander par quelle série de formes juridiques et économiques elle assurera le passage de l’ordre existant à l’ordre nouveau. Vous avez le droit d’exiger d’elle que les premières applications qui en peuvent être faites ajoutent à la vitalité économique et morale de la nation. Et il faut qu’elle prouve, en se montrant capable de défendre ce qu’il y a déjà de noble et de bon dans le patrimoine humain, qu’elle ne vient pas le gaspiller, mais l’agrandir. Elle aurait bien peu de foi en elle-même si elle n’acceptait pas ces conditions.

 Rien n’est plus menteur que le vieil adage pessimiste et réactionnaire de l’Ecclésiaste désabusé : « Il n’y rien de nouveau sous le soleil ». Le soleil lui même a été jadis une nouveauté, et la terre fut une nouveauté, et l’homme fut une nouveauté. L’histoire humaine n’est qu’un effort incessant d’invention, et la perpétuelle évolution est une perpétuelle création.

Surtout, qu’on ne nous accuse point d’abaisser et d’énerver les courages. L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la sombre nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante, dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force l

heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit : c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c’est de devenir, autant que l’on peut, un technicien accompli, c’est d’accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l’action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues. Le courage, c’est d’être tout ensemble et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale. Le courage, c’est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser, pour qu’aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés. Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Le courage c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.

Jean Jaurès extraits

Ah ! messieurs, s’il suffisait, pour condamner une grande époque en travail d’un monde nouveau, de constater que les constructions nouvelles n’ont pas encore la rigidité, la netteté mathématique des constructions du passé, jamais un progrès n’aurait été réalisé par la race humaine. (Applaudissements à l’extrême gauche et à gauche.)

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 opiniâtre et coriace dans son idéal. Les grandes vérités n’entrent pas d’un seul coup dans la cervelle des hommes, il faut les enfoncer, sans relâche, clou après clou, jour après jour ! C’est là une tâche monotone et ingrate, et pourtant ô combien nécessaire !

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Vous opposez nos flottements, nos incertitudes, notre inconsistance, à la solidité de la vieille armature catholique. Je vous dirai, sans offenser votre esthétique, que le squelette est toujours plus consistant que le germe. 

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Gérard-Varet disait l’autre jour que nous étions les héritiers de la culture hellénique, Pas d’elle seule. J’espère que nous avons hérité d’elle le sens de la loi, du rythme, de l’équilibre, l’admiration de la beauté aisée. Mais je sais bien aussi que la tradition hellénique n’a pas été le seul élément de l’origine de la grande force française ; il y a la tradition de l’Orient, il y a la tradition chrétienne. Et nous perdrionis beaucoup s’il ne s’était pas prolongé dans la conscience française le sérieux de ces grands juifs qui ne concevaient pas seulement la justice comme une harmonie de beauté, mais qui la réclamaient passionnément de toute la ferveur de leur conscience, qui en appelaient au Dieu juste contre toutes les puissances de brutalité, qui évoquaient l’âge où tous les hommes seraient réconciliés dans la justice et où le Dieu qu’ils appelaient, suivant l’admirable mot du psalmiste ou du prophète « effacerait, essuierait les larmes de tous les’visages ». (Applaudissements à gauche.)

C’est cet appel passionné à la justice humaine, c’est ce sérieux de la conscience hébraïque, mêlé à la grâce, à la force, à la raison de la pensée grecque, qui s’est fondu dans le génie de la France. (Vifs applaudissements à gauche et à l’extrême gauche.)

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Dès demain, si vous le voulez, par le vote immédiat de la loi, et par l’effort d’amélioration que nous ferons tout de suite, dès demain, tous les vieux relèveront le front, et tous les jeunes, tous les hommes mûrs se diront du moins que la fin de la vie ne sera pas pour eux le fossé où se couche la bête aux abois.»

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C’est à nous de fatiguer le doute du peuple par la persévérance de notre dévouement. 

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Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène

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Parce que le milliardaire n’a pas récolté sans peine, il s’imagine qu’il a semé

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On the Mindless Menace of Violence

This is a time of shame and sorrow. It is not a day for politics. I have saved this one opportunity to speak briefly to you about this mindless menace of violence in America which again stains our land and every one of our lives. It is not the concern of any one race. The victims of the violence are black and white, rich and poor, young and old, famous and unknown. They are, most important of all, human beings whom other human beings loved and needed. No one – no matter where he lives or what he does – can be certain who will suffer from some senseless act of bloodshed. And yet it goes on and on.

Why? What has violence ever accomplished? What has it ever created? No martyr’s cause has ever been stilled by his assassin’s bullet.

No wrongs have ever been righted by riots and civil disorders. A sniper is only a coward, not a hero; and an uncontrolled, uncontrollable mob is only the voice of madness, not the voice of the people.

Whenever any American’s life is taken by another American unnecessarily – whether it is done in the name of the law or in the defiance of law, by one man or a gang, in cold blood or in passion, in an attack of violence or in response to violence – whenever we tear at the fabric of life which another man has painfully and clumsily woven for himself and his children, the whole nation is degraded.

“Among free men,” said Abraham Lincoln, “there can be no successful appeal from the ballot to the bullet; and those who take such appeal are sure to lose their cause and pay the costs.”

Yet we seemingly tolerate a rising level of violence that ignores our common humanity and our claims to civilization alike. We calmly accept newspaper reports of civilian slaughter in far off lands. We glorify killing on movie and television screens and call it entertainment. We make it easy for men of all shades of sanity to acquire weapons and ammunition they desire.

Too often we honor swagger and bluster and the wielders of force; too often we excuse those who are willing to build their own lives on the shattered dreams of others. Some Americans who preach nonviolence abroad fail to practice it here at home. Some who accuse others of inciting riots have by their own conduct invited them.

Some looks for scapegoats, others look for conspiracies, but this much is clear; violence breeds violence, repression brings retaliation, and only a cleaning of our whole society can remove this sickness from our soul.

For there is another kind of violence, slower but just as deadly, destructive as the shot or the bomb in the night. This is the violence of institutions; indifference and inaction and slow decay. This is the violence that afflicts the poor, that poisons relations between men because their skin has different colors. This is a slow destruction of a child by hunger, and schools without books and homes without heat in the winter.

This is the breaking of a man’s spirit by denying him the chance to stand as a father and as a man among other men. And this too afflicts us all. I have not come here to propose a set of specific remedies nor is there a single set. For a broad and adequate outline we know what must be done. When you teach a man to hate and fear his brother, when you teach that he is a lesser man because of his color or his beliefs or the policies he pursues, when you teach that those who differ from you threaten your freedom or your job or your family, then you also learn to confront others not as fellow citizens but as enemies – to be met not with cooperation but with conquest, to be subjugated and mastered.

We learn, at the last, to look at our brothers as aliens, men with whom we share a city, but not a community, men bound to us in common dwelling, but not in common effort. We learn to share only a common fear – only a common desire to retreat from each other – only a common impulse to meet disagreement with force. For all this there are no final answers.

Yet we know what we must do. It is to achieve true justice among our fellow citizens. The question is now what programs we should seek to enact. The question is whether we can find in our own midst and in our own hearts that leadership of human purpose that will recognize the terrible truths of our existence.

We must admit the vanity of our false distinctions among men and learn to find our own advancement in the search for the advancement of all. We must admit in ourselves that our own children’s future cannot be built on the misfortunes of others. We must recognize that this short life can neither be ennobled or enriched by hatred or revenge.

Our lives on this planet are too short and the work to be done too great to let this spirit flourish any longer in our land. Of course we cannot vanish it with a program, nor with a resolution.

But we can perhaps remember – even if only for a time – that those who live with us are our brothers, that they share with us the same short movement of life, that they seek – as we do – nothing but the chance to live out their lives in purpose and happiness, winning what satisfaction and fulfillment they can.

Surely this bond of common faith, this bond of common goal, can begin to teach us something. Surely we can learn, at least, to look at those around us as fellow men and surely we can begin to work a little harder to bind up the wounds among us and to become in our hearts brothers and countrymen once again.

Tennyson said :

And tho’
We are not now that strength which in old days
Moved earth and heaven; that which we are, we are;
One equal temper of heroic hearts,
Made weak by time and fate, but strong in will
To strive, to seek, to find, and not to yield.”

Robert Kennedy : Day of Affirmation

There is discrimination in New York, the racial inequality of apartheid in South Africa, and serfdom in the mountains of Peru. People starve to death in the streets of India; a former Prime Minister is summarily executed in the Congo; intellectuals go to jail in Russia; and thousands are slaughtered in Indonesia; wealth is lavished on armaments everywhere in the world. These are different evils; but they are the common works of man. They reflect the imperfections of human justice, the inadequacy of human compassion, the defectiveness of our sensibility toward the sufferings of our fellows; they mark the limit of our ability to use knowledge for the well-being of our fellow human beings throughout the world. And therefore they call upon common qualities of conscience and indignation, a shared determination to wipe away the unnecessary sufferings of our fellow human beings at home and around the world.

***

It is these qualities which make of our youth today the only true international community. More than this I think that we could agree on what kind of a world we want to build. It would be a world of independent nations, moving toward international community, each of which protected and respected the basic human freedoms. It would be a world which demanded of each government that it accept its responsibility to insure social justice. It would be a world of constantly accelerating economic progress – not material welfare as an end in of itself, but as a means to liberate the capacity of every human being to pursue his talents and to pursue his hopes. It would, in short, be a world that we would all be proud to have built.

Our answer is the world’s hope; it is to rely on youth. The cruelties and the obstacles of this swiftly changing planet will not yield to obsolete dogmas and outworn slogans. It cannot be moved by those who cling to a present which is already dying, who prefer the illusion of security to the excitement and danger which comes with even the most peaceful progress. This world demands the qualities of youth: not a time of life but a state of mind, a temper of the will, a quality of imagination, a predominance of courage over timidity, of the appetite for adventure over the life of ease – a man like the Chancellor of this University. It is a revolutionary world that we all live in; and thus, as I have said in Latin America and Asia and in Europe and in my own country, the United States, it is the young people who must take the lead. Thus you, and your young compatriots everywhere have had thrust upon you a greater burden of responsibility than any generation that has ever lived.

“There is,” said an Italian philosopher, “nothing more difficult to take in hand, more perilous to conduct, or more uncertain in its success than to take the lead in the introduction of a new order of things.” Yet this is the measure of the task of your generation and the road is strewn with many dangers.

First is the danger of futility; the belief there is nothing one man or one woman can do against the enormous array of the world’s ills – against misery, against ignorance, or injustice and violence. Yet many of the world’s great movements, of thought and action, have flowed from the work of a single man. A young monk began the Protestant reformation, a young general extended an empire from Macedonia to the borders of the earth, and a young woman reclaimed the territory of France. It was a young Italian explorer who discovered the New World, and 32 year old Thomas Jefferson who proclaimed that all men are created equal. “Give me a place to stand,” said Archimedes, “and I will move the world.” These men moved the world, and so can we all. Few will have the greatness to bend history; but each of us can work to change a small portion of the events, and in the total of all these acts will be written the history of this generation. Thousands of Peace Corps volunteers are making a difference in the isolated villages and the city slums of dozens of countries. Thousands of unknown men and women in Europe resisted the occupation of the Nazis and many died, but all added to the ultimate strength and freedom of their countries. It is from numberless diverse acts of courage such as these that the belief that human history is thus shaped. Each time a man stands up for an ideal, or acts to improve the lot of others, or strikes out against injustice, he sends forth a tiny ripple of hope, and crossing each other from a million different centers of energy and daring those ripples build a current which can sweep down the mightiest walls of oppression and resistance.

“If Athens shall appear great to you,” said Pericles, “consider then that her glories were purchased by valiant men, and by men who learned their duty.” That is the source of all greatness in all societies, and it is the key to progress in our own time.

The second danger is that of expediency; of those who say that hopes and beliefs must bend before immediate necessities. Of course if we must act effectively we must deal with the world as it is. We must get things done. But if there was one thing that President Kennedy stood for that touched the most profound feeling of young people across the world, it was the belief that idealism, high aspiration and deep convictions are not incompatible with the most practical and efficient of programs – that there is no basic inconsistency between ideals and realistic possibilities – no separation between the deepest desires of heart and of mind and the rational application of human effort to human problems. It is not realistic or hard-headed to solve problems and take action unguided by ultimate moral aims and values, although we all know some who claim that it is so. In my judgement, it is thoughtless folly. For it ignores the realities of human faith and of passion and of belief; forces ultimately more powerful than all the calculations of our economists or of our generals. Of course to adhere to standards, to idealism, to vision in the face of immediate dangers takes great courage and takes self-confidence. But we also know that only those who dare to fail greatly, can ever achieve greatly.

It is this new idealism which is also, I believe, the common heritage of a generation which has learned that while efficiency can lead to the camps at Auschwitz, or the streets of Budapest, only the ideals of humanity and love can climb the hills of the Acropolis.

A third danger is timidity. Few men are willing to brave the disapproval of their fellows, the censure of their colleagues, the wrath of their society. Moral courage is a rarer commodity than bravery in battle or great intelligence. Yet it is the one essential, vital quality for those who seek to change the world which yields most painfully to change. Aristotle tells us “At the Olympic games it is not the finest or the strongest men who are crowned, but those who enter the lists. . .so too in the life of the honorable and the good it is they who act rightly who win the prize.” I believe that in this generation those with the courage to enter the conflict will find themselves with companions in every corner of the world.

For the fortunate amongst us, the fourth danger is comfort; the temptation to follow the easy and familiar path of personal ambition and financial success so grandly spread before those who have the privilege of an education. But that is not the road history has marked out for us. There is a Chinese curse which says “May he live in interesting times.” Like it or not, we live in interesting times. They are times of danger and uncertainty; but they are also the most creative of any time in the history of mankind. And everyone here will ultimately be judged – will ultimately judge himself – on the effort he has contributed to building a new world society and the extent to which his ideals and goals have shaped that effort.

So we part, I to my country and you to remain. We are – if a man of forty can claim the privilege – fellow members of the world’s largest younger generation. Each of us have our own work to do. I know at times you must feel very alone with your problems and with your difficulties. But I want to say how impressed I am with what you stand for and for the effort you are making; and I say this not just for myself, but men and women all over the world. And I hope you will often take heart from the knowledge that you are joined with your fellow young people in every land, they struggling with their problems and you with yours, but all joined in a common purpose; that, like the young people of my own country and of every country that I have visited, you are all in many ways more closely united to the brothers of your time than to the older generation in any of these nations; you are determined to build a better future.