Textes

Homère

βῆ δ᾽ ἀκέων παρὰ θῖνα πολυφλοίσβοιο θαλάσσης: 

Et il allait, silencieux, le long du rivage de la mer aux bruits sans nombre Lattimore: and went silently away beside the murmuring sea beach

μή μοι δῶρ᾽ ἐρατὰ πρόφερε χρυσέης Ἀφροδίτης: οὔ τοι ἀπόβλητ᾽ ἐστὶ θεῶν ἐρικυδέα δῶρα ὅσσά κεν αὐτοὶ δῶσιν, ἑκὼν δ᾽ οὐκ ἄν τις ἕλοιτο:

Ne me reproche point les dons aimables d’Aphroditè d’or. Il ne faut point rejeter les dons glorieux des Dieux, car eux seuls en disposent, et nul ne les pourrait prendre à son gré

δημοβόρος βασιλεὺς ἐπεὶ οὐτιδανοῖσιν ἀνάσσεις

Et la Déesse, ayant ainsi parlé, jeta dans son cœur un doux souvenir de son premier mari, et de son pays, et de ses parents. 

ὣς εἰποῦσα θεὰ γλυκὺν ἵμερον ἔμβαλε θυμῷ 140ἀνδρός τε προτέρου καὶ ἄστεος ἠδὲ τοκήων

« Ébranleur du sol, tu me dirais que j’ai l’esprit atteint si je partais en guerre contre toi pour de pauvres humains, pareils à des feuilles, qui tantôt vivent pleins d’éclat, en mangeant le fruit de la terre et tantôt se consument et tombent au néant »

ἔτλην δ᾽ οἷ᾽ οὔ πώ τις ἐπιχθόνιος βροτὸς ἄλλος, ἀνδρὸς παιδοφόνοιο ποτὶ στόμα χεῖρ᾽ ὀρέγεσθαι.

J’ai enduré ce qu’aucun autre homme sur terre n’a déjà enduré:
Porter à mes lèvres les mains du bourreau de mes enfants.

Hérodote

J’ai parlé ailleurs des coutumes des Gètes, qui se disent immortels : quant à celles des Trauses, elles ressemblent parfaitement aux usages du reste des Thraces, excepté en ce qui regarde les enfants nouveau-nés et les morts. Lorsqu’il naît chez eux un enfant, ses parents, assis autour de lui, font une énumération de tous les maux auxquels la nature humaine est sujette, et gémissent sur le sort fâcheux qu’il doit nécessairement éprouver pendant sa vie. Mais si quelqu’un meurt, ils en témoignent de la joie en le mettant en terre, et se réjouissent du bonheur qu’il a d’être délivré d’une infinité de maux.

Carlos Drummond de Andrade

Ah por que tocar em cordilheiras e oceanos!
Sou tão pequeno (sou apenas um homem)
e verdadeiramente só conheço minha terra natal,
dois ou très bois, o caminho roça,
alguns versos que li há tempos, alguns rostos que contemplei.
Nada conto do ar e da água, do mineral e da folha,
ignoro profundamente a natureza humana

e acho que não devia falar nessas coisas.
Sous apenas o sorrisona face de um homem calado.

Le Cantique des Cantiques

Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt, Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. J’ai désiré m’asseoir à son ombre, Et son fruit est doux à mon palais.

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Comme un ruban d’écarlate, tes lèvres ; tes paroles : une harmonie. Comme une moitié de grenade, ta joue au travers de ton voile.

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Tes deux seins : deux faons, jumeaux d’une gazelle ; ils pâturent parmi les lis.

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Que tu es belle, mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes.

Que tu es beau, mon bien aimé, que tu es aimable ! Notre lit, c’est la verdure.

Les solives de nos maisons sont des cèdres, Nos lambris sont des cyprès.

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Je suis un narcisse de Saron,
Un lis des vallées.
Comme un lis au milieu des épines,
Telle est mon amie parmi les jeunes filles

Le cri de Job

Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. Il prit la parole et dit :

 « Périssent le jour qui m’a vu naître et la nuit qui a déclaré : “Un homme vient d’être conçu !”

Ce jour-là, qu’il soit ténèbres ; que Dieu, de là-haut, ne le convoque pas, que nulle clarté sur lui ne resplendisse !

Que le revendiquent ténèbres et ombre de mort, qu’une nuée sur lui repose, que les éclipses l’épouvantent !

Cette nuit-là, que l’obscurité s’en empare, qu’elle ne s’ajoute pas aux jours de l’année, qu’elle n’entre pas dans le compte des mois !

Oui, que cette nuit soit stérile, que nul cri d’allégresse n’y résonne !

Qu’elle soit malédiction pour ceux qui maudissent le jour, ceux qui sont prêts à réveiller Léviathan !

Que s’éteignent les étoiles de son aube, que cette nuit attende en vain la lumière, et n’entrevoie pas les paupières de l’aurore !

Car elle n’a pas scellé pour moi les portes de la matrice ni voilé à ma vue la misère.

Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein de ma mère, n’ai-je pas expiré au sortir de son ventre ?

Pourquoi s’est-il trouvé deux genoux pour me recevoir, deux seins pour m’allaiter ?

Maintenant je serais étendu, au calme, je dormirais d’un sommeil reposant, avec les rois et les conseillers de la terre qui se bâtissent des mausolées, ou avec les princes qui ont de l’or et remplissent d’argent leurs demeures. Ou bien, comme l’avorton que l’on dissimule, je n’aurais pas connu l’existence, comme les petits qui n’ont pas vu le jour. Là, au séjour des morts, prend fin l’agitation des méchants, là reposent ceux qui sont exténués.

 De même, les prisonniers sont en paix, ils n’entendent plus les cris du gardien. Petits et grands, là, sont égaux, et l’esclave est affranchi de son maître.

Pourquoi Dieu donne-t-il la lumière à un malheureux, la vie à ceux qui sont pleins d’amertume, qui aspirent à la mort sans qu’elle vienne, qui la recherchent plus avidement qu’un trésor ?  Ils se réjouiraient, ils seraient dans l’allégresse, ils exulteraient s’ils trouvaient le tombeau. Pourquoi Dieu donne-t-il la vie à un homme dont la route est sans issue, et qu’il enferme de toutes parts ?

En guise de pain, je n’ai que mes sanglots ; comme les eaux, mes rugissements déferlent.

 La terreur qui me terrifie se réalise, et ce que je redoute m’arrive.  Ni calme pour moi, ni tranquillité, ni repos, rien que tourment !

Henri Bataille – Déjà !

Hé quoi ?… Déjà ?… Amour léger comme tu passes !
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.

Un jour partira donc ta main apprivoisée !
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton cœur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi ? Sans moi, quelque part, ton front continuera !
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas ;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.

Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’aube et de la nuit ?

Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle !
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.

La voilà donc finie alors la course folle ?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon cœur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah ! Rosine, Rosine !

Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on ?

Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui !
J’accepte. A ce signal séparons-nous ensemble…
Me voici seul ; l’hiver là… c’est bien… Nuit.
Froid. Solitude… Amour léger comme tu trembles !

Cioran

 “Il me suffit d’entendre quelqu’un parler sincèrement d’idéal, d’avenir, de philosophie, de l’entendre dire “nous” avec une inflexion d’assurance, d’invoquer les “autres”, et s’en estimer l’interprète,- pour que je le considère mon ennemi”

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-– “Le seul service que nous pouvons demander aux autres, c’est de ne pas deviner à quel point nous sommes lamentables”

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– “Ne juge personne avant de te mettre à sa place. Ce vieux proverbe rend tout jugement impossible, car nous ne jugeons quelqu’un que parce que justement nous ne pouvons nous mettre à sa place”

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Mme d’Heudicourt, observe Saint-Simon, n’avait de sa vie dit du bien de personne qu’avec « quelques mais accablants ». Merveilleuse définition, non pas de la médisance, mais de la conversation en général

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Il est impossible d’accepter d’être jugé par quelqu’un qui a moins souffert que nous. Et comme chacun se croit un Job méconnu…

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A des intervalles de plus en plus espacés, accès de gratitude envers Job et Chamfort, envers la vocifération et le vitriol…

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“Le vrai contact entre les êtres ne s’établit que par la présence muette, par l’apparente non-communication, par l’échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure”

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“Que tout soit dépourvu de consistance, de fondement, de justification, j’en suis d’ordinaire si assuré, que, celui qui oserait me contredire, fût-il l’homme que j’estime le plus, m’apparaîtrait comme un charlatan ou un abruti”

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L’amitié est une source inépuisable de mécontentement et de rage dont il serait déraisonnable de vouloir se passer”

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Nous n’avouons nos chagrins à un autre que pour le faire souffrir, pour qu’il les prenne à son compte. Si nous voulions nous l’attacher, nous ne lui ferions part que de nos tourments abstraits, les seuls qu’accueillent avec empressement tous ceux qui nous aiment.

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Le non-savoir est le fondement de tout, il crée le tout par un acte qu’il répète à chaque instant, il produit ce monde et n’importe quel monde, puisqu’il ne cesse de prendre pour réel ce qui ne l’est pas. Le non-savoir est la gigantesque méprise qui sert de base à toutes nos vérités, le non-savoir est plus et plus puissant que tous les dieux réunis. 

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Nulle différence entre l’être et le non-être, si on les appréhende avec une égale intensité. 

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N’est pas humble celui qui se hait.

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J’ai décidé de plus m’en prendre à personne depuis que j’ai observé que je finis toujours par ressembler à mon dernier ennemi.

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Regarder sans comprendre, c’est le paradis. L’enfer serait donc le lieu où l’on comprend, où l’on comprend trop…

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L’essentiel n’a jamais exigé le moindre talent.

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Ce n’est pas la peine de se tuer, puisqu’on se tue toujours trop tard.

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On a d’autant plus de prise sur ce monde qu’on s’en éloigne, qu’on n’y adhère pas. Le renoncement confère un pouvoir infini.

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Il n’est pas d’art vrai sans une forte dose de banalité. Celui qui use de l’insolite d’une manière constante lasse vite, rien n’étant plus insupportable que l’uniformité de l’exceptionnel. 

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Les penseurs de première main méditent sur des choses; les autres, sur des problèmes. Il faut vivre face à l’être, et non face à l’esprit.

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Le sage est celui qui consent à tout, parce qu’il ne s’identifie avec rien. Un opportuniste sans désir.

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Toute forme de hâte, même vers le bien, trahit quelque dérangement mental.

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Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l’on soit croyant ou non.

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Sachons exploser! N’importe quel malaise est plus sain que celui que suscite une rage thésaurisée.

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un enfer trop parfait est presque aussi stérile que le paradis.

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On doit se méfier des lumières qu’on possède sur soi. La connaissance que nous avons de nous-même, indispose et paralyse notre démon. C’est là qu’il faut chercher la raison pour laquelle Socrate n’a rien écrit. 

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J’aime lire comme lit une concierge: m’identifier à l’auteur et au livre. Toute autre attitude me fait penser au dépeceur de cadavres.

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Le scepticisme est l’ivresse de l’impasse. Singulier emploi du mot ivresse ici. Ivresse donc comme sublimation de la fin inéluctable. Le scepticicisme est aussi une forme d’irréalisme, de tentative de couvrir par la parole ou des mots ce qui ne peut se vivre : l’impasse de la mort.

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L’inconscience est une patrie; la conscience un exil.

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L’homme accepte la mort mais non l’heure de sa mort. Mourir n’importe quand, sauf quand il faut que l’on meure!

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Un texte expliqué n’est plus un texte. On vit avec une idée, on ne la désarticule pas; on lutte avec elle, on n’en décrit pas les étapes.

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La sphère de la conscience se rétrécissant dans l’action, nul qui agit ne peut prétendre à l’universel, car agir c’est se cramponner aux propriétés de l’être au détriment de l’être, à une forme de réalité au préjudice de la réalité. Le degré de notre affranchissement se mesure à la quantité d’entreprises dont nous nous serons émancipés, comme à notre capacité de convertir tout objet en non-objet.

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Je crois au salut de l’humanité, à l’avenir du cyanure.

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Évolution : Prométhée, de nos jours, serait un député de l’opposition.

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Heureux en amour, Adam nous eût épargné l’Histoire.

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 Toute croyance rend insolent ; nouvellement acquise, elle avive les mauvais instincts ; ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d’incapables, ne méritant que pitié et mépris. Observez les néophytes en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont réussi à intéresser Dieu à leurs combines, les convertis, les nouveaux riches de l’Absolu. Confrontez leur impertinence avec la modestie et les bonnes manières de ceux qui sont en train de perdre leur foi et leurs convictions…

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Ne me demandez plus mon programme ; respirer, n’en est-ce pas un ?

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Au beau milieu d’études sérieuses, je découvris que j’allais mourir un jour…; ma modestie en fut ébranlée. Convaincu qu’il ne me restait plus rien à apprendre, j’abandonnai mes études pour mettre le monde au courant d’une si remarquable découverte.

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Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.

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Objection contre la science : ce monde ne mérite pas d’être connu.

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Dans cet univers provisoire nos axiomes n’ont qu’une valeur de faits divers.

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Chaque pensée devrait rappeler la ruine d’un sourire.

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Tout Occidental tourmenté fait penser à un héros dostoïevskien qui aurait un compte en banque.

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Un livre qui, après avoir tout démoli, ne se démolit pas lui-même, nous aura exaspérés en vain. 

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Tout mot me fait mal. Combien pourtant il me serait doux d’entendre des fleurs bavarder sur la mort !

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Ne cultivent l’aphorisme que ceux qui ont connu la peur au milieu des mots, cette peur de crouler avec tous les mots.

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Fabriquer des livres et s’en montrer fier, constitue un spectacle des plus pitoyables

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L’écrivain, c’est sa fonction, dit toujours plus qu’il n’a à dire: il dilate sa pensée et la recouvre de mots. Seuls subsistent d’une oeuvre deux ou trois moments: des éclairs dans du fatras. Vous dirais-je le fond de ma pensée? Tout mot est un mot de trop. Il s’agit pourtant d’écrire: écrivons…, dupons-nous les uns les autres.

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A quelques criminels près, tout le monde aspire à avoir une âme publique, une âme-affiche.

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La haine équivaut à un reproche que l’on n’ose se faire à soi, à une intolérance à l’égard de notre idéal incarné dans autrui.

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La raison: rouille de notre vitalité.

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Seuls nous séduisent les esprits qui se sont détruits pour avoir voulu donner un sens à leur vie

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La Voix

Qui chante là quand toute voix se tait?
Qui chante avec cette voix sourde et pure un si beau chant?
Serait-ce hors de la ville, à
Robinson, dans un jardin couvert de neige?
Ou est-ce là tout près, quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât?
Ne soyons pas impatients de le savoir puisque le jour n’est pas autrement précédé par l’invisible oiseau.
Mais faisons seulement silence.
Une voix monte, et comme un vent de mars aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte?
Nul ne le sait.
Mais seul peut entendre le cœur qui ne cherche la possession ni la victoire.

Extraits Jaccottet (2)

C’est d’avoir vu si près de moi, Si souveraines, toutes ces choses dont je n’ignore pas l’inconsistance : arbres, rochers, marées, que j’ai tiré la force de répondre à cette plainte, d’opposer à la mer illimitée des plaintes un seul baiser, une aile, une plume, un peu de paille…

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Nul n’empêche jamais la lumière exilée

De trouver son élu dans l’inconnu surpris

Elle franchit d’un bond l’espace et le jaloux

Et c’est un astre entier de plus

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Si nous marchons en silence,
Âmes de peu de durée
Entre les sombres demeures,
C’est de crainte que tu meures
Murmure perpétuel
De la lumière cachée.

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La nuit n’est pas ce que l’on croit, revers du feu
chute du jour et négation de la lumière,
mais subterfuge fait pour nous ouvrir les yeux
sur ce qui reste irrévélé tant qu’on l’éclaire

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on respire sous chaque branche 
le fouet odorant de la hâte
Comme ils dorment longtemps 
Sous les mille paupières vertes!

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Il y aura toujours ans mon oeil cependant
Une invisible rose de regret
Comme quand au-dessus d’un lac
A passé l’ombre d’un oiseau

***

Les joints des mots se rompent, certains sombrent
D’autres s’éloignent, mais le fond même
Et la distance ne sont plus saisis

***