“Il me suffit d’entendre quelqu’un parler sincèrement d’idéal, d’avenir, de philosophie, de l’entendre dire “nous” avec une inflexion d’assurance, d’invoquer les “autres”, et s’en estimer l’interprète,- pour que je le considère mon ennemi”
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-– “Le seul service que nous pouvons demander aux autres, c’est de ne pas deviner à quel point nous sommes lamentables”
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– “Ne juge personne avant de te mettre à sa place. Ce vieux proverbe rend tout jugement impossible, car nous ne jugeons quelqu’un que parce que justement nous ne pouvons nous mettre à sa place”
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Mme d’Heudicourt, observe Saint-Simon, n’avait de sa vie dit du bien de personne qu’avec « quelques mais accablants ». Merveilleuse définition, non pas de la médisance, mais de la conversation en général
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Il est impossible d’accepter d’être jugé par quelqu’un qui a moins souffert que nous. Et comme chacun se croit un Job méconnu…
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A des intervalles de plus en plus espacés, accès de gratitude envers Job et Chamfort, envers la vocifération et le vitriol…
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“Le vrai contact entre les êtres ne s’établit que par la présence muette, par l’apparente non-communication, par l’échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure”
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“Que tout soit dépourvu de consistance, de fondement, de justification, j’en suis d’ordinaire si assuré, que, celui qui oserait me contredire, fût-il l’homme que j’estime le plus, m’apparaîtrait comme un charlatan ou un abruti”
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L’amitié est une source inépuisable de mécontentement et de rage dont il serait déraisonnable de vouloir se passer”
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Nous n’avouons nos chagrins à un autre que pour le faire souffrir, pour qu’il les prenne à son compte. Si nous voulions nous l’attacher, nous ne lui ferions part que de nos tourments abstraits, les seuls qu’accueillent avec empressement tous ceux qui nous aiment.
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Le non-savoir est le fondement de tout, il crée le tout par un acte qu’il répète à chaque instant, il produit ce monde et n’importe quel monde, puisqu’il ne cesse de prendre pour réel ce qui ne l’est pas. Le non-savoir est la gigantesque méprise qui sert de base à toutes nos vérités, le non-savoir est plus et plus puissant que tous les dieux réunis.
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Nulle différence entre l’être et le non-être, si on les appréhende avec une égale intensité.
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N’est pas humble celui qui se hait.
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J’ai décidé de plus m’en prendre à personne depuis que j’ai observé que je finis toujours par ressembler à mon dernier ennemi.
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Regarder sans comprendre, c’est le paradis. L’enfer serait donc le lieu où l’on comprend, où l’on comprend trop…
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L’essentiel n’a jamais exigé le moindre talent.
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Ce n’est pas la peine de se tuer, puisqu’on se tue toujours trop tard.
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On a d’autant plus de prise sur ce monde qu’on s’en éloigne, qu’on n’y adhère pas. Le renoncement confère un pouvoir infini.
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Il n’est pas d’art vrai sans une forte dose de banalité. Celui qui use de l’insolite d’une manière constante lasse vite, rien n’étant plus insupportable que l’uniformité de l’exceptionnel.
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Les penseurs de première main méditent sur des choses; les autres, sur des problèmes. Il faut vivre face à l’être, et non face à l’esprit.
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Le sage est celui qui consent à tout, parce qu’il ne s’identifie avec rien. Un opportuniste sans désir.
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Toute forme de hâte, même vers le bien, trahit quelque dérangement mental.
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Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l’on soit croyant ou non.
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Sachons exploser! N’importe quel malaise est plus sain que celui que suscite une rage thésaurisée.
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un enfer trop parfait est presque aussi stérile que le paradis.
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On doit se méfier des lumières qu’on possède sur soi. La connaissance que nous avons de nous-même, indispose et paralyse notre démon. C’est là qu’il faut chercher la raison pour laquelle Socrate n’a rien écrit.
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J’aime lire comme lit une concierge: m’identifier à l’auteur et au livre. Toute autre attitude me fait penser au dépeceur de cadavres.
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Le scepticisme est l’ivresse de l’impasse. Singulier emploi du mot ivresse ici. Ivresse donc comme sublimation de la fin inéluctable. Le scepticicisme est aussi une forme d’irréalisme, de tentative de couvrir par la parole ou des mots ce qui ne peut se vivre : l’impasse de la mort.
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L’inconscience est une patrie; la conscience un exil.
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L’homme accepte la mort mais non l’heure de sa mort. Mourir n’importe quand, sauf quand il faut que l’on meure!
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Un texte expliqué n’est plus un texte. On vit avec une idée, on ne la désarticule pas; on lutte avec elle, on n’en décrit pas les étapes.
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La sphère de la conscience se rétrécissant dans l’action, nul qui agit ne peut prétendre à l’universel, car agir c’est se cramponner aux propriétés de l’être au détriment de l’être, à une forme de réalité au préjudice de la réalité. Le degré de notre affranchissement se mesure à la quantité d’entreprises dont nous nous serons émancipés, comme à notre capacité de convertir tout objet en non-objet.
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Je crois au salut de l’humanité, à l’avenir du cyanure.
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Évolution : Prométhée, de nos jours, serait un député de l’opposition.
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Heureux en amour, Adam nous eût épargné l’Histoire.
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Toute croyance rend insolent ; nouvellement acquise, elle avive les mauvais instincts ; ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d’incapables, ne méritant que pitié et mépris. Observez les néophytes en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont réussi à intéresser Dieu à leurs combines, les convertis, les nouveaux riches de l’Absolu. Confrontez leur impertinence avec la modestie et les bonnes manières de ceux qui sont en train de perdre leur foi et leurs convictions…
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Ne me demandez plus mon programme ; respirer, n’en est-ce pas un ?
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Au beau milieu d’études sérieuses, je découvris que j’allais mourir un jour…; ma modestie en fut ébranlée. Convaincu qu’il ne me restait plus rien à apprendre, j’abandonnai mes études pour mettre le monde au courant d’une si remarquable découverte.
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Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.
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Objection contre la science : ce monde ne mérite pas d’être connu.
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Dans cet univers provisoire nos axiomes n’ont qu’une valeur de faits divers.
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Chaque pensée devrait rappeler la ruine d’un sourire.
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Tout Occidental tourmenté fait penser à un héros dostoïevskien qui aurait un compte en banque.
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Un livre qui, après avoir tout démoli, ne se démolit pas lui-même, nous aura exaspérés en vain.
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Tout mot me fait mal. Combien pourtant il me serait doux d’entendre des fleurs bavarder sur la mort !
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Ne cultivent l’aphorisme que ceux qui ont connu la peur au milieu des mots, cette peur de crouler avec tous les mots.
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Fabriquer des livres et s’en montrer fier, constitue un spectacle des plus pitoyables
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L’écrivain, c’est sa fonction, dit toujours plus qu’il n’a à dire: il dilate sa pensée et la recouvre de mots. Seuls subsistent d’une oeuvre deux ou trois moments: des éclairs dans du fatras. Vous dirais-je le fond de ma pensée? Tout mot est un mot de trop. Il s’agit pourtant d’écrire: écrivons…, dupons-nous les uns les autres.
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A quelques criminels près, tout le monde aspire à avoir une âme publique, une âme-affiche.
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La haine équivaut à un reproche que l’on n’ose se faire à soi, à une intolérance à l’égard de notre idéal incarné dans autrui.
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La raison: rouille de notre vitalité.
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Seuls nous séduisent les esprits qui se sont détruits pour avoir voulu donner un sens à leur vie
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