Textes

Pierre Mendès-France

Je suis ce que je pense

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Je souhaitais toujours être en état de dire la vérité. Quand on croit à quelque chose, on doit le dire. (…) j’’ai fait à chaque instant ce que je croyais devoir être mon devoir de faire.

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Je ne suis pas sûr d’avoir échoué. Je crois que j’ai apporté ma pierre à une construction qui reste celle de la vérité.

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-Quelle qualité aimeriez-vous que l’on reconnaisse chez vous?

-Dire la vérité. (…) l’hypothèse de la démocratie c’est que le peuple doit juger lui-même mais pour juger lui-même il faut qu’il ait entendu le pour et le contre des opinions qui s’opposent. 

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J’ai toujours cru à l’union de la gauche. Je sais qu’il y a des familles très différentes (..) s’ils ont en commun le sentiment profond quelque chose doit être fait contre des intérêts égoïstes, contre des routines néfastes, pour renouveler, pour moderniser, pour rajeunir le pays, pour lui donner plus dynamisme dans un sens plus social et finalement pour construire une société socialiste, et bien ils doivent s’unir.

-Itw avec Jacques Chancel en 1973 (Radioscopie)

Oui, penser constamment à vous [la jeunesse], c’est la seule manière de construire toujours en fonction du futur, c’est la seule méthode pour être certain de ne jamais sacrifier l’avenir au présent, ce qui est en définitive le devoir suprême de l’homme d’Etat.

Discours Evreux 23 Juillet 1955

La démocratie vraie, c’est l’association intime, c’est la fusion de l’État et du citoyen. Aujourd’hui le citoyen et l’État sont devenus étrangers l’un à l’autre. Le citoyen se détourne de l’État et l’État se méfie du citoyen…

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« Une décision ne peut être prise valablement que si les chefs politiques ont exposé et représenté au pays les thèses entre lesquelles il est appelé à choisir ; ils doivent faire apparaitre et comprendre les facteurs et ressorts durables qui s’offrent ; chacun soutient les solutions qui lui semblent les meilleures en fonction de son éthique personnelle, la discussion politique fait éclater les contradictions, les dissentiments ; loin de les redouter, l’homme politique les souligne au besoin pour faciliter l’arbitrage de l’opinion. » « Le devoir d’un responsable ne consiste pas à louvoyer, à ménager sans cesse les uns et les autres, en sacrifiant ainsi la collectivité toute entière. Il existe des choix, des déterminations claires, avec la volonté de s’y tenir, dans l’opposition comme au pouvoir.Ainsi seulement mûrissent les réformes qui commandent l’avenir, vers le progrès et la justice…. » « Je ne crois pas, comme certains, qu’il faut savoir mentir au peuple ou biaiser avec lui, car c’est lui qui en supportera les conséquences. J’exclus les concessions qui subordonner les considérations générales et permanentes à celles qui restent particulières et éphémères

Alan Bloom

In short, there is no vision, nor is there a set of competing visions, of what an educated human being is. This undecided student is an embarrassment to most universities, because he seems to be saying, “I am a whole human being. Help me to form myself in my wholeness and let me develop my real potential,” and he is the one to whom they have nothing to say.

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True liberal education requires that the student’s whole life be radically changed by it, that what he learns may affect his action, his tastes, his choices, that no previous attachment be immune to examination and hence re-evaluation.

The Closing of the American Mind

Pindare

ἐν δ᾽ ὀλίγῳ βροτῶν τὸ τερπνὸν αὔξεται: οὕτω δὲ καὶ πίτνει χαμαί, ἀποτρόπῳ γνώμᾳ σεσεισμένον. ἐπάμεροι· τί δέ τις; τί δ᾽ οὔ τις; σκιᾶς ὄναρ ἄνθρωπος. ἀλλ᾽ ὅταν αἴγλα διόσδοτος ἔλθῃ, λαμπρὸν φέγγος ἔπεστιν ἀνδρῶν καὶ μείλιχος αἰών.

Qu’est l’homme ? Que n’est pas l’homme ? L’homme est le rêve
D’une ombre…Mais quelquefois, comme
Un rayon descendu d’en haut, la lueur brève
D’une joie embellit sa vie, et il connaît
Quelque douceur…

χρὴ τὰ ἐοικότα πὰρ δαιμόνων μαστευέμεν θνατοῖς φρασίν, γνόντα τὸ πὰρ ποδός, οἵας εἰμὲν αἴσας. μή, φίλα ψυχά, βίον ἀθάνατον σπεῦδε, τὰν δ᾽ ἔμπρακτον ἄντλει μαχανάν.

Il est nécessaire pour les esprits mortels de ne demander aux dieux que ce qui est approprié, de connaître ce qui est à nos pieds et quel genre de destin nous convient. Ô mon âme, n’aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible…

Charles Dickens

Gradually he fell into that deep tranquil sleep which ease from recent suffering alone imparts; that calm and peaceful rest which it is pain to wake from. who, if this were death, would be roused again to all the struggles and turmoils of life, – to all its cares for the present, its anxieties for the future, and, more than all, its weary recollections of the past!

Oliver Twist

Charlotte Brontë

To women who only please me only by their faces, I am the very deveil when I find out they have neither souls nor hearts – when they open to me a perspective of flatness, triviality, and perhaps imbecility, coarseness, and ill-temper: but to the clear eye and eloquent tongue, to the soul made of fire, and the character that bends but does not break – at once supple and stable, tractable and consistent – I am ever tender and true.

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I desired liberty; for liberty I gasped; for liberty I uttered a prayer; it seemed scattered on the wind then faintly blowing. I abandoned it and framed a humbler supplication. For change, stimulus. That petition, too, seemed swept off into vague space. ‘Then’ I cried, half desperate ‘grant me at least a new servitude’

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A beauty neither of fine color nor long eyelash, nor pencilled brow, but of meaning, of movement, of radiance.

Emerson on Friendship

 Every man alone is sincere. At the entrance of a second person, hypocrisy begins… We cover up our thought from him under a hundred folds.

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Friendship requires that rare mean betwixt likeness and unlikeness, that piques each with the presence of power and of consent in the other party… I hate, where I looked for a manly furtherance, or at least a manly resistance, to find a mush of concession. Better be a nettle in the side of your friend, than his echo. The condition which high friendship demands is ability to do without it… Let it be an alliance of two large formidable natures, mutually beheld, mutually feared, before yet they recognize the deep identity which beneath these disparities unites them.

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 A great man is always willing to be little. Whilst he sits on the cushion of advantages, he goes to sleep. When he is pushed, tormented, defeated, he has a chance to learn something; he has been put on his wits, (…) he has gained facts; learns his ignorance; is cured of the insanity of conceit; has got moderation and real skill. The wise man throws himself on the side of his assailants. It is more his interest than it is theirs to find his weak

Cahier de Malte

Quelquefois, je passe devant de petites boutiques : dans la rue de Seine par exemple. Ce sont des antiquaires, de petits bouquinistes ou des marchands d’eau fortes aux vitrines trop pleines. Jamais personne n’entre chez eux, ils ne font apparemment pas d’affaires. Mais si l’on y jette un coup d’oeil, on les voit assis, toujours assis, lisant et insouciants. Ils ne songent pas au lendemain, ne s’inquiètent d’aucune réussite. Ils ont chien qui est assis devant eux et frétille de bonne humeur, ou un chat qui agrandit le silence en se glissant le long des rangées de livres, comme s’il effaçait les noms du dos des reliures.

Ah ! Si cela pouvait suffire: je voudrais quelquefois m’acheter une de ces vitrines pleines de choses, et m’asseoir là derrière, avec un chien, pour vingt ans.

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Ta musique : elle eût pu être autour de l’univers ; non pas autour de nous. On t’eût construit un orgue dans la Thébaïde ; et un ange t’aurait conduit devant l’instrument solitaire, entre les montagnes du désert où reposent des rois, des hétaïres et des anachorètes. Et, brusquement, il aurait pris son vol, de peur que tu ne pusses commencer.

   Et alors tu te serais répandu à flots, fluvial, dans le vide, restituant à l’univers ce que seul l’univers peut supporter. Au loin, les bédouins se seraient enfuis sur leurs chevaux, superstitieusement ; mais les marchands se seraient jetés par terre, aux confins de ta musique, comme si tu étais la tempête. Et seules quelques rares lions, la nuit, auraient rôdé, très loin, autourr de toi, effrayés par eux-mêmes, menacés par leur sang agité.

Seigneur, donne à chacun sa propre mort…

Seigneur,
donne à chacun sa propre mort
O Seigneur donne à chacun sa propre mort
Sa mort qui vienne de sa propre vie
Où il connut amour, sens et détresse
Car nous ne sommes que l’écorce et la feuille.
La grande mort, que chacun porte en lui,
Là est le fruit autour de qui tout gravite.
Seigneur, accorde-nous le savoir et la force
D’ouvrir et de lier nos vies en espaliers
Pour lesquels fleurira un printemps
plus précoce.
Car ce qui fait la mort étrange et difficile,
C’est qu’au lieu de la nôtre arrive l’imprévue,
L’authentique, la vraie n’ayant pas su mûrir


(…)


Ressuscite pour l’homme en son cœur
la merveille
De l’enfance éblouie et les contes secrets,
Comme aux primes années
où la pensée s’éveille.
Et donne-lui alors de veiller jusqu’à l’heure
Où il enfantera une Mort souveraine,
Comme un parc murmurant
ou comme un voyageur
Retour d’une contrée lointaine

Le livre de la pauvreté et de la mort

Fais Seigneur…

Fais, Seigneur, qu’un homme soit saint et grand
et donne-lui une nuit profonde, infinie,
où il ira plus loin qu’on ait jamais été ;
donne-lui une nuit où tout s’épanouisse,
et que cette nuit soit odorante comme des glycines,
et légère comme le souffle des vents.
et joyeuse comme Josaphat.

Fais qu’il parvienne enfin à la maturité,
qu’il soit si vaste que l’univers suffise à peine à le vêtir ;
et permets-lui d’être aussi seul qu’une étoile
pour qu’aucun regard ne vienne le surprendre
à l’heure où son visage change, bouleversé.

Fais que le temps de son enfance ressuscite dans son cœur ;
Ouvre-lui de nouveau le monde des merveilles
de ses premières années pleines de pressentiments.

Fais qu’il lui soit permis de veiller jusqu’à l’heure
où il enfantera sa propre mort,
plein d’échos comme un grand jardin
ou comme un voyageur qui revient de très loin…

Tiens-nous éveillés, une fois au moins ;
révèle ce qui gît au fond de nous.

Ne nous force plus à enfanter dans la souffrance ;
donne à notre enfantement un sens plus lourd.

Toi qui peux tout, plutôt que d’exaucer le rêve
de la femme qui croit porter Dieu dans son sein,
fais-nous connaître enfin l’homme dans sa vérité,
l’homme qui porte en lui sa propre mort,
montre-nous le chemin qui mène à lui
et délivre-nous des mains acharnées à sa perte

Le Livre de la Pauvreté et de la mort

Extraits des élégies de Duino

Septième élégie

Etre ici est splendeur. Vous l’avez su, jeunes filles, vous aussi
qui sembliez en manque, naufragées – vous, dans les plus basses
ruelles des villes, purulentes, ou livrées
au déchet. Car, à chacune, une heure, peut être pas
une heure pleine, un laps à peine mesure
en mesures de temps entre deux instants aura échu,
où avoir une vie. Tout avoir. De la vie plein les veines.
Mais nous oublions vite ce que le voisin rieur 
ne nous confirme ou ne nous envie pas. Nous voulons voir
les choses devant nous, quand le plus visible bonheur
ne se livre que si nous le transformons en nous.

Huitième élégie

Qui nous a retournés de la sorte, que nous
ayons, quoi que nous fassions, l’attitude 
de quelqu’un qui s’en va ? Et, comme sur 
la dernière hauteur qui montre encore une fois
sa vallée toute entière, il s’arrête, s’attarde -,
ainsi vivons-nous, à chaque instant prenant congé. 

Neuvième élégie

C’est ici le temps du dicible, ici sa patrie. 
Parle et professe. 

Loue à l’ange le monde, non pas l’indicible, car lui, 
tu ne peux l’éblouir d’émois sublimes ; dans l’univers
à ses sens plus sensible, tu es novice. Donc, montre-lui
le simple, tout ce qui, modelé d’âge en âge,
vit comme nôtre, à portée de la main et dans nos yeux.
Dis-lui les choses. Il s’arrêtera, étonné, comme tu t’arrêtas
devant le cordier de Rome, ou le potier au bord du Nil.
Dis lui combien heureuse peut être une chose, innocente, nôtre,
comment la plaintive douleur elle-même s’évanouit en forme pure,
sert comme une chose, ou meurt dans une chose – et de l’autre côté,
émane, radieuse, du violon. – Et ces choses, qui vivent
d’adieu, comprennent que tu les célèbres ; passagères,
Elles nous croient, nous les plus passagers, un pouvoir de sauver.
Nous voulons, nous devons, dans l’invisible coeur, les changer
entièrement – infiniment – en nous ! Qui que nous soyons à la fin.

Dixième élégie

Qu’un jour enfin, trouvée l’issue de l’étude acharnée,
je chante gloire et joie à des anges approbateurs.
Que des marteaux de mon coeur, frappés clair,
aucun ne faille sur des cordes lâches, indécises 
ou qui cassent. Que ma face fluviale
me rende plus resplendissant ; que les pleurs inapparents
fleurissent. Comme alors vous me serez chères, ô nuits,
chagrinées. Que ne vous ai-je, inconsolables soeurs,
accueillies plus agenouillé, que ne me suis-je, en vos cheveux dénoués,
mieux dénoué ! Nous les gaspilleurs de souffrances.
Qui d’avance leur demandons, dans leur triste durée,
Si d’aventure elles ne vont pas cesser. Elles sont pourtant
notre vert hivernal, notre sombre pervenche,
l’un des temps de l’année intime – non pas rien
que temps, mais lieu, séjour, camp, sol et demeure.

(…)

Dans le monde des hommes, il arrive qu’on trouve un fragment de douleur originelle, poli,

ou d’un ancien volcan, quelque scorie de colère pétrifiée

et nous qui pensons le bonheur 

comme ascendant, nous sentirions en nous

ce mouvement qui presque nous confonds

quand une chose heureuse tomhe