Textes

Du cycle des Nuits

Les astres de de la nuit que je découvre hors du sommeil
ne couvrent-ils que mon visage d’aujourd’hui
ou le visage tout entier de mes années,
ponts bâtis sur des piles de lumière ?

Qui veut là-bas marcher ? Pour qui suis-je abîme et ravin,
qui me franchit ainsi dans le plus vaste cercle,
me prend comme aux échecs on prend un fou,
me sautant par-dessus, et insiste sur sa victoire ?

-Rilke

Sonnet de la douce plainte

J’ai peur de perdre la merveille
de tes yeux de statue et cet accent
que vient poser la nuit près de ma tempe
la rose solitaire de ton haleine.

Je m’attriste de n’être en cette rive
qu’un tronc sans branche et mon plus grand tourment
est de n’avoir la fleur ou la pulpe ou l’argile
qui nourrirait le ver de ma souffrance.

Si tu es le trésor que je recèle,
ma douce croix et ma douleur noyée,
et si je suis le chien de ton altesse,

ah, garde-moi le bien que j’ai gagné
et prends pour embellir ta rivière
ces feuilles d’un automne désolé.

Traduction d’André Belamich

(Federico Garcia Lorca, Sonnets de l’amour obscur.
Poésies IV)

Une Pierre

Nous nous étions fait don de l’innocence,
Elle a brûlé longtemps de rien que nos deux corps,
Et nos pas allaient nus dans l’herbe sans mémoire,
Nous étions l’illusion qu’on nomme souvenir.

Le feu naissant de soi, pourquoi vouloir
En rassembler les cendres désunies.
Au jour dit nous avons rendu ce que nous fûmes
À la flamme plus vaste du ciel du soir.

-Yves Bonnefoy, Les Planches Courbes

Prière pour que le jour de ma mort…

Mon Dieu, faites que le jour de ma mort soit beau et pur
Qu’il soit d’une grande paix ce jour où mes scrupules
littéraires ou autres, et l’ironie de la vie quitteront,
peut-être, la grande fatigue de mon front.
Ce n’est point comme ceux qui en font une pose
que je désire la mort, mais très très simplement,
ainsi qu’une poupée une petite enfant.


Vous savez, ô mon Dieu, qu’il y a quelque chose
qui manque à ce qu’on appelle le bonheur,
et qu’il n’existe point, et qu’il n’est pas de gloire
complète, ni d’amour, ni de fleur sans défaut,
et qu’à ce qui est blanc il y a toujours du noir…

Mais faites, ô mon Dieu, qu’il soit beau, qu’il soit pur,
le jour où je voudrais, poète pacifique,
voir autour de mon lit des enfants magnifiques,
des fils aux yeux de nuit, des filles aux yeux d’azur…
Qu’ils viennent, sans un pleur, considérer leur père,
et que la gravité qui sera sur ma face
les fasse frissonner d’un large et doux mystère
où ma mort leur apparaîtra comme une grâce.

Que se disent mes fils : La gloire est vaine et laisse
de l’inquiétude à ceux qui savent que Dieu seul
est poète en posant le parfum des tilleuls
aux lèvres doucement fraîches des fiancées.
Que se disent mes fils : L’amour c’est l’ironie

qui sépare les êtres alors qu’ils sont unis :
le cœur de notre père a souffert jusqu’encore
d’avoir quitté le cœur de sa chère Mamore…

Et que mes filles se disent à mon lit de mort :
Nous ne savons ce qui est au delà du tombeau,
mais notre père meurt comme coule de l’eau
dans la belle clarté d’une forêt d’Automne…

Mon Dieu, faites que le jour de ma mort soit beau et pur,
que je prenne les mains de mes enfants dans les miennes
comme le bon laboureur des fables de La Fontaine,
et que je meure dans un grand calme eu cœur.

-Francis Jammes

Trois ans après

Ô Dieu ! vraiment, as-tu pu croire
Que je préférais, sous les cieux,
L’effrayant rayon de ta gloire
Aux douces lueurs de ses yeux !

Si j’avais su tes lois moroses,
Et qu’au même esprit enchanté
Tu ne donnes point ces deux choses,
Le bonheur et la vérité,

Plutôt que de lever tes voiles,
Et de chercher, cœur triste et pur,
À te voir au fond des étoiles,
Ô Dieu sombre d’un monde obscur,

J’eusse aimé mieux, loin de ta face,
Suivre, heureux, un étroit chemin,
Et n’être qu’un homme qui passe
Tenant son enfant par la main !

Victor Hugo, Les Contemplations

Obscurité des origines

Obscurité des origines,
je t’aime plus que je n’aime la flamme
qui borne le monde.
Elle illumine
un cerce quelconque
hors duquel nul ne sait rien d’elle.

Mais toi, obscurité, tu tiens tout contre toi :
figures, flammes, bêtes, et moi-même,
tels que des proies,
hommes, puissances…

Et il se peut que quelque force immense
bouge tout près d’ici.
Je crois à la nuit

Rilke, poème traduit par Maurice Betz

L’offrande de la veuve

Jésus regarda autour de lui et vit des riches qui déposaient leurs dons dans les troncs à offrandes du temple. Il vit aussi une veuve pauvre qui y mettait deux petites pièces de cuivre. Il dit alors : “je vous le déclare, c’est la vérité : cette veuve pauvre a mis plus que tous les autres. Car tous les autres ont donné comme offrande de l’argent dont ils n’avaient pas besoin ; mais elle, dans sa pauvreté, a offert tout ce dont elle avait besoin pour vivre.”

Le jeune homme riche

Et un chef l’interrogea, disant : Bon Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?Mais Jésus lui dit : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon, sinon un seul, Dieu. Tu sais les commandements : Tu ne commettras point adultère ; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère. Mais il dit : J’ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse.
Et Jésus, ayant entendu cela, lui dit : Il te manque encore une chose ; vends tout ce que tu as et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi.
Mais lui, ayant entendu cela, devint tout triste ; car il était très riche.
Jésus voyant qu’il était devenu tout triste, dit : Qu’il est difficile que ceux qui possèdent les richesses entrent dans le royaume de Dieu !
Car il est plus facile qu’un chameau entre par le trou d’une aiguille, qu’il ne l’est qu’un riche entre dans le royaume de Dieu.
Et ceux qui l’entendaient dirent : Et qui peut donc être sauvé ?
Mais il dit : Ce qui est impossible quant aux hommes, est possible quant à Dieu.
Et Pierre dit : Voici, nous, après avoir quitté nos biens, nous t’avons suivi.
Et il leur dit : En vérité, je vous le dis, il n’y a personne qui ait quitté maison ou femme ou frères ou parents ou enfants, à cause du royaume de Dieu, qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps-ci, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle.

Luc 18.18-30

Jésus bénit les petits enfants

Or on lui amenait même les petits enfants, afin qu’il les touchât ; ce que les disciples voyant, ils les reprenaient. Mais Jésus les appela à lui, disant : Laissez venir à moi les petits enfants et ne les empêchez point ; car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. En vérité, je vous dis que celui qui ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant, n’y entrera point.

Luc 18-15-18