Mauriac

Mort de Blum

“Il avait encore des adversaires, mais à part des communistes il n’avait plus d’ennemi. Il appartient à ce très petit nombre d’êtres dont la vie, quand on la considère du dehors, apparaît comme une lente montée, comme un perfectionnement continu. “Vivre avilit” : ce raccourci sinistre de Régnier ne vaut pas pour Léon Blum. Il n’est pas sorti désespéré de ce monde recru d’horreur… Le passage de Léon Blum au pouvoir fut une occasion manquée… Mais c’est sa grandeur de n’avoir pas cédé à l’amertume ni conclu de l’échec d’une génération à celui de la destinée humaine. L’exemple de Léon Blum nous rappelle que l’ennoblissement est possible, et qu’en dépit de toutes les défaites, la vie est une partie, que jusqu’à la fin, nous restons libres de gagner.”

Blum

Pour moi, je suis vieux, et je ne toucherai pas la terre promise. Je ne verrai pas l’union parfaite des peuples dans la justice et dans la paix. Je ne verrai pas, selon l’image du poète, les nations assises autour de leur foyer commun “comme des sœurs autour de l’âtre”, mais ce qui fait la noblesse de l’homme c’est de prévoir, c’est d’espérer, c’est d’anticiper, c’est de travailler à une œuvre qu’il ne contemplera pas achevée et dont il ne profitera pas lui-même.

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Nous avons apporté une véritable révolution dans la condition juridique, morale et matérielle des travailleurs de ce pays. Et puis, c’était peut être plus sensible il y a un an qu’aujourd’hui, mais si l’on veut bien regarder autour de soi, c’est bien sensible encore : je crois que nous avons rajeuni ce pays. Je crois que nous lui avons rendu l’alacrité, la confiance en lui-même, le sens de la vie. Nous avons fait cela sur la jeunesse, nous l’avons fait sur l’âge adulte. Par le changement même que nous apportions dans la condition des hommes, nous avons appris à des masses entières à reprendre un contact avec la nature, avec l’air, avec le soleil, avec toutes les formes de la vie, celles que l’homme a créées, avec la culture, avec l’art, avec les connaissances humaines de toutes sortes. (congrès de Royan, 1938)

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Illégal dans son principe, le procès qui m’est fait est donc arbitraire dans son application à ma personne. Mais, pour achever de le caractériser, je tiens à rappeler une considération d’un ordre encore plus élevé à mes yeux. Dans la Constitution Républicaine de 1875, la souveraineté appartient au peuple français. Elle s’exprime par le suffrage universel. Elle est déléguée au Parlement. Quand on impute une responsabilité pénale à un homme, à un chef de gouvernement, sans établir, et même sans alléguer contre lui, rien qui touche à sa personne, sans articuler un seul fait contraire à la probité, à l’honneur, au devoir professionnel d’application, de labeur, de conscience, quand on lui fait crime exclusivement d’avoir pratiqué la politique commandée par le suffrage universel souverain, contrôlée et approuve par le Parlement délégataire de la souveraineté, alors on dresse le procès, non plus de cet homme, non plus de ce gouvernement, mais du régime républicain lui-même. Ce procès, je suis fier d’avoir à le soutenir au nom des convictions de toute ma vie.

Isocrate

 τὸ τῆς πόλεως ὅλης ἦθος ὁμοιοῦται τοῖς ἄρχουσιν.

Les moeurs des peuples imitent celles de ceux qui gouvernent

-A Nicocles, 31

μᾶλλον Ἕλληνας καλεῖσθαι τοὺς τῆς παιδεύσεως τῆς ἡμετέρας ἢ τοὺς τῆς κοινῆς φύσεως μετέχοντας.

“Le nom de Grec est employé pour désigner ceux qui partagent notre culture plutôt que ceux qui partagent notre sang.”

-Panégéryque, 50

Léon Bourgeois

“le but est d’établir entre les citoyens liens d’une solidarité véritable, et que cette solidarité ne peut s’établir que si les conditions en sont conformes à la nature et à la justice, et propres à être comprises par la raison des hommes comme la loi nécessaire des choses, et librement acceptées par eux comme une réalisation de leur propre idéal. Nous ne répéterons jamais assez que le problème social est le problème de l’éducation.

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« L’éducation sociale considère aussi l’ensemble des droits et des devoirs des hommes, mais elle n’étudie plus l’homme comme un « individu », c’est-à-dire comme un être isolé (objet de l’éducation morale). Pour l’éducation sociale, il est l’associé d’autres associés, et c’est en cette qualité nouvelle qu’il faut l’étudier, ce sont les droits et les devoirs qui découlent de cette situation qu’il s’agit de définir et d’enseigner » (...) L’école de tous a pour objet suprême de créer en chacun des hommes de demain « l’être social“

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“Eh bien, il faut se souvenir de ces deux vertus de l’association. Chaque œuvre est un faisceau qui multiplie les forces individuelles. Les œuvres sont des écoles de solidarité. Il faut les faire connaître aux enfants ; il faut les y mêler. Et il ne suf- fira pas de créer dans les écoles des mutualités scolaires, par exemple. Il importe aussi de donner aux élèves quelques notions de ce qui existe hors de l’école, après l’école, de les préparer à mieux comprendre ce grand mouvement de plus en plus rapide d’associations qui s’entrecroisent, se coordonnent, forment une trame de juste et volontaire solidarité et constitueront plus tard le tissu social définitif »

Jules Ferry “De l’inégalité d’éducation”

 (…) Le siècle dernier et le commencement de celui-ci ont anéanti les privilèges de la propriété, les privilèges et la distinction des classes ; l’œuvre de notre temps n’est pas assurément plus difficile. À coup sûr, elle nécessitera de moindres orages, elle exigera de moins douloureux sacrifices ; c’est une œuvre pacifique, c’est une œuvre généreuse, et je la définis ainsi : faire disparaître la dernière, la plus redoutable des inégalités qui viennent de la naissance, l’inégalité d’éducation. C’est le problème du siècle et nous devons nous y attacher. Et, quant à moi, lorsqu’il m’échut ce suprême honneur de représenter une portion de la population parisienne dans la Chambre des députés, je me suis fait un serment : entre toutes les questions, entre toutes les nécessités du temps présent, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’intelligence, tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale, c’est le problème de l’éducation du peuple. (Vifs applaudissements.)


À un autre point de vue, l’inégalité d’éducation est le plus grand obstacle que puisse rencontrer la création de mœurs vraiment démocratiques. Cette création s’opère sous nos yeux, c’est déjà l’œuvre d’aujourd’hui, ce sera surtout l’œuvre de demain ; elle consiste essentiellement à remplacer les relations d’inférieur à supérieur sur lesquelles le monde a vécu pendant tant de siècles, par des rapports d’égalité. Ici, je m’explique et je sollicite toute l’attention de mon bienveillant auditoire. Je ne viens pas prêcher je ne sais quel nivellement absolu des conditions sociales qui supprimerait dans la société les rapports de commandement et d’obéissance. Non, je ne les supprime pas, je les modifie. Les sociétés anciennes admettaient que l’humanité fût divisée en deux classes : ceux qui commandent et ceux qui obéissent ; tandis que la notion du commandement et de l’obéissance qui convient à une société démocratique comme la nôtre est celle-ci : il y a toujours, sans doute, des hommes qui commandent, d’autres hommes qui obéissent, mais le commandement et l’obéissance sont alternatifs, et c’est à chacun à son tour de commander et d’obéir. (Applaudissements.)

Voilà la grande distinction entre les sociétés démocratiques et celles qui ne le sont pas. Ce que j’appelle le commandement démocratique ne consiste donc plus dans la distinction de l’inférieur et du supérieur ; il n’y a plus ni inférieur ni supérieur ; il y a deux hommes égaux qui contractent ensemble, et alors dans le maître et dans le serviteur vous n’apercevrez plus que deux contractants ayant chacun leurs droits précis, limités et prévus ; chacun leurs devoirs, et, par conséquent, chacun leur dignité. (Applaudissements répétés.)

Voilà ce que doit être un jour la société moderne ; mais – et c’est ainsi que je reviens à mon sujet –, pour que ces mœurs égales dont nous apercevons l’aurore s’établissent, pour que la réforme démocratique se propage dans le monde, quelle est la première condition ? C’est qu’une certaine éducation soit donnée à celui qu’on appelait autrefois un inférieur, à celui qu’on appelle encore un ouvrier, de façon à lui inspirer ou à lui rendre le sentiment de sa dignité ; et, puisque c’est un contrat qui règle les positions respectives, il faut au moins qu’il puisse être compris des deux parties. (Nombreux applaudissements.)
Enfin, dans une société qui s’est donné pour tâche de fonder la liberté, il y a une grande nécessité de supprimer les distinctions de classes. Je vous le demande, de bonne foi, à vous tous qui êtes ici et qui avez reçu des degrés d’éducation divers, je vous demande si, en réalité, dans la société actuelle il n’y a plus de distinction de classes ? Je dis qu’il en existe encore ; il y en a une qui est fondamentale, et d’autant plus difficile à déraciner que c’est la distinction entre ceux qui ont reçu l’éducation et ceux qui ne l’ont point reçue. Or, Messieurs, je vous défie de faire jamais de ces deux classes une nation égalitaire, une nation animée de cet esprit d’ensemble et de cette confraternité d’idées qui font la force des vraies démocraties, si, entre ces deux classes, il n’y a pas eu le premier rapprochement, la première fusion qui résulte du mélange des riches et des pauvres sur les bancs de quelque école. (Applaudissements.) »


Jammes vers épars

Une cloche battit, pareille à un cœur pauvre

*

Mon cœur sur la muraille en s’ouvrant est tombé
Par un de ces jours blancs ou les pêches se meurent

*

Ma lèvre vers toi brûle
Comme une guêpe qui s’irrite sur des fleurs

*

Nous volons quelques jours ensemble, sans savoir
Ce qui gonfle nos cœurs de graines et d’espoir.
Puis, pour faire leur nid aux œufs bleus qui vont naitre,
Ne trouvant pas pour eux de choses assez douces
Nous tapissons le cœur de la plus tendre mousse
Avec le duvet clair tombé de nos caressesl

*

Vois! Amsterdam s’endort sous les cils de la neige
Dans un parfum de brume et de charbon amer

*

Je n’espère plus rien, mon Dieu, je me résigne.
Je me laisse aller comme la courbe des collines.

Poème – Marina Tsétaieva

… J’aimerais vivre avec vous
Dans une petite ville,
Aux éternels crépuscules,
Aux éternels carillons,
Et dans une petite auberge de campagne –
Le tintement grêle
D’une pendule ancienne – goutte à goutte de
;;;temps.
Et parfois, le soir, montant de quelque mansarde –
Une flûte,
Et le flutiste lui-même à la fenêtre.
Et de grandes tulipes sur les fenêtres.
Et peut-être, ne m’aimeriez-vous même pas…

Au milieu de la chambre – un énorme poêle de
,,,faïence,
Sur chaque carreau – une image :
Rose, coeur et navire,
Tandis qu’à l’unique fenêtre –
Il neige, neige, neige.

Vous seriez allongé tel que je vous aime : paresseux,
Indifférent, léger.
Par instants le geste sec
D’une allumette.
La cigarette brûle et se consume,
Et longuement à son extrémité,
– Courte colonne grise – tremble
La cendre.
Vous n’avez même pas le courage de la faire tomber –
Et toute la cigarette vole dans le feu.