Pascal

Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Etc.

***

Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près. Quelque condition qu’on se figure, où l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde. Et cependant, qu’on s’en imagine accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point. Il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent des révoltes qui peuvent arriver et enfin de la mort et des maladies, qui sont inévitables. De sorte que s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit. De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu ou dans le lièvre qu’on court, on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche ni les dangers de la guerre ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit.

***

Le roi est environné de gens qui ne pensent qu’à divertir le roi et à l’empêcher de penser à lui. Car il est malheureux, tout roi qu’il est, s’il y pense.

***

l. Car enfin, qu’est ce que l’homme dans la nature? – Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout.

Eugene Debs

Your Honor,years ago I recognized my kinship with all living beings, and I made up my mind that I was not one bit better than the meanest on earth. I said then, and I say now, that while there is a lower class, I am in it, and while there is a criminal element I am of it, and while there is a soul in prison, I am not free.

I am thinking this morning of the men in the mills and the factories; of the men in the mines and on the railroads. I am thinking of the women who for a paltry wage are compelled to work out their barren lives; of the little children who in this system are robbed of their childhood and in their tender years are seized in the remorseless grasp of Mammon and forced into the industrial dungeons, there to feed the monster machines while they themselves are being starved and stunted, body and soul. I see them dwarfed and diseased and their little lives broken and blasted because in this high noon of Christian civilization money is still so much more important than the flesh and blood of childhood. In very truth gold is god today and rules with pitiless sway in the affairs of men.

When the mariner, sailing over tropic seas, looks for relief from his weary watch, he turns his eyes toward the southern cross, burning luridly above the tempest-vexed ocean. As the midnight approaches, the southern cross begins to bend, the whirling worlds change their places, and with starry finger-points the Almighty marks the passage of time upon the dial of the universe, and though no bell may beat the glad tidings, the lookout knows that the midnight is passing and that relief and rest are close at hand. Let the people everywhere take heart of hope, for the cross is bending, the midnight is passing, and joy cometh with the morning

Upon Being Convicted of Violating the Sedition Act

Michel Rocard

La solidarité n’est pas la bonne conscience de la modernisation, elle est la condition de sa réussite.

***

L’espoir s’inscrit dans la démocratie de tous les jours, s’enracine dans la réconciliation de l’action politique et de la vie quotidienne, dans la réconciliation de l’Etat et de la société civile, il tire sa force de la réconciliation de l’instant et de la durée.

***

Pierre Mendès-France

Je suis ce que je pense

***

Je souhaitais toujours être en état de dire la vérité. Quand on croit à quelque chose, on doit le dire. (…) j’’ai fait à chaque instant ce que je croyais devoir être mon devoir de faire.

***

Je ne suis pas sûr d’avoir échoué. Je crois que j’ai apporté ma pierre à une construction qui reste celle de la vérité.

***

-Quelle qualité aimeriez-vous que l’on reconnaisse chez vous?

-Dire la vérité. (…) l’hypothèse de la démocratie c’est que le peuple doit juger lui-même mais pour juger lui-même il faut qu’il ait entendu le pour et le contre des opinions qui s’opposent. 

**

J’ai toujours cru à l’union de la gauche. Je sais qu’il y a des familles très différentes (..) s’ils ont en commun le sentiment profond quelque chose doit être fait contre des intérêts égoïstes, contre des routines néfastes, pour renouveler, pour moderniser, pour rajeunir le pays, pour lui donner plus dynamisme dans un sens plus social et finalement pour construire une société socialiste, et bien ils doivent s’unir.

-Itw avec Jacques Chancel en 1973 (Radioscopie)

Oui, penser constamment à vous [la jeunesse], c’est la seule manière de construire toujours en fonction du futur, c’est la seule méthode pour être certain de ne jamais sacrifier l’avenir au présent, ce qui est en définitive le devoir suprême de l’homme d’Etat.

Discours Evreux 23 Juillet 1955

La démocratie vraie, c’est l’association intime, c’est la fusion de l’État et du citoyen. Aujourd’hui le citoyen et l’État sont devenus étrangers l’un à l’autre. Le citoyen se détourne de l’État et l’État se méfie du citoyen…

***

« Une décision ne peut être prise valablement que si les chefs politiques ont exposé et représenté au pays les thèses entre lesquelles il est appelé à choisir ; ils doivent faire apparaitre et comprendre les facteurs et ressorts durables qui s’offrent ; chacun soutient les solutions qui lui semblent les meilleures en fonction de son éthique personnelle, la discussion politique fait éclater les contradictions, les dissentiments ; loin de les redouter, l’homme politique les souligne au besoin pour faciliter l’arbitrage de l’opinion. » « Le devoir d’un responsable ne consiste pas à louvoyer, à ménager sans cesse les uns et les autres, en sacrifiant ainsi la collectivité toute entière. Il existe des choix, des déterminations claires, avec la volonté de s’y tenir, dans l’opposition comme au pouvoir.Ainsi seulement mûrissent les réformes qui commandent l’avenir, vers le progrès et la justice…. » « Je ne crois pas, comme certains, qu’il faut savoir mentir au peuple ou biaiser avec lui, car c’est lui qui en supportera les conséquences. J’exclus les concessions qui subordonner les considérations générales et permanentes à celles qui restent particulières et éphémères

Alan Bloom

In short, there is no vision, nor is there a set of competing visions, of what an educated human being is. This undecided student is an embarrassment to most universities, because he seems to be saying, “I am a whole human being. Help me to form myself in my wholeness and let me develop my real potential,” and he is the one to whom they have nothing to say.

***


True liberal education requires that the student’s whole life be radically changed by it, that what he learns may affect his action, his tastes, his choices, that no previous attachment be immune to examination and hence re-evaluation.

The Closing of the American Mind

Pindare

ἐν δ᾽ ὀλίγῳ βροτῶν τὸ τερπνὸν αὔξεται: οὕτω δὲ καὶ πίτνει χαμαί, ἀποτρόπῳ γνώμᾳ σεσεισμένον. ἐπάμεροι· τί δέ τις; τί δ᾽ οὔ τις; σκιᾶς ὄναρ ἄνθρωπος. ἀλλ᾽ ὅταν αἴγλα διόσδοτος ἔλθῃ, λαμπρὸν φέγγος ἔπεστιν ἀνδρῶν καὶ μείλιχος αἰών.

Qu’est l’homme ? Que n’est pas l’homme ? L’homme est le rêve
D’une ombre…Mais quelquefois, comme
Un rayon descendu d’en haut, la lueur brève
D’une joie embellit sa vie, et il connaît
Quelque douceur…

χρὴ τὰ ἐοικότα πὰρ δαιμόνων μαστευέμεν θνατοῖς φρασίν, γνόντα τὸ πὰρ ποδός, οἵας εἰμὲν αἴσας. μή, φίλα ψυχά, βίον ἀθάνατον σπεῦδε, τὰν δ᾽ ἔμπρακτον ἄντλει μαχανάν.

Il est nécessaire pour les esprits mortels de ne demander aux dieux que ce qui est approprié, de connaître ce qui est à nos pieds et quel genre de destin nous convient. Ô mon âme, n’aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible…

Charles Dickens

Gradually he fell into that deep tranquil sleep which ease from recent suffering alone imparts; that calm and peaceful rest which it is pain to wake from. who, if this were death, would be roused again to all the struggles and turmoils of life, – to all its cares for the present, its anxieties for the future, and, more than all, its weary recollections of the past!

Oliver Twist

Charlotte Brontë

To women who only please me only by their faces, I am the very deveil when I find out they have neither souls nor hearts – when they open to me a perspective of flatness, triviality, and perhaps imbecility, coarseness, and ill-temper: but to the clear eye and eloquent tongue, to the soul made of fire, and the character that bends but does not break – at once supple and stable, tractable and consistent – I am ever tender and true.

***

I desired liberty; for liberty I gasped; for liberty I uttered a prayer; it seemed scattered on the wind then faintly blowing. I abandoned it and framed a humbler supplication. For change, stimulus. That petition, too, seemed swept off into vague space. ‘Then’ I cried, half desperate ‘grant me at least a new servitude’

***

A beauty neither of fine color nor long eyelash, nor pencilled brow, but of meaning, of movement, of radiance.

Emerson on Friendship

 Every man alone is sincere. At the entrance of a second person, hypocrisy begins… We cover up our thought from him under a hundred folds.

***

Friendship requires that rare mean betwixt likeness and unlikeness, that piques each with the presence of power and of consent in the other party… I hate, where I looked for a manly furtherance, or at least a manly resistance, to find a mush of concession. Better be a nettle in the side of your friend, than his echo. The condition which high friendship demands is ability to do without it… Let it be an alliance of two large formidable natures, mutually beheld, mutually feared, before yet they recognize the deep identity which beneath these disparities unites them.

*

 A great man is always willing to be little. Whilst he sits on the cushion of advantages, he goes to sleep. When he is pushed, tormented, defeated, he has a chance to learn something; he has been put on his wits, (…) he has gained facts; learns his ignorance; is cured of the insanity of conceit; has got moderation and real skill. The wise man throws himself on the side of his assailants. It is more his interest than it is theirs to find his weak

Cahier de Malte

Quelquefois, je passe devant de petites boutiques : dans la rue de Seine par exemple. Ce sont des antiquaires, de petits bouquinistes ou des marchands d’eau fortes aux vitrines trop pleines. Jamais personne n’entre chez eux, ils ne font apparemment pas d’affaires. Mais si l’on y jette un coup d’oeil, on les voit assis, toujours assis, lisant et insouciants. Ils ne songent pas au lendemain, ne s’inquiètent d’aucune réussite. Ils ont chien qui est assis devant eux et frétille de bonne humeur, ou un chat qui agrandit le silence en se glissant le long des rangées de livres, comme s’il effaçait les noms du dos des reliures.

Ah ! Si cela pouvait suffire: je voudrais quelquefois m’acheter une de ces vitrines pleines de choses, et m’asseoir là derrière, avec un chien, pour vingt ans.

***

Ta musique : elle eût pu être autour de l’univers ; non pas autour de nous. On t’eût construit un orgue dans la Thébaïde ; et un ange t’aurait conduit devant l’instrument solitaire, entre les montagnes du désert où reposent des rois, des hétaïres et des anachorètes. Et, brusquement, il aurait pris son vol, de peur que tu ne pusses commencer.

   Et alors tu te serais répandu à flots, fluvial, dans le vide, restituant à l’univers ce que seul l’univers peut supporter. Au loin, les bédouins se seraient enfuis sur leurs chevaux, superstitieusement ; mais les marchands se seraient jetés par terre, aux confins de ta musique, comme si tu étais la tempête. Et seules quelques rares lions, la nuit, auraient rôdé, très loin, autourr de toi, effrayés par eux-mêmes, menacés par leur sang agité.