Proust extraits La Recherche

A propos de la Musique : et nous l’aimerons plus longtemps que les autres parce que nous aurons mis plus longtemps à l’aimer

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 On est rendu moins amoureux par un être que par un abandon… Car bien souvent, pour que nous découvrions que nous sommes amoureux, peut-être même pour que nous le devenions, il faut qu’arrive le jour de la séparation. Dans ces cas où c’est une attente vaine, un mot de refus, qui fixent un choix, l’imagination fouettée par la souffrance va si vite dans son travail, fabrique avec une rapidité si folle un amour à peine commencé et qui restait informe, que par instants l’intelligence s’écrie : “Mais tu es fou !…” »

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De tous les modes de production de l’amour, de tous les agents de dissémination du mal sacré, il est bien l’un des plus efficaces, ce grand souffle d’agitation qui parfois passe sur nous. Alors l’être avec qui nous nous plaisons à ce moment.là, le sort en est jeté, c’est lui que nous aimerons. Il n’est même pas besoin qu’il nous ait plu jusque-là plus ou même autant que d’autres. Ce qu’il fallait, c’est que notre goût pour lui devînt exclusif. Et cette condition-là est réalisée quand, à la recherche des plaisirs que son agrément nous donnait, s’est brusquement substitué en nous un besoin anxieux, un besoin absurde – le besoin insensé et douloureux de le posséder. 

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L’image que je cherchais, où je me reposais, contre laquelle j’aurais voulu mourir, ce
n’était plus d’Albertine ayant une vie inconnue, c’était une Albertine aussi connue de
moi qu’il était possible (et c’est pour cela que cet amour ne pouvait être durable à moins
de rester malheureux, car, par définition, il ne contentait pas le besoin de mystère)

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Jusqu’à ce que l’habitude eût changé la couleur des rideaux, fait taire la pendule, enseigné la pitié à la glace oblique et cruelle, dissimulé, sinon chassé complètement, l’odeur du vétiver, et notablement diminué la hauteur apparente du plafond. L’habitude ! aménageuse habile mais bien lente, et qui commence par laisser souffrir notre esprit pendant des semaines dans une installation provisoire ; mais que malgré tout il est bien heureux de trouver, car sans l’habitude et réduit à ses seuls moyens, il serait impuissant à nous rendre un logis habitable.

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Je ne tenais pas seulement à souffrir, mais à respecter l’originalité de ma souffrance telle que je l’avais subie tout d’un coup sans le vouloir, et je voulais continuer à la subir, suivant ses lois à elle, a à chaque fois que revenait cette contradiction si étrange de la survivance du et du néant entrecroisés en moi.

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Même quand on ne tient plus aux choses, il n’est pas absolument indifférent du avoir tenu, parce que c’était toujours pour des raisons qui échappaient aux autres.

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L’amour, c’est l’espace et le temps rendus sensibles au coeur

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Les liens entre un être et nous n’existent que dans notre pensée. […] Malgré l’illusion
dont nous voudrions être dupes, […] nous existons seuls. L’homme est l’être qui ne peut
sortir de soi, qui ne connaît les autres qu’en soi, et, en disant le contraire, ment

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Comme par un courant électrique qui vous meut, j’ai été secoué par mes amours, je les
ai vécus, je les ai sentis : jamais je n’ai pu arriver à les voir ou à les penser. J’incline
même à croire que dans ces amours (je mets de côté le plaisir physique, qui les
accompagne d’ailleurs habituellement, mais ne suffit pas à les constituer), sous
l’apparence de la femme, c’est à ces forces invisibles dont elle est accessoirement
accompagnée que nous nous adressons comme à d’obscures divinités (III, 511).

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La grandeur de l’art véritable c’était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus à mesure que prend plus d’épaisseur et d’imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui subis titrons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue et qui et tout simplement notre vie

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Il vaut mieux ne pas savoir, penser le moins possible, ne pas donner à la jalousie le moindre détail concret 

(On a beau vivre sous l’équivalent d’une cloche diplomatique, les associations d’idées, les souvenirs continuent à jouer)

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Comment a-t-on le courage de souhaiter vivre, comment peut on faire un mouvement pour se préserver de la mort, dans un monde où l’amour n’est provoque que par le mensonge et consiste seulement dans notre besoin de voir nos souffrances apaisées par l’être qui nous a fait souffrir ?

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Et le lecteur sent bien sûr que ce n’est pas à cause de la chaleur du soleil, mais par émotion devant la majesté de la mort que les deux hommes virils, qui n’ont jamais le mot tendresse ou chagrin à la bouche, se sont découverts

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Les jambes les bras sont pleins de souvenirs engourdis 

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Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums de sons de projets et de climats

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Ce que nous n’avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n’est pas à nous. Ne vient de nous-mêmes que ce que nous tirons de l’obscurité qui est en nous et que ne connaissent pas les autres.

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Oui, si le souvenir, grâce à l’oubli, n’a pu contracter aucun lien, jeter aucun chaînon entre lui et la minute présente, s’il est resté à sa place, à sa date, s’il a gardé ses distances, son isolement dans le creux d’une vallée où a la pointe d’un sommet, il nous fait tout à coup respirer un air nouveau, précisément parce que c’est un air qu’on a respiré autrefois, cet air plus pur que les poètes ont vainement essayé de faire régner dans le paradis et qui ne pourrait donner cette sensation profonde de renouvellement que s’il avait été respiré déjà, car les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus.

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Elle la taisait, du moins je l’ai cru longtemps, car à cette époque-là je me figurais encore que c’était au moyen de paroles qu’on apprend aux autres la vérité.

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A toute vitesse rentre le peuple des bruits exilés

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Ce visage ne pouvait ne lui apparaître qu’à travers les rêves qu’il avait formés

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Ma solitude une vie de salon mentale 

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En sortant de la poussière du souvenir, Albertine se reconstruisait devant moi

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 Notre connaissance des visages n’est pas mathématique

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Le visage humain est vraiment comme celui du Dieu d’une théogonie orientale, toute une grappe de visages juxtaposés dans des plans différents et qu’on ne voit pas à la fois 

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Cette Albertine-là n’était guère qu’une silhouette, tout ce qui s’y était superposé était de mon cru, tant dans l’amour les apports qui viennent de nous l’emportent – à ne se placer même qu’au point de vue de la quantité – sur ceux qui nous viennent de l’être aimé. 

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Ainsi ce n’est qu’après avoir reconnu non sans tâtonnements les erreurs d’optique du début qu’on pourrait arriver à la connaissance exacte d’un être si cette connaissance était possible. Mais elle ne l’est pas ; car tandis que se rectifie la vision que nous avons de lui, lui-même qui n’est pas un objectif inerte change pour son compte, nous pensons le rattraper, il se déplace, et, croyant le voir enfin plus clairement, ce n’est que les images anciennes que nous en avions prises que nous avons réussi à éclaircir, mais qui ne le représentent plus. 

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Devant les pensées, les actions d’une femme que nous aimons, nous sommes (…) comme un être pour l’esprit de qui le principe de causalité existerait à peine, un être qui ne serait pas capable d’établir un lien de causalité entre un phénomène et un autre et devant qui le spectacle du monde serait incertain comme un rêve.

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Je regardais ensuite sans me lasser son grand visage découpé comme un beau nuage ardent et calme, derrière lequel on sentait rayonner la tendresse

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Car ma raison savait que l’habitude — l’habitude qui allait assumer maintenant l’entreprise de me faire aimer ce logis inconnu, de changer de place la glace, la nuance des rideaux, d’arrêter la pendule — se charge aussi bien de nous rendre chers les compagnons qui nous avaient déplu d’abord, de donner une autre forme aux visages, de rendre sympathique le son d’une voix, de modifier l’inclination des cœurs. Certes ces amitiés nouvelles pour des lieux et des gens ont pour trame l’oubli des anciennes ; mais justement ma raison pensait que je pouvais envisager sans terreur la perspective d’une vie où je serais à jamais séparé d’êtres dont je perdrais le souvenir, et c’est comme une consolation qu’elle offrait à mon cœur une promesse d’oubli qui ne faisait au contraire qu’affoler son désespoir. Ce n’est pas que notre cœur ne doive éprouver luiaussi, quand la séparation sera consommée, les effets analgésiques del’habitude ; mais jusque-là il continuera de souffrir. Et la crainte d’un avenir où nous serons enlevés la vue et l’entretien de ceux que nous aimons et d’où nous tirons aujourd’hui notre plus chère joie, cette crainte, loin de se dissiper, s’accroît si à la douleur d’une telle privation nous pensons que s’ajoutera ce qui pour noussemble actuellement plus cruel encore : ne pas la ressentir comme une douleur, y rester indifférent ; car alors notre moi serait changé, ce ne serait plus seulement le charme de nos parents, de notre maîtresse, de nos amis, qui ne serait plus autour de nous, mais notre affection pour eux ; elle aurait été si parfaitement arrachée de notre cœur dont elle est aujourd’hui une notable part, que nous pourrions nous plaire à cette vie séparée d’eux dont la pensée nous fait horreur aujourd’hui ; ce serait donc une vraie mort de nous-même, mort suivie, il est vrai, de résurrection, mais en un moi différent et jusqu’à l’amour duquel ne peuvent s’élever les parties de l’ancien moi condamnées à mourir.

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Extraits épars de Balzac

Le sentiment que l’homme supporte le plus difficilement est la pitié, surtout quand il la mérite. La haine est un tonique ; elle fait vivre, elle inspire la vengeance ; mais la pitié tue, elle affaiblit encore notre faiblesse. C’est le mal devenu patelin, c’est le mépris dans la tendresse, ou la tendresse dans l’offense […]. Cette pitié produisit au cœur de Raphaël un horrible poème de deuil et de mélancolie

La Peau de Chagrin

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La patience est en effet ce qui, chez l’homme, ressemble le plus au procédé que la nature emploie dans ses créations. Qu’est-ce que l’art, monsieur ? C’est la nature concentrée.

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N’est-ce pas un viatique fortifiant que de poser le soir sa tête sur l’oreiller en pouvant se dire : « Je n’ai pas jugé les œuvres d’autrui, je n’ai causé d’affliction à personne ; mon esprit, comme un poignard, n’a fouillé l’âme d’aucun innocent ; ma plaisanterie n’a immolé aucun bonheur, elle n’a même pas troublé la sottise heureuse, elle n’a pas injustement fatigué le génie ; j’ai dédaigné les faciles triomphes de l’épigramme ; enfin je n’ai jamais menti à mes convictions ?

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Le caractère de l’amour véritable offre de constantes similitudes avec l’enfance : il en a l’irréflexion, l’imprudence, la dissipation, le rire et les pleurs. 

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Vignon se rendit au Petit Rocher de Cancale dans l’intention d’y boire deux bouteilles de vin de Bordeaux pour abdiquer sa raison et sa mémoire.

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Illusions Perdues

Jean-Louis Chrétien sur la caresse

Ce que la caresse approche, et ce vers quoi elle s’appareille, n’est jamais ce à quoi elle échouera, épaule ou sein, lombes ou joue. Sa destination n’est pas une partie du corps de l’autre, mais ce corps tout entier, et c’est pourquoi elle se voudrait ubiquitaire. Et ce n’est pas même ce corps tout entier comme une forme achevée dans l’espace, qui pourrait être circonscrite et dont nous pourrions faire le tour. Elle ne veut atteindre ni une partie du corps, ni un corps, mais l’être aimé lui-même, en lui-même, dans l’inépuisable incarnation de sa présence. Et c’est bien lui qu’à chaque instant elle atteint, dans un tact qui est contact, touchant ce qui ne subit pas la caresse, mais la reçoit, l’accueille et lui répond, avec une certitude imprévisible et une scintillation qui toujours préserve l’obscurité. Mais elle ne l’atteint qu’en tant qu’il se dérobe à elle, qu’il la déborde de toute part que chaque contact révèle une plénitude qu’aucune ne circonscrit.

L’effroi du beau

Lévinas sur la caresse

La caresse consiste à ne se saisir de rien, à solliciter ce qui s’échappe sans cesse de sa forme vers un avenir – jamais assez avenir – à solliciter ce qui se dérobe comme s’il nétait pas encore. Elle cherche, elle fouille, ce c’est pas une intentionnalité de dévoilement mais de recherche : marche à l’invisible. Dans un sens, elle exprime l’amour mais souffre d’une incapacité de le dire. Elle a faim de cette expression même, dans un incessant accroissement de cette faiim. Elle va donc plus loin qu’à son terme, elle vise au-delà d’un étant. (…)La caresse ne vise ni une personne, ni une chose. Elle se perd dans un être qui se dissipe comme dans un rêve impersonnel sans volonté et même sans résistance, une passivité, un anonmat déjà animal ou enfantin, tout entier déjà à la mort.

Totalité et Infi

Pensées de Chamfort

Ce qui se dit dans les cercles, dans les salons, dans les soupers, dans les assemblées publiques, dans les livres, même ceux qui ont pour objet de faire connaître la Société, tout cela est faux ou insuffisant. On peut dire sur cela le mot italien per la predica, ou le mot latin ad populum phaleras. Ce qui est vrai, ce qui est instructif, c’est ce que la conscience d’un honnête homme qui a beaucoup vu et bien vu, dit à son ami au coin du feu : quelques-unes de ces conversations-là m’ont plus instruit que tous les livres et le commerce ordinaire de la Société. C’est qu’elles me mettaient mieux sur la voie, et me faisaient réfléchir davantage.

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Si les singes avaient le talent des perroquets, on en ferait volontiers des ministres.

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La Société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétit, et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners.

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Quand on veut plaire dans le monde, il faut se résoudre à se laisser apprendre beaucoup de choses qu’on sait par des gens qui les ignorent.

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C’est par notre amour-propre que l’amour nous séduit ; hé ! comment résister à un sentiment qui embellit à nos yeux ce que nous avons, nous rend ce que nous avons perdu et nous donne ce que nous n’avons pas ?

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On a fait des livres sur les intérêts des Princes ; on parle d’étudier les intérêts des Princes ; quelqu’un a-t-il jamais parlé d’étudier les intérêts des peuples ?

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Croirait-on que le despotisme a des partisans, sous le rapport de la nécessité d’encouragement pour les Beaux-Arts ? On ne saurait croire combien l’éclat du siècle de Louis XIV a multiplié le nombre de ceux qui pensent ainsi. Selon eux, le dernier terme de toute société humaine est d’avoir de belles tragédies, de belles comédies, etc. Ce sont des gens qui pardonnent à tout le mal qu’ont fait les prêtres, en considérant que sans les prêtres, nous n’aurions pas la comédie du Tartufe. 

To be or not to be…

To be, or not to be, that is the question:
Whether ’tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles
And by opposing end them. To die—to sleep,
No more; and by a sleep to say we end
The heart-ache and the thousand natural shocks
That flesh is heir to: ’tis a consummation
Devoutly to be wish’d. To die, to sleep;
To sleep, perchance to dream—ay, there’s the rub:
For in that sleep of death what dreams may come,
When we have shuffled off this mortal coil,
Must give us pause—there’s the respect
That makes calamity of so long life.
For who would bear the whips and scorns of time,
Th’oppressor’s wrong, the proud man’s contumely,
The pangs of dispriz’d love, the law’s delay,
The insolence of office, and the spurns
That patient merit of th’unworthy takes,
When he himself might his quietus make
With a bare bodkin? Who would fardels bear,
To grunt and sweat under a weary life,
But that the dread of something after death,
The undiscovere’d country, from whose bourn
No traveller returns, puzzles the will,
And makes us rather bear those ills we have
Than fly to others that we know not of?
Thus conscience doth make cowards of us all,
And thus the native hue of resolution
Is sicklied o’er with the pale cast of thought,
And enterprises of great pith and moment
With this regard their currents turn awry
And lose the name of action.

Sonnet LXV

Since brass, nor stone, nor earth, nor boundless sea
But sad mortality o’er-sways their power,
How with this rage shall beauty hold a plea,
Whose action is no stronger than a flower?
O, how shall summer’s honey breath hold out
Against the wrackful siege of batt’ring days,
When rocks impregnable are not so stout,
Nor gates of steel so strong, but time decays?
O fearful meditation! where, alack,
Shall time’s best jewel from time’s chest lie hid?
Or what strong hand can hold his swift foot back?
Or who his spoil of beauty can forbid?
   O, none, unless this miracle have might,
   That in black ink my love may still shine bright.

-Shakespeare

These violent delights…

These violent delights have violent ends 
And in their triumph die, like fire and powder, 
Which, as they kiss, consume. 
The sweetest honey 
Is loathsome in his own deliciousness 
And in the taste confounds the appetite. 
Therefore love moderately. 
Long love doth so. 
Too swift arrives as tardy as too slow.

Romeo and Juliet

Chateaubriand

On est point, monsieur, un homme supérieur parce qu’on aperçoit le monde sous un jour odieux. 

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Il n’y a de bonheur que dans les voies communes

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Cependant je sens que j’aime la monotonie des sentiments de la vie, et si j’avais encore la folie de croire au bonheur, je le chercherais dans l’habitude

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Quelquefois une haute colonne se montrait seule debout dans un désert, comme une grande pensée s’élève, par intervalles, dans une âme que le temps et le malheur ont dévastée

René

Plotin

«… comme le sculpteur, enlève le superflu, redresse ce qui est oblique, nettoie ce qui est sombre pour le rendre brillant, et ne cesse pas de sculpter ta propre statue, jusqu’à ce que l’éclat divin de la vertu se manifeste, jusqu’à ce que tu voies la tempérance siégeant sur un trône sacré. Es-tu devenu cela ? Est-ce que tu vois cela ? Est-ce que tu as avec toi-même un commerce pur, sans aucun obstacle à ton unification, sans que rien d’autre soit mélangé intérieurement avec toi-même ? Es-tu tout entier une vraie lumière, non pas une lumière d’une certaine dimension ou forme qui peut diminuer ou augmenter de grandeur – mais une lumière absolument sans mesure, parce qu’elle est supérieur à toute mesure et à toute quantité?»

Ennéade 1,6,9, 13-17 (Trad. E Bréhier)