Romain Gary

L’homme sans mythologie de l’homme, c’est de la barbaque. Tu ne peux pas démythifier l’homme sans arriver au néant, et le néant est toujours fasciste, parce que, étant donné le néant, il n’y a plus aucune raison de se gêner. Les civilisations ont toujours été une tentative poétique, que se soit religion ou fraternité, pour inventer un mythe de l’homme, une mythologie des valeurs, et pour essayer de vivre ce mythe ou du moins s’en approcher, le mimer de sa vie même, l’incarner dans le cadre d’une société. Dès que cette part d’irrationnel et de poésie est bannie, tu n’as plus que de la démographie, du numéraire, rigidité cadavérique et cadavre tout court. Il n’y a plus que l’homme économique. Quand une femme invente un homme avec amour, quand les hommes inventent l’humanité avec amour, cela fait aussi bien un couple qu’une civilisation. Mais les sociétés bourgeoises et les pseudos communistes ont déshonoré l’imaginaire par le mensonge. Dans nos rapports avec les valeurs, les sociétés bourgeoises et petites marxistes ont tué la part Rimbaud, la part de beauté et d’imaginaire par l’usage constant qu’elles ont fait du mensonge. Et quand on a voulu balayer le mensonge dans les sociétés bourgeoises on est allé jusqu’au bout, et on a balayé la part d’imaginaire, la part de poésie, sans laquelle il n’y a ni civilisation, ni homme, ni amour.

Jean Zay

Dominique Blanqui, ancien député à la Convention, devint sous-préfet de l’Empire et, après les Cent-Jours, implora de Louis XVIII un emploi officiel. Son fils, Auguste, passa quarante années de sa vie en prison, pour ses idées. Duquel l’Histoire a-t-elle retenu le nom?

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Visages amicaux des meubles familiers, confidents silencieux, attentifs et discrets, vous écoutez l’interminable soliloque du prisonnier. Vous le comprenez et vous l’approuvez. C’est sur vous qu’il appuie ses mains vides et impuissantes. Fidèlement vous lui tenez compagnie. Votre patience impassible peut lui servir de modèle. La nuit, dans l’obscurité, il vus sent toujours présents autour de lui et ce sont vos formes rassurantes que lui restitue d’abord le premier rayon du jour. C’est en vous retrouvant à votre poste qu’il relie la nouvelle journée à celle de la veille, pareillement vaines toutes les deux, mais unies par la continuité de son espoir.

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Dans le domaine proprement pédagogique, l’organisation des “loisirs ou activités dirigées” constitua la principale nouveauté. Le samedi après-midi fut réservé à une classe dans laquelle il serait fait appel de cent manières à l’activité spontanée de l’élève. Il s’agissait d’éveiller ses aptitudes ou des dons, de favoriser ses goûts les plus sains, de la préparer à la vie, bref de rendre l’enseignement plus vivant : “faites constamment appel à l’activité de l’enfant, en accordant quelque confiance à sa liberté” précisaient les instructions de 1938. L’imagination des maîtres, jointe à celle des élèves, aboutit, dans une atmosphère joyeuse et souvent enthousiaste, à des résultats étonnants. (…) Menus travaux manuels, herbiers, journaux de classe, dessin et chant choral, représentations de pièces classiques, couture, collections historiques ou minéralogiques, mille manifestations

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« Notre malheur fut peut-être d’avoir employé d’abord sans méfiance le terme “loisirs dirigés”. Loisirs ! Cela vous avait un petit parfum de paresse, de nonchalance, de goût du moindre effort. En 1936, la situation sociale, grèves et revendications ouvrières, réduction de la journée de travail, rejaillissaient singulièrement sur l’opinion qu’on se faisait des réformes scolaires. Il était entendu qu’on ne voulait plus travailler en France […]. Nous précisâmes notre pensée en disant désormais « activités dirigées » […]. Réformateurs, méfiez-vous de vos étiquettes »

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J’ai vécu depuis trois ans en ne voyant qu’un petit nombre d’êtres et chacun peu de temps. Je croyais être privé des mille spectacles de la variété humaine, des vices, des vertus, des beautés, des laideurs d’une inépuisable diversité qui, émaillant la foule, en rendent la fréquentation si curieuse, quand je me suis aperçu que chaque homme est un microcosme, qu’il suffit d’en considérer un pour les retrouver tous et qu’on pourrait même n’en voir aucun, car c’est en soi qu’on découvrirait peu à peu tous les aspects qui semblaient particuliers à d’autres. Sans doute est-ce un des miracles de la solitude que de vous rendre clairvoyant et, en concentrant votre attention sur les rares visiteurs, de vous révéler tous leurs caractères ignorés jusque-là, car dans le grouillement de la vie habituelle on ne voyait en chaque être que le trait essentiel, le plus visible, on méconnaissait tous les signes secondaires. Une pareille clairvoyance vous échoit sur vous-même. Tout au long d’une journée de réclusion, au fil de la pensée, on découvre en soi avec surprise mille réactions qu’on se croyait les plus étrangères, qu’on observait sans les comprendre chez autrui. Il n’est plus guère de sentiments qui vous restent inaccessibles, plus de portes secrètes qui ne s’ouvrent devant la rêverie. Peut-être la solitude développe-t-elle tous les traits d’humanité, aide-t-elle à devenir un monde clos à soi seul, et par une sorte de self-défense, de protection contre ses propres dangers, procure-t-elle des armes et des ressources nouvelles, comme à ces animaux des grandes profondeurs marines ou des forêts sauvages qui possèdent des organes plus développés que leurs semblables des contrées privilégiées.

Le plus grand danger pour le reclus serait de se fatiguer de lui-même, de ne plus pouvoir se supporter. Il faut à son être intime une variété nouvelle pour se donner le change. Une loi mystérieuse y pourvoit. Ainsi en aucun cas ne pourra-t-on jamais être vraiment seul. Récompense et punition. On ne peut se délivrer de l’humanité tout entière qu’en se délivrant de soi-même : par la mort.


L’homme soudain isolé ressemble à qui, ayant longtemps couru après un inconnu, le rejoint enfin et le dévisage. L’inconnu s’est arrêté, vous fait face. On le regarde passionnément. Il est tout différent de celui qu’on imaginait, vous révèle des traits insoupçonnés, qui vous ravissent et vous navrent tour à tour. Et c’est soi-même qu’on contemple avec des yeux nouveaux.

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Rien ne fonde une communauté comme un malheur partagé. Et surtout j’ai découvert ce que pouvait être l’amitié. On peut croire, dans les bons jours, avoir des amis. Il reste à les éprouver. Les temps actuels en offrent l’occasion. Quelle émotion a constater qu’aucun de ceux sur lesquels on comptait vraiment n’a fait défaut et que, même, il s’en est révélé dont on ne soupçonnait point la fermeté! Amis qui deviennent frères, dont se fixe l’image exacte ; qui savent trouver, à la minute précise où l’on l’attendait, le geste convenable ; qui vous font la visite espère, qui vous écrivent la lettre escomptée. Leur phalange, en se rétrécissant parfois, ne fait que se renforcer. Ils tiennent dans leurs mains, si l’on en avait besoin, la patience et le réconfort, la confiance, la certitude. Ils font sans peine oublier les autres et mesurer à leurs justes proportions les choses et les gens qui n’ont point d’importance. On distingue dans leurs paroles ou leur écriture l’écho des jours anciens, l’approche des jours futurs. Si l’on s’était perdu de vue soi même, si dans quelque moment de détresse on avait oublié ce qu’on doit être, on se retrouve en les écoutant ou en les lisant. Leur présence fait bénir l’épreuve, car elle nous réconcilie avec ce qu’il y a de meilleur dans l’homme, ce qui sauve l’humanité d’elle même. Ils la rachètent avec un mot, une attention.

Les constructeurs de demain pourront être sainement inspirés, dresser un bel édifice, ils ne feront pas que les hommes soient meilleurs qu’ils ne sont. Dans la gestion de la cité plus qu’ailleurs, la perfection n’est pas de ce monde. Il y aura toujours des défaillances, et certaines critiques, certains espoirs, certaines indignations procèdent d’un optimisme ingénu. La vérité, connue de quiconque a participé un tant soit peu à l’administration de son pays, est que les hommes ne sont pas gouvernables. Il faut seulement espérer les guider, les contenir, limiter leurs méfaits, et, s’il se peut, accroître leurs rares bienfaits. Le pouvoir est une illusion 

Les institutions ne sont rien ; les hommes sont tout. Aurons-nous des entraîneurs, des meneurs d’opinion, des constructeurs ? Sortir a-t-il de cette masse anonyme, que les circonstances rendent muette, presque mystérieuse, les hommes du destin, inspirés dans leurs paroles et dans leurs actes ? Il nous faut faire acte de foi.

A quoi bon ces ministères de la jeunesse, ces directions de la jeunesse, dont il est sans cesse question dans la bouche de jeunes personnages généralement âgés. La jeunesse ne doit pas être traitée à part dans le pays, par des organismes et des bureaux spéciaux. Ce serait bientôt l’isoler. Elle fait partie intégrante de la nation. Elle doit représenter une pensée constante, sans cesse présente dans tous les ministères, dans toutes les mesures qu’on prend. Elle – La jeunesse – ne doit rester étrangère à aucun plan d’avenir. Elle doit inspirer et animer les grandes pensées gouvernementales. Mais elle ne demande pas à faire bande à part. Ce qu’elle réclame surtout, c’est qu’on lui fasse confiance, qu’on ne lui oppose pas la routine, la timidité, l’avarice. 
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Les français souffraient de n’avoir personne à aimer : on ne leur apprenait qu’à railler.
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Que le dieu des assemblées nous donne des hommes ; le reste nous sera fourni par surcroît 
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L’enseignement humaniste ne saurait se proposer de former des fanatiques et des soldats, mais non plus se contenter de préparer, pour La Défense indispensable des droits de l’esprit, des clercs désarmés.

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Notre tradition universitaire, les matières de notre enseignement, donnaient elles à la jeunesse française assez de doctrine offenseige, assez de convictions intangibles, assez d’impératifs, assez d’armes, pour affronter les dangers de l’époque, pour défendre par tous les moyens l’héritage de nos libertés ? Et ces libertés, faisions nous suffisamment prendre conscience de leur caractère sacré, de leur valeur nationale et humaine ? Sachant les enseigner, n’aurions nous pas du savoir aussi en imposer le respect, le service ?

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Il n’en était pas moins certain que l’allègement des programmes s’imposait ; tout le monde le réclamait, mais pour faire l’unanimité, cette reforme-là s’avéra  cependant l’une des plus malaisées. En effet, tout ce qui concerne les programmes est de la competences essentielle du conseil supérieur de l’instruction publique sans lequel rien ne peut être décidé. Or, au conseil supérieur comme ailleurs, il y avait accord parfait pour l’allègement : mais accord de principe seulement – car des qu’il s’agissait de trancher quelque part, chaque spécialiste se dressait avec indignation pour défendre sa spécialité qui, a l’entendre, ne disposait pas d’un horaire suffisant. Des arbitrages ministériels durent être rendus qui furent délicats.

Le Sénat hésitait à faire d’eux (agent cuisine réfectoire…) des fonctionnaires ; je dis lui rappeler que :

La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles
Est une œuvre de choix qui veut beaucoup d’amour


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Des polémiques tendancieuses ou haineuses, l’avenir ne laissera rien subsister. Il ne fera pas disparaître les besoins auxquels on voulut répondre dans un travail de bonne foi, qui dura quarante mois, au milieu des tempêtes du monde extérieur. Et quand ces tempêtes, qui durent encore, se seront apaisées, la grande œuvre universitaire leur survivra, oublieuse des hommes et de leurs passions éphémères. 


Ce qu’enseigner veut dire

            Pour penser par soi-même, il fallait commencer par écouter les autres, ou plutôt écouter cette parole qui appelle à penser, qui enseigne, ce qui signifie exactement qu’elle fait signe en ce sens qu’elle met en demeure de répondre. Les grands textes, qui témoignent en silence pour les grandes voix qui se sont tues, et qui sont réputés pour avoir plus que d’autres cette force d’appel sans laquelle il n’y a pas d’enseignement véritable, pouvaient alors légitimement intervenir. Mais à la condition de n’être pas considérés comme autant de systèmes ou de doctrines, c’est-à-dire d’opinions cohérentes et substantiellement développées, et de ne pas concevoir l’histoire de ces textes comme une sorte de magasin de prêt-à-porter, où il nous serait loisible, selon notre complexion ou notre tempérament, d’endosser indifféremment le costume de la morale kantienne, de la théorie platonicienne de la connaissance ou de la critique marxiste de l’idéologie. Car si la philosophie, conformément à l’idéal d’une société de consommation, n’est qu’un self-service où chacun peut choisir à sa guise ce qui convient à ses inclinations, alors elle est tout aussi dépourvue de sérieux et de valeur qu’une simple marchandise, et dans l’universelle indifférenciation qui envahit de ce fait le monde des idées comme celui des choses, tout se vaut et rien ne vaut, un fast food comme le Banquetde Platon, un selfie comme le cogito cartésien ou la lecture du journal comme la philosophie hégélienne de l’histoire. Il ne suffit pas, pour donner un contenu à la philosophie, d’établir une liste de textes qu’il faut lire, il faut encore penser ce qu’ils ont en commun, et ce qui confère à cette diversité son unité et son sens. Si l’on veut éviter de sombrer dans le dérisoire – et la revendication adolescente, d’une extrême exigence, excelle sur ce point à enseigner l’enseignant – il faut enseigner, non des philosophies, mais la philosophie, il faut comprendre que toutes les philosophies sont en quelque manière, et par delà leurs oppositions souvent violentes, une seule et même philosophie. Il faut enseigner non pas l’histoire de la philosophie, mais la philosophie de cette histoire, le point aveugle autour duquel prolifère un questionnement qui semble sans fin. (…)

 Il ne s’agit pas d’apprendre des doctrines, mais de les recréer depuis le point-source qui leur donne lieu, depuis ce point dont Bergson écrit, dans une admirable conférence de 1911, qu’il « est quelque chose de simple, de si extraordinairement simple que le philosophe n’a jamais réussi à le dire. Et c’est pourquoi il a parlé toute sa vie ». Et c’est bien en ce sens qu’il faut d’abord écouter les autres pour parvenir enfin à penser par soi-même : non pour nous initier à des pensées qui ne sont pas les nôtres, mais pour apprendre au contraire à nous retrouver nous-mêmes dans une pensée qui nous est au premier abord étrangère, ce qui n’est possible qu’à la condition que nous ne nous satisfaisions pas de la simple récitation d’un dogme, mais que nous recommencions pour notre propre compte l’invention d’une philosophie à partir de la semence dont elle est issue.

Si c’est bien ainsi qu’il convient d’enseigner la philosophie – ce n’est sans doute pas facile, mais nous savons que « tout ce qui est beau est difficile autant que rare » – il est permis, pour conclure, d’évoquer l’effet que doit produire un tel enseignement. Certes, il n’est pas question de dicter une leçon, mais bien de mettre en marche l’opération de la pensée. Il arrive, disait Bachelard, qu’on rate un cours comme il arrive qu’on rate un feu, le bois brésille et grésille un moment dans la cheminée, charbonne puis s’éteint. Mais il arrive aussi, quelquefois, que l’enseignement soit effectif et que le feu prenne. A quel signe reconnaît-on cette flambée ? A l’activité muette et absorbée qui suit le fil de l’argumentation et qui continue en silence son travail secret bien après que le cours soit terminé, engendrant une foule de nouvelles pensées et révélant, à celui qui entend la rumeur de la ruche intérieure, la souveraine puissance de penser qui est en lui. C’est ainsi qu’il m’est arrivé de mesurer la profondeur du dialogue avec mes étudiants à l’intensité de leur silence. Chaque fois que nous avons la bonne fortune de provoquer ce trouble fécond, nous pouvons dire que nous n’avons pas perdu notre temps. Et qu’il valait la peine de consacrer sa vie à enseigner la philosophie.

Qu’est ce que la gauche?

« On se plaint quelquefois que la gauche soit “déchirée”. Il est dans la nature de la gauche d’être déchirée. Cela n’est nullement vrai de la droite, malgré ce qu’une logique trop naïve donnerait à penser. C’est que la droite est faite d’acceptation, et que l’acceptation est toujours l’acceptation de ce qui est, l’état des choses, tandis que la gauche est faite de refus, et que tout refus, par définition, manque de cette assise irremplaçable et merveilleuse […] : l’évidence et la fermeté de ce qui est. »

Dyonis Mascolo

Nietzsche

Pour cela, il faut à présent bien des hommes préparatoires vaillants qui ne peuvent cependant pas surgir du néant – et pas davantage du sable et de la vase de la civilisation d’aujourd’hui et de la formation dispensée par nos grandes villes actuelles : des hommes qui sachent être silencieux, solitaires, résolus, satisfaits et persévérants dans l’activité invisible : des hommes qui en vertu d’un penchant intérieur recherchent en toutes choses ce qu’il faut surmonter en elles : des hommes qui possèdent en propre gaieté d’esprit, patience, simplicité et mépris pour toutes les grandes vanités, tout autant que générosité dans la victoire et indulgence envers les petites vanités de tous les vaincus : des hommes qui portent un jugement perspicace et libre sur tous les vainqueurs et sur la part de hasard inhérent à toute victoire et toute gloire : des hommes qui aient des fêtes propres, des jours de travail propres, des périodes de deuil propres, rompus au commandement et commandant avec assurance, prêts pareillement à obéir, là où il faut, pareillement fiers dans l’un et l’autre cas, pareillement au service de leur propre cause : des hommes qui prennent plus de risques s’exposent davantage au danger, des hommes plus féconds, des hommes plus heureux ! Car, croyez-moi ! – le secret pour retirer de l’existence la plus grande fécondité et la plus grande jouissance, c’est : vivre dangereusement ! Bâtissez vos villes sur le Vésuve ! Lancez vos navires sur des mers inexplorées ! Vivez en guerre avec vos pareils et avec vous-mêmes ! (…) Le temps ne sera bientôt plus où vous pouviez vous contenter de vivre, tels des cerfs farouches, cachés au fond des bois !

Nietzsche

POUR LA NOUVELLE ANNÉE.—Je vis encore, je pense encore : je dois encore vivre, car je dois encore penser. Sum, ergo cogito ; cogito, ergo sum. Aujourd’hui, chacun ose exprimer son vœu et sa pensée la plus chère : soit ! Je veux donc dire moi aussi ce qu’aujourd’hui je me souhaitais à moi-même et quelle pensée a cette année été la première à traverser mon cœur – quelle pensée doit être le fondement, la garantie et la douceur de toute pensée à venir ! Je veux toujours plus apprendre à voir la nécessité dans les choses comme le beau – ainsi serai-je l’un de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati : que cela soit à présent mon amour ! Je ne veux mener aucune guerre contre le laid. Je ne veux pas accuser, je ne veux pas même accuser les accusateurs. Que détourner le regard soit mon unique négation ! Et, en tout et pour tout, et en grand : je veux, en n’importe quelle circonstance, n’être rien d’autre que quelqu’un qui dit oui. »

Friedrich Nietzsche — Le Gai Savoir (« La gaya scienza »)(1882

Isocrate

 τὸ τῆς πόλεως ὅλης ἦθος ὁμοιοῦται τοῖς ἄρχουσιν.

Les moeurs des peuples imitent celles de ceux qui gouvernent

-A Nicocles, 31

μᾶλλον Ἕλληνας καλεῖσθαι τοὺς τῆς παιδεύσεως τῆς ἡμετέρας ἢ τοὺς τῆς κοινῆς φύσεως μετέχοντας.

“Le nom de Grec est employé pour désigner ceux qui partagent notre culture plutôt que ceux qui partagent notre sang.”

-Panégéryque, 50