« Un peuple qui, voulant la paix, en a donné la preuve à lui-même et au monde ; un peuple qui,
jusqu’à la veille de la guerre, a offert de soumettre le litige à l’arbitrage de l’humanité civilisée, un
peuple qui, même dans l’orage déchaîné, demande encore au genre humain d’évoquer à lui le
conflit, ce peuple-là a une telle conscience de son droit qu’il est prêt à tous les sacrifices pour
sauver son honneur et sa vie. Il est résolu à la résistance indomptable et prolongée. Au contraire,
dans la nation qu’un mouvement d’orgueil et de proie aura jetée à une guerre d’agression, le malaise
grandit d’heure en heure. Trouble de conscience : quelle sinistre besogne nous impose-t-on ?
Trouble d’esprit : qui sait ce que le désespoir et la révolte du droit blessé inspireront au grand
peuple assailli ? Ces inquiétudes de la conscience et de la pensée, le gouvernement de conquête et
de violence ne peut les étourdir que par la soudaineté et la violence des coups portés à l’adversaire.
Il faut qu’il verse d’emblée, à son peuple qui s’émeut, une ivresse de violence triomphante, un alcool
de victoire6
»