Textes

Plutarque

Les amis que nous venions trouver y étaient installés déjà, et nous les vîmes qui nous attendaient. Tous les autres se tenaient tranquilles, parce que c’était l’heure à laquelle ou bien l’on se frotte d’huile, ou bien l’on regarde les athlètes.
Démétrius, se mettant à sourire, s’écria :

« Vais-je mentir, ou dire vrai? Vous ne me semblez avoir dans les mains aucune question qui en vaille la peine, puisque je vous vois parfaitement oisifs et que votre physionomie est tout à fait dégagée. »

Héracléon de Mégare prit alors la parole :

« Il est vrai, dit-il, que nous ne cherchons pas si le verbe g-ballô perd un de ses deux lambda au futur, ni à quels adjectifs simples appartiennent les comparatifs « pire », « meilleur », « moindre »; car ces questions et celles qui y ressemblent sont toutes également de nature à rider le front et à l’assombrir. Mais il en est d’autres, sur lesquelles un philosophe peut exercer ses recherches sans assombrir son visage, sans perdre son calme, sans lancer des regards terribles, sans faire peur aux assistants. »

Pourquoi les oracles ont cessé

Montaigne – de l’institution des enfants

A propos de ceux qui ont la manie de citer les Grands : “N’ayant rien de vaillant par où se produire, ils cherchent à se présenter avec une valeur purement empruntée”.
“Quelles que soient ces inepties que j’écris, je n’ai pas délibéré de les cacher, non plus que je ne le ferais d’un mien portrait chauve et grisonnant où le peintre aurait mis non un visage parfait, mais le mien. Car ce sont ici mes humeurs et mes opinions. Je les donne pour ce que je crois, non pour ce qui est à croire. Je ne vise ici qu’à découvrir qui je suis moi-même, moi qui d’aventure serai autre demain si de nouvelles leçons ne me changent. Je n’ai point l’autorité d’être cru, ni ne le désire, me sentant trop mal instruit pour instruire autrui.”

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Le gain de notre étude, c’est en être devenu meilleur et plus sage.

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Qu’il ne lui demande pas [le maître] seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance, et qu’il juge du profit qu’il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie.

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Qu’on lui propose cette diversité de jugements : il choisira s’il peut, sinon il demeurera en doute.

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Dans cette école du commerce des hommes, j’ai souvent remarqué ce vice qu’au lieu de chercher à connaître l’autre, nous ne travaillons qu’à nous faire connaître, et nous sommes plus soucieux de débiter notre marchandise que d’en acquérir de nouvelle. Le silence et la modestie sont des qualités très commodes à la conversation. On dressera cet enfant à épargner et ménager son savoir quand il en aura acquis, à ne se formaliser des sottises et des fables que l’on dira en sa présence, car c’est une incivile importunité de s’en prendre à tout ce qui n’est pas de notre goût. Qu’il se contente de se corriger lui-même, et qu’il ne semble pas reprocher à autrui tout ce qu’il se refuse à faire, ni contrevenir aux moeurs publiques. Qu’il fuie ces mines à vouloir régenter le monde, si inciviles, et cette puérile ambition de vouloir paraître plus fin en se montrant différent, et de prétendre s’acquérir par ses critiques la réputation d’avoir quelque mérite particulier, comme si ce fût une rare marchandise que les critiques et les nouvelletés.

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Qu’on lui fasse entendre que confesser la faute qu’il découvrira dans son propre raisonnement, encore qu’elle ne soit aperçue que par lui, est une preuve de jugement et de sincérité, quui sont les principales qualités qu’il recherche ; que s’opiniâtrer et contester sont des manières communes, plus apparentes chez les âmes les plus basses ; que se raviser et se corriger, qu’abandonner un mauvais parti dans le fort de son ardeur, ce sont des qualités rares, fortes et philosophiques.

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Il sondera la portée de chacun : un bouvier, un maçon, un passant, il faut tout mettre en besogne, et emprunter à chacun selon sa marchandise, car tout sert en ménage, la sottise même, et la faiblesse d’autrui lui servira d’instruction.

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C’est un accident singulier que les choses dans notre siècle en soient là que la philosophie soit, jusque pour les gens d’entendement, un nom vain et chimérique qui ne se trouve d’aucun usage et de nul prix pour l’opinion comme de fait. Je crois que les ergotismes en sont la cause qui ont envahi ses avenues. On a grand tort de la peindre inaccessible aux enfants, et sous un visage renfrogné, sourcilleux et terrible : qui me l’a masquée de ce faux visage pâle et hideux ? Il n’est rien de plus gai, de plus gaillard, de plus enjoué, et peu s’en faut que je ne dise folâtre. Elle ne prêche que fête et bon temps!

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Ceux qui ont approché la vertu tiennent au rebours qu’elle loge sur un beau plateau, fertile et fleurissant, d’où elle voit bien sous soi toutes choses, mais qui en connait l’adresse peut y arriver par des routes ombragées, gazonnées et fleurant doux, de façon plaisante, et par une pente facile et unie, comme l’est celle des voûtes célestes. Pour n’avoir pas hanté cette vertu suprême, belle, triomphante, amoureuse, délicieuse, pareillement, et courageuse, ennemie avouée et irréconliable de l’aigreur, du déplaisir, de la crainte et la contrainte, qui a pour guide Nature, Fortune et Volupté pour compagnes, ils sont allés avec leur faiblesse feindre cette sotte image, triste, querelleuse, dépite, menaçante, mineuse, et la placer sur un rocher à l’écart, au milieu des ronces, fantôme propre à frapper les gens de stupeur !

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Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies.

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Par rapport à la fausse sophistication du langage : puissé-je ne m’être servi que de ceux qui servent aux halles à Paris ?

Machiavel

Le soir venu, je retourne chez moi, et j’entre dans mon cabinet, je me dépouille, sur la porte, de ces habits de paysan, couverts de poussière et de boue, je me revêts d’habits de cour, ou de mon costume, et, habillé décemment, je pénètre dans le sanctuaire antique des grands hommes de l’Antiquité ; reçu par eux avec bonté et bienveillance, je me repais de cette nourriture qui seule est faite pour moi, et pour laquelle je suis né. Je ne crains pas de m’entretenir avec eux, et de leur demander compte de leurs actions. Ils me répondent avec bonté ; et pendant quatre heures j’échappe à tout ennui, j’oublie tous mes chagrins, je ne crains plus la pauvreté, et la mort ne saurait m’épouvanter ; je me transporte en eux tout entier

Lettre à François Vettori, ambassadeur de Florence à la cour du pape Léon X

Gargantua

Buveurs très illustres et vous, vérolés très précieux (c’est à vous, à personne d’autre que sont dédiés mes écrits), dans le dialogue de Platon intitulé Le Banquet, Alcibiade faisant l’éloge de son précepteur Socrate, sans conteste prince des philosophes, le déclare, entre autres propos, semblable aux Silènes. Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires; au-dessus étaient peintes des figures amusantes et frivoles : harpies, satyres, oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, boucs volants, cerfs attelés et autres semblables figures imaginaires, arbitrairement inventées pour inciter les gens à rire, à l’instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l’intérieur, on conservait les fines drogues comme le baume, l’ambre gris, l’amome, le musc, la civette, les pierreries et autres produits de grande valeur. Alcibiade disait que tel était Socrate, parce que, ne voyant que son physique et le jugeant sur son aspect extérieur, vous n’en auriez pas donné une pelure d’oignon tant il était laid de corps et ridicule en son maintien : le nez pointu, le regard d’un taureau, le visage d’un fol, ingénu dans ses moeurs, rustique en son vêtement, infortuné au regard de l’argent, malheureux en amour, inapte à tous les offices de la vie publique; toujours riant, toujours prêt à trinquer avec chacun, toujours se moquant, toujours dissimulant son divin savoir. Mais en ouvrant une telle boîte, vous auriez trouvé au-dedans un céleste et inappréciable ingrédient : une intelligence plus qu’humaine, une force d’âme prodigieuse, un invincible courage, une sobriété sans égale, une incontestable sérénité, une parfaite fermeté, un incroyable détachement envers tout ce pour quoi les humains s’appliquent tant à veiller, courir, travailler, naviguer et guerroyer.

My back pages

Crimson flames tied through my ears
Rollin’ high and mighty traps
Pounced with fire on flaming roads
Using ideas as my maps
“We’ll meet on edges, soon,” said I
Proud ‘neath heated brow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

Half-wracked prejudice leaped forth
“Rip down all hate,” I screamed
Lies that life is black and white
Spoke from my skull. I dreamed
Romantic facts of musketeers
Foundationed deep, somehow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

Girls’ faces formed the forward path
From phony jealousy
To memorizing politics
Of ancient history
Flung down by corpse evangelists
Unthought of, though, somehow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

A self-ordained professor’s tongue
Too serious to fool
Spouted out that liberty
Is just equality in school
“Equality,” I spoke the word
As if a wedding vow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

In a soldier’s stance, I aimed my hand
At the mongrel dogs who teach
Fearing not that I’d become my enemy
In the instant that I preach
My pathway led by confusion boats
Mutiny from stern to bow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

Yes, my guard stood hard when abstract threats
Too noble to neglect
Deceived me into thinking
I had something to protect
Good and bad, I define these terms
Quite clear, no doubt, somehow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now

Fournier extraits

“Je t’ai dit une fois pour toutes que je trouvais parfaitement vain ce travail de mises en formules… Je préférerai, moi, toujours m’arrêter pour parler de la “mer méridionale éperdument bleue” – ou de la batteuse que j’entends ronfler dans les champs derrière moi comme pour me dire que c’est encore l’été – encore un peu de tout cet été que je n’ai pas encore vécu.”

“je me dégoute d’écrire ainsi tant de petites théories, de petits jugements, de longues phrases qui ne riment à rien. Alors que lentement, longuement, silencieusement je devrais chercher en moi des mots brefs et légers qui disent le passé où la vie.”

Lettre à Jacques Rivière

Capitaine, ô mon capitaine…

O Captain! my Captain! our fearful trip is done,
The ship has weather’d every rack, the prize we sought is won,
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring;
                         But O heart! heart! heart!
                            O the bleeding drops of red,
                               Where on the deck my Captain lies,
                                  Fallen cold and dead.

O Captain! my Captain! rise up and hear the bells;
Rise up—for you the flag is flung—for you the bugle trills,
For you bouquets and ribbon’d wreaths—for you the shores a-crowding,
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning;
                         Here Captain! dear father!
                            This arm beneath your head!
                               It is some dream that on the deck,
                                 You’ve fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still,
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will,
The ship is anchor’d safe and sound, its voyage closed and done,
From fearful trip the victor ship comes in with object won;
                         Exult O shores, and ring O bells!
                            But I with mournful tread,
                               Walk the deck my Captain lies,
                                  Fallen cold and dead.

Do not go gentle …

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light

C’est aujourd’hui que je vous aime

La vie est simple et gaie
Le soleil clair tinte avec un bruit doux
Le son des cloches s’est calmé
Ce matin la lumière traverse tout
Ma tête est une lampe rallumée
Et la chambre où j’habite est enfin éclairée

Un seul rayon suffit
Un seul éclat de rire
Ma joie qui secoue la maison
Retient ceux qui voudraient mourir
Par les notes de sa chanson

Je chante faux
Ah que c’est drôle
Ma bouche ouverte à tous les vents
Lance partout des notes folles
Qui sortent je ne sais comment
Pour voler vers d’autres oreilles

Entendez je ne suis pas fou
Je ris au bas de l’escalier
Devant la porte grande ouverte
Dans le soleil éparpillé
Au mur parmi la vigne verte
Et mes bras sont tendus vers vous

C’est aujourd’hui que je vous aime