Montaigne – de l’institution des enfants

A propos de ceux qui ont la manie de citer les Grands : “N’ayant rien de vaillant par où se produire, ils cherchent à se présenter avec une valeur purement empruntée”.
“Quelles que soient ces inepties que j’écris, je n’ai pas délibéré de les cacher, non plus que je ne le ferais d’un mien portrait chauve et grisonnant où le peintre aurait mis non un visage parfait, mais le mien. Car ce sont ici mes humeurs et mes opinions. Je les donne pour ce que je crois, non pour ce qui est à croire. Je ne vise ici qu’à découvrir qui je suis moi-même, moi qui d’aventure serai autre demain si de nouvelles leçons ne me changent. Je n’ai point l’autorité d’être cru, ni ne le désire, me sentant trop mal instruit pour instruire autrui.”

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Le gain de notre étude, c’est en être devenu meilleur et plus sage.

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Qu’il ne lui demande pas [le maître] seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance, et qu’il juge du profit qu’il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie.

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Qu’on lui propose cette diversité de jugements : il choisira s’il peut, sinon il demeurera en doute.

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Dans cette école du commerce des hommes, j’ai souvent remarqué ce vice qu’au lieu de chercher à connaître l’autre, nous ne travaillons qu’à nous faire connaître, et nous sommes plus soucieux de débiter notre marchandise que d’en acquérir de nouvelle. Le silence et la modestie sont des qualités très commodes à la conversation. On dressera cet enfant à épargner et ménager son savoir quand il en aura acquis, à ne se formaliser des sottises et des fables que l’on dira en sa présence, car c’est une incivile importunité de s’en prendre à tout ce qui n’est pas de notre goût. Qu’il se contente de se corriger lui-même, et qu’il ne semble pas reprocher à autrui tout ce qu’il se refuse à faire, ni contrevenir aux moeurs publiques. Qu’il fuie ces mines à vouloir régenter le monde, si inciviles, et cette puérile ambition de vouloir paraître plus fin en se montrant différent, et de prétendre s’acquérir par ses critiques la réputation d’avoir quelque mérite particulier, comme si ce fût une rare marchandise que les critiques et les nouvelletés.

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Qu’on lui fasse entendre que confesser la faute qu’il découvrira dans son propre raisonnement, encore qu’elle ne soit aperçue que par lui, est une preuve de jugement et de sincérité, quui sont les principales qualités qu’il recherche ; que s’opiniâtrer et contester sont des manières communes, plus apparentes chez les âmes les plus basses ; que se raviser et se corriger, qu’abandonner un mauvais parti dans le fort de son ardeur, ce sont des qualités rares, fortes et philosophiques.

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Il sondera la portée de chacun : un bouvier, un maçon, un passant, il faut tout mettre en besogne, et emprunter à chacun selon sa marchandise, car tout sert en ménage, la sottise même, et la faiblesse d’autrui lui servira d’instruction.

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C’est un accident singulier que les choses dans notre siècle en soient là que la philosophie soit, jusque pour les gens d’entendement, un nom vain et chimérique qui ne se trouve d’aucun usage et de nul prix pour l’opinion comme de fait. Je crois que les ergotismes en sont la cause qui ont envahi ses avenues. On a grand tort de la peindre inaccessible aux enfants, et sous un visage renfrogné, sourcilleux et terrible : qui me l’a masquée de ce faux visage pâle et hideux ? Il n’est rien de plus gai, de plus gaillard, de plus enjoué, et peu s’en faut que je ne dise folâtre. Elle ne prêche que fête et bon temps!

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Ceux qui ont approché la vertu tiennent au rebours qu’elle loge sur un beau plateau, fertile et fleurissant, d’où elle voit bien sous soi toutes choses, mais qui en connait l’adresse peut y arriver par des routes ombragées, gazonnées et fleurant doux, de façon plaisante, et par une pente facile et unie, comme l’est celle des voûtes célestes. Pour n’avoir pas hanté cette vertu suprême, belle, triomphante, amoureuse, délicieuse, pareillement, et courageuse, ennemie avouée et irréconliable de l’aigreur, du déplaisir, de la crainte et la contrainte, qui a pour guide Nature, Fortune et Volupté pour compagnes, ils sont allés avec leur faiblesse feindre cette sotte image, triste, querelleuse, dépite, menaçante, mineuse, et la placer sur un rocher à l’écart, au milieu des ronces, fantôme propre à frapper les gens de stupeur !

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Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies.

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Par rapport à la fausse sophistication du langage : puissé-je ne m’être servi que de ceux qui servent aux halles à Paris ?

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