Textes

 Ménippe ou la nécyomancie

[Ménippe revient des enfers et raconte ce qu’il a vu]

Tandis que je considérais ce spectacle, il me sembla que la vie des hommes est une longue procession, dont la Fortune ordonne et règle les rangs, assignant à chacun de ceux qui la composent leur différents costumes. Elle prend l’un au hasard, l’habille en roi, lui met une tiare sur la tête, lui donne des doryphores, lui ceint le front d’un diadème ; elle revêt l’autre d’un habit d’esclave, pare celui-là des grâces de la beauté, rend celui-ci laid et ridicule : car il faut de la variété dans le spectacle. Souvent, au milieu de la procession, elle change l’habillement des acteurs, et ne les laisse point continuer dans l’ordre qu’ils avaient au début ; elle transforme la pourpre de Crésus en habit d’esclave et de prisonnier : elle donne à Méandre, qui, jusque-là n’avait marché qu’avec les valets, la royauté de Polycrate, et lui permet d’user quelque temps de ce costume. Mais, quand la procession est finie, chacun, rendant sa parure et dépouillant ses vêtements empruntés, redevient ce qu’il était auparavant, sans différer en rien de son voisin. Beaucoup, par ignorance, se désolent et se fâchent, lorsque la Fortune leur redemande les ornements qu’elle leur a fournis : on les dirait privés d’un bien qui leur appartenait, et ils refusent de rendre ce qui ne leur a été prêté que pour un temps.

*

Tu plaisantes, mon cher. Si tu avais vu Mausole lui-même, ce Carien illustré par son tombeau, je suis convaincu que tu n’aurais pas fini de rire, en le voyant étendu honteusement dans un coin, perdu dans le reste de la foule, et n’ayant d’autre profit de son beau monument que d’être écrasé sous cet énorme poids. Oui, mon cher, lorsqu’une fois Eaque a mesuré le terrain que chacun doit occuper, et il n’en donne guère qu’un pied, il faut qu’on s’en contente et qu’on s’y tienne serré dans sa couche. Mais tu aurais ri bien davantage, j’en suis sûr, en voyant des rois, des satrapes, réduits à l’état de mendiants, forcés par la misère à se faire marchands de viandes salées, ou bien maîtres d’école, exposés aux insultes du premier venu, et souffletés comme les plus vils esclaves. Je ne pouvais me contenir, en voyant Philippe de Macédoine occupé dans un coin à recoudre, pour quelque argent, de vieilles savates. On en voyait encore beaucoup d’autres demander l’aumône dans les carrefours, des Xerxès, des Darius, des Polycrates.

[Tirésias explique à Ménippe le sens de la vie]

Voilà, mon cher, ce qui se passa dans la réunion. Pour moi, j’abordai Tirésias, objet de mon voyage ; je lui racontai tout ce qui m’était arrivé et le priai de me dire quel était, à son gré, le meilleur genre de vie. Il se mit à rire : c’est un petit vieillard aveugle, pâle, avec une voix de femme. «Mon enfant, me dit-il, je sais la cause de ton incertitude ; elle vient de ces sages, qui ne sont jamais d’accord avec eux-mêmes ; mais il ne m’est pas permis de t’en dire plus long. Rhadamanthe ne veut pas. – Oh ! de grâce, lui dis-je, bon petit père, parlez, ne me laissez pas errer dans la vie encore plus aveugle qne tous». Alors me prenant la main et me tirant à l’écart, il s’approcha de mon oreille et me dit bien bas : «La meilleure vie, la vie la plus sage, est celle des ignorants. Quitte la folle envie de disserter sur les phénomènes célestes, d’examiner les principes et la fin des choses, et, plein de mépris pour les syllogismes de vos philosophes, traite tout cela de rêveries. Ne poursuis, en tout et pour tout, qu’une seule chose, bien user du présent. Passe en riant devant tout le reste, et ne t’attache sérieusement à rien». Il dit et s’en alla vers les champs Asphodèles

*

“Prends en bonne part le présent, cours sans t’arrêter, ris le plus souvent, et ne prends rien au sérieux.”  ὅπως τὸ παρὸν εὖ θέμενος παραδράμῃς γελῶν τὰ πολλὰ καὶ περὶ μηδὲν ἐσπουδακώς.

Rêvé le soir

L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

Et tu me diras :  » Cherche !  » en inclinant la tête,
– Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
– Qui voyage beaucoup…

Pascal commente le dialogue de Cinéas

« Lorsque Cinéas disait à Pyrrhus, qui se proposait de jouir du repos avec ses amis après avoir conquis une grande partie du monde, qu’il ferait mieux d’avancer lui-même son bonheur en jouissant dès lors de ce repos, sans l’aller chercher par tant de fatigues, il lui donnait un conseil qui recevait de grandes difficultés, et qui n’était guère plus raisonnable que le dessein de ce jeune ambitieux. L’un et l’autre supposaient que l’homme se pût contenter de soi-même et de ses biens présents, sans remplir le vide de son cœur d’espérances imaginaires, ce qui est faux. Pyrrhus ne pouvait être heureux ni avant ni après avoir conquis le monde ; et peut-être que la vie molle que lui conseillait son ministre était encore moins capable de le satisfaire que l’agitation de tant de guerres et de tant de voyages qu’il méditait. »

— Pascal, Pensées, 139

Pyrrhus et Cinéas

Aussi Pyrrhus disait-il qu’il avait acquis plus de villes par l’éloquence de Cinéas que par la force de ses propres armes ; et il le comblait des plus grands honneurs, et l’employait de préférence à tous les autres. Cinéas voyant alors Pyrrhus impatient de s’élancer sur l’Italie, saisit un moment de loisir, et l’amena à la conversation suivante : « On dit, Pyrrhus, que les Romains sont fort bons guerriers, et qu’ils commandent à plusieurs nations vaillantes. Si les dieux nous donnent de les vaincre, quel usage ferons-nous de la victoire ? — Cinéas, dit Pyrrhus, la chose est évidente : les Romains, une fois vaincus, il n’y aura pas dans le pays une ville barbare ou grecque capable de nous résister ; et nous aurons bientôt toute l’Italie, dont tu dois connaître mieux que tout autre la grandeur, la valeur et la puissance. » Après un moment de silence, Cinéas reprit : « — Maîtres de l’Italie, roi, que ferons-nous ? » Et Pyrrhus ne voyant pas encore où il en voulait venir : « La Sicile est proche et nous tend les bras ; c’est une île riche et populeuse, et d’une conquête aisée ; car tout y est sédition et anarchie dans les villes ; tout y est au caprice de quelques harangueurs populaires depuis la mort d’Agathoclès. — Cela est bien probable, dit Cinéas ; mais ne sera-ce point le terme de notre expédition, d’avoir pris la Sicile ? — Que les dieux, répondit Pyrrhus, nous accordent victoire et succès ! Nous n’aurons fait que préluder à de plus grandes choses. Et comment ne pas jeter la main sur la Libye et Carthage, en les voyant si bien à portée, quand Agathoclès, s’échappant secrètement de Syracuse et traversant la mer avec si peu de vaisseaux, a bien failli s’en emparer ? Et quand nous serons maîtres de ces contrées, en est-il un seul qui ose nous résister, de tous ces ennemis qui maintenant nous insultent ? en est-il un ? — Non sans doute, dit Cinéas. Il est évident qu’avec de telles forces, il nous sera facile de reconquérir la Macédoine, et d’affermir notre domination sur la Grèce. Mais quand tout sera soumis, que ferons-nous alors ? » — Et Pyrrhus, en souriant : « Alors, mon très-cher, nous jouirons de la vie tout à notre aise, buvant et banquetant tout le jour, et nous délectant en propos aimables. » Cinéas l’arrêta en disant : « Eh bien ! qui nous empêche maintenant de boire et de banqueter, et de passer le temps à causer si nous le voulons, puisque nous avons maintenant, et sans plus nous travailler, ce que nous ne devrions acquérir qu’au prix de beaucoup de sang, de fatigues et de dangers, et de beaucoup de mal que nous irions faire aux autres et souffrir nous-mêmes ? » Ces paroles de Cinéas contrarièrent Pyrrhus sans le faire changer de résolution ; car il comprenait bien le bonheur qu’il allait abandonner, mais il n’avait pas la force de renoncer aux espérances qui flattaient ses désirs.

Notes sur le Deuxième sexe

-Jusqu’à la mort elles seront soumises à ces rites. Manger, dormir, nettoyer… les années n’escaladent plus le ciel; elles s’étalent identiques et grises en une nappe horizontale ; chaque jour imite celui qui le précéda ; c’est un éternel présent inutile et sans espoir.

-les hommes demandent la reconnaissance, les femmes échouent à la demander, et les femmes sont par conséquent construites comme l’Autre absolu.

“Ce n’est pas la physique qui saurait fonder des valeurs : plutôt, les données biologiques revêtent celles que l’existant leur confère”

« C’est là ce qui caractérise fondamentalement la femme : elle est l’Autre au cœur d’une totalité dont les deux termes sont nécessaires l’un à l’autre. »

-Les femmes s’identifient, sont solidaires et sont socialisées avec les hommes au sein de la famille, pas d’identité de groupe on ne parle pas du groupe des femmes.

-Être une femme, c’est ne pas pouvoir échapper au fait qu’on est un corps.

-La spécificité du corps des femmes, est qu’il s’agit d’un corps social avant même d’être un corps vécu et qu’il fonctionne donc comme un destin.

-La femme ne peut pas toujours coïncider avec elle-même. Il s’y passe une rupture intérieure permanente (menstruation, grossesse…)

-Cette expérience les prépare ou constitue le fond qui pourra justifier qu’elles se conçoivent comme des etres passifs mus par des forces extérieures, c’est-à-dire des êtres aliéné.

C’est la coexistence de cette aliénation et de l’objectification qui permet véritablement à la soumission de se produire.

Sartre : l’expérience première que j’ai de mon corps est ´expérience de mon corps-pour-moi, c’est-à-dire de mon corps comme conscience, et le rapport avec autrui transforme mon corps en corps-pour-autrui.

-Le crops-pour-autrui est mon corps en tant qu’il est aliéné : « le corps-pour-l’autre c’est le corps-pour-nous, mais insaisissable et aliéné »

-Si les relations interpersonnelles chez Sartre sont telles que les deux personnes engagées dans le conflit des consciences sont à la fois des sujets pour soi et des etres pour autrui, la structure sociale de l’inégalité de genre permet aux hommes de se définir systématiquement comme des sujets en définissant les femmes comme des objets.

-Qu’avec la puberté, son corps est devenu quelque chose qui ne lui appartient plus, qui est non plus son corps à elle, mais un corps de femme, c’est à dire dans le regard des hommes, un objet de désir.

-Il est vrai que la femme est obligée d’offrir à l’homme le mythe de sa soumission du fait qu’il réclame de la dominer.

-« en robe du soir, la femme est déguisée en femme pour le plaisir de tous les mâles et l’orgueil de son propriétaire »

Beauvoir peur alors expliquer la soumission : « elle esquive le risque métaphysique d’une liberté qui doit inventer ses fins sans secours »

La phase psychanalyste

-Freud conçoit l’évolution de la sexualité feminine sur le modèle de l’homme. Complexe d’Electre. La femme est un homme mutilé`. La souveraineté du père est un fait d’ordre socia

Le problème des psychanalystes c’est qu’ils essayent de tout expliquer par la sexualité : l’intégrité représenterait l’amour pour la virginité des femmes.

Histoire

En parlant des sociétés reculées : dans toutes ses fonctions laïques, travail, mariage, il prétend s’évader ce cercle, affirmer la transcendance contre l’immanence, s’ouvrir un avenir différent du passé où il plonge ses racines.

-Il faut que la femme soit arrachée, conquise par le mariage. Il faut qu’elle soit autre.

-A l’âge des outils, l’homme prend confiance en sa force. Les valeurs mystiques passent au second plan et les intérêts pratiques au premier; il ne s’affranchit pas entièrement des dieux : mais il les sépare de lui en se séparant d’eux ; le grand Pan commence à s’étioler quand retentit le premier coup de marteau.

-Du jour où l’agriculture cesse d’être une opération essentiellement magique et devient d’abord un travail créateur, l’homme se découvre comme force générratrice ; il revendique ses enfants en même temps que ses moissons.

-Mais l’homme n’ira pas jusqu’à faire de la femme sa servante ou son esclave : l’homme prétend revêtir de sa propre dignité  ce qu’il conquiert et possède; l’Autre garde à ses yeux un peu de sa magie primitive ; comment faire de l’épouse à la fois une servante et une compagne, c’est un des problèmes qu’il cherchera à résoudre.

Egypte

-C’est en Egypte que la condition de la femme a été le plus favorisée. Elle pouvait faire des études, hériter, léguer, divorcer, intenter un procès pour récupérer les biens du ménage et le gagner. Cela ne l’empêchait pas de se remarier. . Elles occupent des fonctions spirituelles élevées, comme les adoratrices d’Amon, et accèdent à des postes de hauts fonctionnaires, jusqu’à celui de vizir. Hatchepsout : Elle a laissé l’Égypte dans une meilleure posture qu’elle ne l’a trouvée ! Elle a assuré la sécurité de l’Égypte et de sa dynastie et était la mère du prochain pharaon, Thoutmôsis III, qui a fini par devenir le « Napoléon de l’Égypte », étendant son empire comme cela n’avait jamais été fait auparavant. Hatchepsout était très maline dans la façon dont elle a utilisé l’idéologie pour obtenir un pouvoir irréfutable. Elle disait à son peuple : « Le Dieu m’a choisie, ce n’est pas mon ambition, ce n’est pas mon souhait, mais celui de mon père, le Dieu Amon-Rê m’a parlé et m’a dit que je devais faire cela. »

-Chez les Hébreux même il y avait des prostituées vénales. En Grèce, c’est surtout au bord de la mer, dans les îles et les cités qu’existaient des temples où se rencontrent les “jeunes filles hospitalières aux étrangers”.

-chez les Grecs les femmes étaient réduites à un demi esclavage. Périclès : “celui qui se confie à une femme se confie à un voleur”

-On lit de terribles épigrammes : “il n’y a que deux jours dan la vie où votre femme vous réjouit : le jour de ses noces et le jour de son enterrement” (Hipponax) Ce sont les Ioniens qui dans les histoires de Milet manifestent le plus de hargne : on connaît entre autres le conte de la matrone d’éphèse. “Il y a bien des monstres sur terre et dans la mer, mais le plus grand de tous est encore la femme” (Ménandre)

-Mais si ce n’est pas l’infidélité qui est reprochée aux femmes, ne peut-on pas se demander si ce n’est pas le mariage lui-même qui pèse aux hommes ? La figure de Xanthippe résume bien ces contradictions.

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Rome

Légalement plus asservie que la grecque, la Romaine est bien plus profondément intégrée à la société; à la maison elle siège dans l’atrium qui est le centre de la demeure, au lieu d’être reléguée dans le secret du gynécée ; c’est elle qui préside au travail des esclaves ; elle dirige l’éducation des enfants et souvent son influence s’exercera sur eux jusque dans un âge avancé; elle partage les travaux et les soucis de son époux….

-On observe dans l’histoire du droit romain un mouvement inverse : rendant la femme indépendante de la famille, le pouvoir central la reprend lui-même en tutelle ; il la soumet à diverses incapacités légales.

-La vie et les vertus publiques leur demeurant inaccessibles, quand la dissolution de la famille rend inutiles et périmées les vertus privées de naguère, il n’y a plus aucune morale qui se propose aux femmes.

-dans le christianisme : Saint Paul écrit « l’homme n’a pas été tiré de la femm, mais la femme de l’homme; l’homme n’a pas été créé en vue de la femmme, mais la femme en vue de l’homme »

Saint Thomas : « l’homme est la tête de la femme tout ainsi que le christ est la tête de l’homme »

-Au Moyen âge, la femme est l’esclave du domaine et du maître de ce domaine à travers la protection d’un mari qu’on lui a imposé : il est peu d’époques où son sort

Ait été plus dur

Certaines châtelaines sont connues pour leur agressivité même si la majorité du temps elles sont passives. On les appelle virago.

Amour courtois qui naît au XIIe siècle. Une sorte de mystique de la femme se développe

Des femmes lettrées comme Béatrice de Valentinois, Alienor d’Aquitaine, Marie de France, Blanche de Navarre.

-En France, les prostituees étaient un mal nécessaire et pourtant elles étaient ostracisées : le plus généralement employé était une aiguillette de couleur déterminée suspendue à l’une des épaulettes. Elles étaient de droit notees d’infamie

–Querelle du roman de la rose. Christine de Pisan écrit l’épître au Dieu d’amour.

Italiennes de la renaissance : Gaspara Stampara, Vittoria Colonna, Lucrèce Tornabuoni

-XVIIIe :La vie de salon prend un essor neuf : on connaît le rôle Joué par Mme Geoffrin, Mme du Deffand, Mme de Lespinasse

-querelles littéraires au XVIIe: Poulain de la Barre est le plus féministe d’entre eux. 1673, De l’égalité des deux sexes

Au XIXe même Comte le moderne refuse le divorce pour elle et les cantonne à la sphère des sentiments

-Sans doute a cause de ses racines paysannes  Proudhon réagit violemment contre le mysticisme Saint Simonin. Il confine la femme au foyer 

Quand elles travaillent elle souffrent aussi souvent : description affreuse de Norbert Truquin / en 1831 dans des ateliers à Lyon les ouvrières en soie travaillleng 17h par jour

-1900 la journée est limitée à 10h, 1907 la travailleuse obtient la libre disposition de ses biens.

-Les françaises se rangent derrière Maria Deraismes pour le vote des femmes. Vive controverse contre Dumas fils qui conseillait au mari trahi par une femme infidèle : tue la. Léon Richier créa les droits de la femme et organisa le Congrès international du droit des femmes.

-En 1909 est fondée l’union française pour le suffrage des femmes par mme Brunschwicg.

-1. Les femmes valent mieux que les « luttes du forum » où elles compromettraient leur dignité fondamentale d’épouses et de gardiennes du foyer familial. C’est le thème de la « meilleure part », dont la longue carrière se poursuit, dans un domaine non politique.

2. Les femmes, différentes, immatures, influençables, inférieures, ne peuvent prendre une part intelligente et autonome à la vie publique.

« Les mains des femmes sont-elles bien faites pour le pugilat de l’arène publique ? Plus que pour manier le bulletin de vote, les mains de femmes sont faites pour être baisées, baisées dévotement quand ce sont celles des mères, amoureusement quand ce sont celles des femmes et des fiancées : … Séduire et être mère, c’est pour cela qu’est faite la femme ». Alexandre bérard

Armand Calmel compare même le féminisme au boulangisme : Ayons le courage de rester nous-mêmes. Nous avons remonté d’autres courants que le féminisme. Nous avons remonté le courant du boulangisme, le courant du nationalisme et toutes les fois que la République a été en péril c’est le Sénat qui l’a sauvée ».

MYTHES

–Ce rêve incarné (à mi chemin entre le similaire et la nature froide) c’est la femme. Elle ne lui oppose ni le silence ennemi de la nature, ni la dure exigence d’une reconnaissance réciproque ; par un privilège unique elle est une conscience et cependant il semble possible de la posséder dans sa chair.

–On comprend que la femme soit divinisée dans un pays riche et dont les citoyens ne savent trop quel sens donner à leur vie.

Tabou des menstruations. Pleine écrit « la femme menstruée gâte les moissons, dévaste les jardins, tue les germes, fait tomber les fruits, tue les abeilles ; si elle touche le vin, il devient du vinaigre ; le lait s’aigrit. »

–L’homme veut à la fois que la femmee soit bête et plante et qu’elle se cache derrière une armature fabriquée ; il l’aime sortant des flots et d’une maison de couture, nue et vêtue, nue sous ses vêtements, telle que précisément il la rencontre dans l’univers humain.

Le citadin cherche dans la femme l’animalité ; mais pour le jeune paysan qui fait son service militaire le bordel incarne toute la magie de la ville.

La femme est champ et pâturage mais elle est aussi babylone.

-La vieille femme, la laide ne sont pas seulement des objets sans attraits; elles suscitent une haine mêlée de peur. En elles se retrouve la figure inquiétante de la Mère tandis que les charmes de l’Epouse sont évanouis.

-En tant que sujet il [l’homme] pose le monde et, restant hors de l’univers qu’il pose, il s’en fait le souverain ; s’il se saisit comme chair, comme sexe, il n’est plus conscience autonome, liberté transparente : il est engagé dans le monde, un objet limité et périssable. (…) L’homme exalte le phallus dans la mesure où il le saisit comme transcendance et activité, comme mode d’appropriation de l’autre ; mais il en a honte quand il n’y voit qu’une chair passive à travers laquelle il est le jouet des forces obscures de la Vie.

-Marie est assignée à la femme-mère, pure, virginale. C’est là la suprême victoire masculine qui se consomme dans le culte de Marie : il est la réhabilitation de la femme par l’achèvement de sa défaite. Des deux antiques visages de la maternité, l’homme ne veut plus connaître que la face souriante.

-l’idéal de l’homme occidental moyen, c’est une femme qui subisse librement sa domination, qui n’accepte pas ses idées sans discussion, mais qui cède à ses raisons, qui lui résiste avec intelligence pour finir par se laisser convaincre

-Trésor, proie, jeu et risque, muse, guide, juge, médiatrice miroite la femme est l’Autre dans lequel le sujet se dépasse sans être limité, qui s’oppose à lui sans le nier, elle est l’autre qui se laisse annexer sans cesser d’être l’Autre. Et par là, elle si nécessaire à la joie de l’homme et à son triomphe qu’on peut dire que si elle n’existait pas les hommes l’auraient inventée.

Marcher en songe sur les eaux, c’est bien moins fatigant que d’avancer pour de bon sur les chemins de la terre.

Sur Stendhal

-Il n’y

–Deux êtres séparés, s’affrontant dans leur liberté et cherchant l’un à travers l’autre

TOME II

–On délivre l’homme de son narcissisme primitif en le forçant à se concentrer sur une autre chose que lui-même, son pénis, dans lequel on lui donne l’indication de la grandeur et de la puissance. Quant à la femme, elle est forcée de se chosifier.

L’immense chance du garçon, c’est que sa manière d’exister pour autrui l’encourage à se poser pour soi. Il fait l’apprentissage de son existence comme libre mouvement vers le monde, il rivalise de dureté et d’indépendance avec les autres garçons, il méprise les filles. Grimpant aux arbres, se battant avec des camarades, les affrontant dans des jeux violents, il saisit son corps comme un moyen de dominer la nature et un instrument de combat ; il s’enorgueillit de ses muscles comme trouve un emploi équilibré de ses forces; en même temps,. Encaisser les coups, à mépriser la douleur, à refuser les larmes du premier âge. Il entreprend, il invente, il ose. Certe sa virilité et il s’ensuit par rapport aux adultes et auxcamac’est qu’il n’y a pas d’opposition fondamentale entre le souci de cette figure objective qui est sienne et sa volonté? De s’affirmer dans des projets concrets. C’est en faisant qu’il se fait être, d’un seul mouvement. Au contraire, chez la femme il y a, au départ, un conflit entre son existence autonome et son «être-autre»; on lui apprend que pour donc renoncer à son autonomie. On la traite comme vicieux; car moins elle exercera sa liberté pour corncercle vicieux ; car moins elle exercera sa liberté pour comprendre, saisir et découvrir le monde qui l’entoure, moins elle trouvera en lui de ressources, moins elle osera s’affirfester la même exubérance vivante, la même curiosité, le fester la même exubérance vivante, la même curiosité, même esprit d’initiative, la même hardiesse qu’un garçon

P.29

–La vie du père est entourée d’un mystérieux prestige : les heures qu’il passe à la maison, la pièce où il travaille, les objets qui l’entourent, ses occupations, ses manies ont un caractère sacré.  Habituellement il travaille dehors et c’est à travers lui que la maison communique avec le reste du monde : il est l’incarnation de ce monde aventureux, immense, difficile et merveilleux ; il est la transcendance, il est Dieu.

-La subit. Dans les chansons, dans les contes, on voit le jeune il pourfend des dragons, il combat des géants ; elle est enferà un rocher, captive, endormie: elle attend. Un jour

-Non seulement elles en s-ouf. Fient comme d’une privation et d’une injustice, maxs le bérance de la vie est barrée, leur vigueur inemploy

–Il y a chez l’existant un désir inauthentique de démission et de fuite ; ce sont les délices de la passivité que parents et éducateurs, livres et mythes, femmes et hommes font miroiter aux yeux de la petite fille ; dans sa toute petite enfance, on lui apprend déjà à les goûter ; la tentation se fait de plus en plus insidieuse ; et elle y cède d’autant plus fatalement que l’élan de sa transcendance se heurte à de plus sévères résistances.

–La jeune fille est vouée à la “pureté”, à l’innocence précisément au moment où elle découvre en elle et autour d’elle les troubles mystères de la vie et du sexe. On la veut blanche comme l’hermine, transparente comme un cristal, on l’habille d’organdi vaporeux, on tapisse sa chambre avec des tentures couleur de dragée, on baisse la voix à son approche…

–C’est une terrible frustration que ne pas pouvoir inscrire les mouvements de son cœur sur la face de la terre.

–Explication du paradoxe de la jeune fille : Fière de capter l’intérêt masculin, de susciter l’admiration, ce qui la révolté, c’est d’être captée en retour. Avec la puberté, elle a appris la honte : et la honte demeure mêlée à sa coquetterie et à sa vanité, les regards des mâles la flattent et la blessent à la fois ; elle ne voudrait être vue que dans la mesure où elle se montre : les yeux sont toujours trop perçants.

-Imperailisme enfantin qui ne peut se réaliser que chez un individu qui rêve son destin. Le rêve abolit le temps et les obstacles, il a besoin de s’exasperer pour compenser son peu de réalité ; quiconque a de véritables projets connnait une finitude qui est le gage de son pouvoir concret.

Quote : Cet épanouissement suppose que – dans l’amour, la tendresse, la sensualité – la femme réussisse à surmonter sa passivité et à établir avec son partenaire un rapport de réciprocité. L’asymétrie de l’erotisme mâle et femelle crée des problèmes insolubles tant qu’il y a lutte des sexes ; ils peuvent aisément se trancher quand la femme sent cher l’homme à la fois désir et respect ; s’il la convoite dans sa chair tout en reconnaissant sa liberté, elle se retrouve l’essentiel au moment où elle se dit objet, elle demeure libre dans la soumission à laquelle elle consent. Alors, les amants peuvent connaître chacun à sa manière une jouissance commune ; le plaisir est éprouvé par chaque partenaire comme étant sien, tout en ayant sa source dans l’autre. Les mots recevoir et donner échangent leur sens, la joie est gratitude, le plaisir tendresse.

Magnifique p.187

Parce qu’elle ne fait rien, elle se recherche avidement dans ce qu’elle a

Mariage :de même qu’au au lit il la veut à la fois chaude et froide, il la réclame totalement donnée et cependant sans poids ; il lui demande de le fixer sur terre et de le laisser libre, d’assurer la répétition monotone des journées et de ne pas l’ennuyer, d’être toujours présent et jamais importuné ; il veut l’avoir tout à lui et ne pas lui appartenir ; vivre en couple et demeurer seul.

Inégalité : la dialectique du maître et de l’esclave trouve ici son application la plus concrète : en opprimant on devient opprimé. C’est par leur souveraineté même que les mâles sont enchaînés ; c’est parce qu’ils seuls de l’argent que l’épouse exige des chèques, parce que seuls ils exercent un métier qu’elle leur impose d’y réussir, parce que seuils ils incarnent la transcendance qu’elle veut la leur voler en faisant siens leurs projets leurs succès

La femme pèse si lourdement sur lnhomme parce qu’on lui interdit de reposer sur soi : il se délivrera en la délivrant, c’est à dire en lui donnant quelque chose à faire en ce monde.

Sur l’avortement : il faut ajouter que les hommes les plus respectueux de la vie embryonnaire sont aussi ceux qui se montrent les plus empressés quand il s’agit de condamner des adultes à une mort militaire

–Le mari, le fils, quand ils se lancent dans une entreprise, quand ils sont emportés par un événement, prennent leurs risques pour leur propre compte : leurs projets, les conseignes auxquelles ils obéissent leur tracent dans l’obscurité un sûr chemin ; mais la femme se débat dans une nuit confuse ; elle “s’en fait”, parce qu’elle ne fait rien ; en imagination, tous les possibles ont la même réalité : le train peut dérailler, l’opération peut rater, l’affaire peut échouer; ce qu’elle essaie vainement de conjurer dans ses longues ruminations moroses, c’est le spectre de sa propre impuissanc

Although I joy in thee…

Well, do not swear. Although I joy in thee,
I have no joy of this contract tonight.
It is too rash, too unadvised, too sudden,
Too like the lightning, which doth cease to be
Ere one can say “It lightens.” Sweet, good night.
This bud of love, by summer’s ripening breath,
May prove a beauteous flower when next we meet.
Good night, good night! As sweet repose and rest
Come to thy heart as that within my breast.

Romeo and Juliet

Dernière Lettre de Charles Bochard, résistant

Mon cher Robert,
Ce sera ma 1ère lettre de l’année 1944 et ce sera la dernière de ma vie. J’ai été condamné à mort avec 16 autres types par les Allemands le 20-1-44 et depuis ce jour-là j’attends d’être fusillé. Tu sais cher Robert j’ai du courage et ce n’est pas la mort qui me fait peine, c’est de penser à ma pauvre mère qui va avoir une grande peine car elle n’aura pas eu de chance dans sa vie, mon père et mes 2 frères tués par la guerre et moi qui vais les rejoindre, la malchance c’était abattue sur ma famille. Depuis le 20 je passe en revue ce que j’ai fait dans ma vie si courte vie. Je regrette une chose c’est de ne pas voir la fin de la guerre, toi et tous les copains la Josepha, Iutha , +Fortanet, Moggio, Parad , Gagnon , Kaky etc. À tous ceux du rugby et toutes les copines, Colette. Tu diras au Kaky qu’il dise à la Lulu que j’ai beaucoup pensé à elle dans mes derniers instants de ma vie. Si tu te maries un jour pense à moi ce jour-là et promets-moi ce que si un jour, j’ai une tombe de demander aux copains de m’offrir une belle couronne de roses blanches avec le ruban du R.C.F.C.


Remercie bien ta mère de ce qu’elle a fait pour moi et surtout sois gentil avec elle. Pour mes effets que j’avais dans ma chambre et mon vélo qu’on les envoie à ma mère ainsi que toutes mes photos. Adieu mon vieux Robert pense de temps en temps à celui qui as été ton copain et qui t’aimais comme un frère. Serre la main et embrasse tous ceux qui furent mes copains ainsi que les copines que j’ai connues avec toi. Adieu mon vieux et je te souhaite ainsi qu’à tous les copains une vie belle et heureuse et que notre sacrifice aura enfin servie à quelle chose de propre pour la France et surtout dis-toi bien que devant le peloton d’exécution je me tiendrai aussi bien que sur un terrain de rugby.


Ton copain et ton frère

Apologie de Raimond de Sebonde

La presomption est nostre maladie naturelle et originelle. La plus calamiteuse et fragile de toutes les creatures c’est l’homme, et quant et quant, la plus orgueilleuse. Elle se sent et se void logée icy parmy la bourbe et le fient du monde, attachée et cloüée à la pire, plus morte et croupie partie de l’univers, au dernier estage du logis, et le plus esloigné de la voute celeste, avec les animaux de la pire condition des trois : et se va plantant par imagination au dessus du cercle de la Lune, et ramenant le ciel soubs ses pieds. C’est par la vanité de ceste mesme imagination qu’il s’egale à Dieu, qu’il s’attribue les conditions divines, qu’il se trie soy-mesme et separe de la presse des autres creatures, taille les parts aux animaux ses confreres et compagnons, et leur distribue telle portion de facultez et de forces, que bon luy semble. Comment cognoist il par l’effort de son intelligence, les branles internes et secrets des animaux ? par quelle comparaison d’eux à nous conclud il la bestise qu’il leur attribue ?

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Mais pour revenir à mon propos, nous avons pour nostre part, l’inconstance, l’irresolution, l’incertitude, le deuil, la superstition, la solicitude des choses à venir, voire apres nostre vie, l’ambition, l’avarice, la jalousie, l’envie, les appetits desreglez, forcenez et indomptables, la guerre, la mensonge, la desloyauté, la detraction, et la curiosité. Certes nous avons estrangement surpayé ce beau discours, dequoy nous nous glorifions, et cette capacité de juger et cognoistre, si nous l’avons achetée au prix de ce nombre infiny des passions, ausquelles nous sommes incessamment en prinse. 

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La peste de l’homme, c’est la prétention de savoir.

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Lors que les vrais maux nous faillent, la science nous preste les siens : cette couleur et ce teint, vous presagent quelque defluxion caterreuse : cette saison chaude vous menasse d’une émotion fievreuse : cette coupeure de la ligne vitale de vostre main gauche, vous advertit de quelque notable et voisine indisposition : Et en fin elle s’en addresse tout detroussément à la santé mesme : Ceste allegresse et vigueur de jeunesse, ne peut arrester en une assiete, il luy faut desrober du sang et de la force, de peur qu’elle ne se tourne contre vous mesmes. Comparés la vie d’un homme asservy à telles imaginations, à celle d’un laboureur, se laissant aller apres son appetit naturel, mesurant les choses au seul sentiment present, sans science et sans prognostique, qui n’a du mal que lors qu’il l’a : où l’autre a souvent la pierre en l’ame avant qu’il l’ait aux reins : comme s’il n’estoit point assez à temps pour souffrir le mal lors qu’il y sera, il l’anticipe par fantasie, et luy court au devant.

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Contre les exercices d’Epicure et la prétention du philosophe à l’ataraxie :”La mémoire nous représente non pas ce que nous choisissons mais ce qui lui plaît. Voire, il n’est rien qui imprime si vivement quelque chose en notre souvenance que le désir de l’oublier !”

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ô outrecuidance, combien tu nous empêches !

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Les hommes ayant tout essayé, tout sondé, et n’ayant trouvé dans cet amas de science et cette provision de tant de choses diverses rien de solide et de ferme, et rien que vanité, ils ont renoncé à leur présomption et reconnu leur condition naturelle.

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Montaigne dresse un portrait de Pyrrhon qui laisse transparaître en filigrane son propre idéal de vie :

Qui fait que je ne puis pas bien assortir à ce discours, ce qu’on dit de Pyrrho. Ils le peignent stupide et immobile, prenant un train de vie farouche et inassociable, attendant le hurt des charrettes, se presentant aux precipices, refusant de s’accommoder aux loix. Cela est encherir sur sa discipline. Il n’a pas voulu se faire pierre ou souche : il a voulu se faire homme vivant, discourant, et raisonnant, jouyssant de tous plaisirs et commoditez naturelles, embesoignant et se servant de toutes ses pieces corporelles et spirituelles, en regle et droicture. Les privileges fantastiques, imaginaires, et faulx, que l’homme s’est usurpé, de regenter, d’ordonner, d’establir, il les a de bonne foy renoncez et quittez.

Si n’est-il point de secte, qui ne soit contrainte de permettre à son sage de suivre assez de choses non comprinses, ny perceuës ny consenties, s’il veut vivre. Et quand il monte en mer, il suit ce dessein, ignorant s’il luy sera utile : et se plie, à ce que le vaisseau est bon, le pilote experimenté, la saison commode : circonstances probables seulement. Apres lesquelles il est tenu d’aller, et se laisser remuer aux apparances, pourveu qu’elles n’ayent point d’expresse contrarieté. Il a un corps, il a une ame : les sens le poussent, l’esprit l’agite. Encore qu’il ne treuve point en soy cette propre et singuliere marque de juger, et qu’il s’apperçoive, qu’il ne doit engager son consentement, attendu qu’il peut estre quelque faulx pareil à ce vray : il ne laisse de conduire les offices de sa vie pleinement et commodement. Combien y a il d’arts, qui font profession de consister en la conjecture, plus qu’en la science ? qui ne decident pas du vray et du faulx, et suivent seulement ce qu’il semble ? Il y a, disent-ils, et vray et faulx, et y a en nous dequoy le chercher, mais non pas dequoy l’arrester à la touche. Nous en valons bien mieux, de nous laisser manier sans inquisition, à l’ordre du monde. Une ame garantie de prejugé, a un merveilleux avancement vers la tranquillité. Gents qui jugent et contrerollent leurs juges, ne s’y soubsmettent jamais deuëment. Combien et aux loix de la religion, et aux loix politiques se trouvent plus dociles et aisez à mener, les esprits simples et incurieux, que ces esprits surveillants et pedagogues des causes divines et humaines ?

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l n’est rien en l’humaine invention, où il y ait tant de verisimilitude et d’utilité. Cette-cy presente l’homme nud et vuide, recognoissant sa foiblesse naturelle, propre à recevoir d’en hault quelque force estrangere, desgarni d’humaine science, et d’autant plus apte à loger en soy la divine, aneantissant son jugement, pour faire plus de place à la foy : ny mescreant ny establissant aucun dogme contre les loix et observances communes, humble, obeïssant, disciplinable, studieux ; ennemy juré d’heresie, et s’exemptant par consequent des vaines et irreligieuses opinions introduites par les fauces sectes. C’est une carte blanche preparée à prendre du doigt de Dieu telles formes qu’il luy plaira d’y graver. Plus nous nous renvoyons et commettons à Dieu, et renonçons à nous, mieux nous en valons. Accepte, dit l’Ecclesiaste, en bonne part les choses au visage et au goust qu’elles se presentent à toy, du jour à la journée : le demeurant est hors de ta cognoissance.

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Pourquoi non seulement Aristote, mais la plupart des philosophes, ont-ils affecté la difficulté, si ce n’est pour faire valoir la vanité du sujet et amuser la curiosité de notre esprit en lui donnant de quoi se repaître à ronger cet os creux et décharné ? (…) La difficulté est une monnaie que les savants emploient, comme les joueurs de passe-passe, pour ne découvrir point la vanité de leur art, et dont l’humaine bêtise se paye aisément.

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A propos de la diversité des opinions des philosophes sur les dieux : fiez-vous donc à votre philosophie, allez vous vanter d’avoir trouvé la fève dans le gateau quand vous voyez ce tintamarre de tant de cervelles philosophiques !

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L’hommme est bien insensé : il ne saurait forger un ciron, et il forge des dieux par douzaines ! (…) La construction et la déconstruction de Dieu, les conditions de la divinité, se forgent par l’homme par référence à lui-même. Quel patron et quel modèle ! Etirons, élevons, et grossissons les qualités humaines tant qu’il nous plaira. Enfle-toi pauvre homme, et encore, et encore, et encore, tu n’y seras point.

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Il nous faut noter, qu’à chasque chose, il n’est rien plus cher, et plus estimable que son estre (Le Lyon, l’aigle, le daulphin, ne prisent rien au dessus de leur espece) et que chacune rapporte les qualitez de toutes autres choses à ses propres qualitez : Lesquelles nous pouvons bien estendre et racourcir, mais c’est tout ; car hors de ce rapport, et de ce principe, nostre imagination ne peut aller, ne peut rien diviner autre, et est impossible qu’elle sorte de là, et qu’elle passe au delà. 

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Grand coup d’épée contre Aristote : “le dieu de la science scolastique, c’est Aristote : c’est péché que de débattre de ses ordonnances, comme ce l’était de celles de Lycurgue à Sparte ! Sa doctrine nous sert de loi magistrale, qui d’aventure est aussi fausse qu’une autre.

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Il se void infinis pareils exemples, non d’argumens faux seulement, mais ineptes, ne se tenans point, et accusans leurs autheurs non tant d’ignorance que d’imprudence, lés reproches que les philosophes se font les uns aux autres sur les dissentions de leurs opinions, et de leurs sectes. Qui fagoteroit suffisamment un amas des asneries de l’humaine sapience, il diroit merveilles.

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Sur la multitude des jugements : “je dis de même de la philosophie : elle a tant de visages et de varieté, et a tant dict, que tous nos songes et resveries s’y trouvent. L’humaine phantasie ne peut rien concevoir en bien et en mal qui n’y soit. Et j’en laisse plus librement aller mes caprices en public : d’autant que bien qu’ils soyent nez chez moy, et sans patron, je sçay qu’ils trouveront leur relation à quelque humeur ancienne, et ne faudra quelqu’un de dire : Voyla d’où il le print.

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Un soing extreme tient l’homme d’alonger son estre ; il y a pourveu par toutes ses pieces. Et pour la conservation du corps, sont les sepultures : pour la conservation du nom, la gloire.

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Maladie de l’homme curieux : “on le bride et on le garrrotte de religions, de lois, de coutumes, de science, de préceptes, de peines, et de récompenses mortelles et immortelles : encore voit-on que, par sa volatilité et sa débauche, il échappe à tous ces liens. C’est un corps inconsistant, qui n’a par où être saisi et assené, un corps divers et difforme, sur lequel on ne peut assurer ni noeud ni prise. Assurément, il est peu d’âmes assez réflées, assez fortes et assez bien nées auxquelles on puisse se fier pour leur propre conduite et qui puissent, avec modération et sans témérité, voguer dans la liberté de leurs jugements au-delà des opinions communes.”

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Sur la volatilité de nos jugements : Si je me suis trouvé souvent trahy sous cette couleur, si ma touche se trouve ordinairement fauce, et ma balance inegale et injuste, quelle asseurance en puis-je prendre à cette fois plus qu’aux autres ? N’est-ce pas sottise de me laisser tant de fois piper à un guide ? Toutesfois, que la fortune nous remue cinq cens fois de place, qu’elle ne face que vuyder et remplir sans cesse, comme dans un vaisseau, dans nostre croyance autres et autres opinions, tousjours la presente et la derniere c’est la certaine et l’infallible. Pour cette cy il faut abandonner les biens, l’honneur, la vie et le salut.

J’ay le pied si instable et si mal assis, je le trouve si aysé à croler et si prest au branle, et ma veue si desreglée, que à jun je me sens autre qu’apres le repas ; si ma santé me rid et la clarté d’un beau jour, me voylà honneste homme ; si j’ay un cor qui me presse l’orteil, me voylà renfroigné, mal plaisant et inaccessible. Un mesme pas de cheval me semble tantost rude, tantost aysé, et mesme chemin à cette heure plus court, une autre-fois plus long, et une mesme forme ores plus, ores moins agreable. Maintenant je suis à tout faire, maintenant à rien faire ; ce qui m’est plaisir à cette heure, me sera quelque fois peine. Il se faict mille agitations indiscretes et casuelles chez moy. Ou l’humeur melancholique me tient, ou la cholerique ; et de son authorité privée, à cet’heure le chagrin predomine en moy, à cet’heure l’alegresse. Quand je prens des livres, j’auray apperceu en tel passage des graces excellentes et qui auront feru mon ame ; qu’un’autre fois j’y retombe, j’ay beau le tourner et virer, j’ay beau le plier et le manier, c’est une masse inconnue et informe pour moy. En mes escris mesmes je ne retrouve pas tousjours l’air de ma premiere imagination : je ne sçay ce que j’ay voulu dire, et m’eschaude souvent à corriger et y mettre un nouveau sens, pour avoir perdu le premier, qui valloit mieux. Je ne fay qu’aller et venir : mon jugement ne tire pas tousjours en avant ; il flotte, il vague.

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Quelle vérité est-ce que les montagnes bornent, et qui est mensonge pour le monde qui se tient au-delà? Rappelle le “Plaisante justice qu’ une rivière borne. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà.” de Pascal

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Sur le langage obscur des philosophes: Que l’autheur puisse gaigner cela d’attirer et enbesoigner à soy la posterité (ce que non seulement la suffisance, mais autant ou plus la faveur fortuite de la matiere peut gaigner) ; qu’au demeurant il se presente, par bestise ou par finesse, un peu obscurement et diversement : il ne lui chaille ! Nombre d’esprits, le belutants et secouants, en exprimeront quantité de formes, ou selon, ou à costé, ou au contraire de la sienne, qui lui feront toutes honneur. Il se verra enrichi des moyens de ses disciples, comme les regens du Lendit.

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sur la multitude des commentateurs : Voyez demener et agiter Platon. Chacun, s’honorant de l’appliquer à soi, le couche du costé qu’il le veut. On le promeine et l’insere à toutes les nouvelles opinions que le monde reçoit ; et le differente l’on a soy-mesmes selon le different cours des choses

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Notre raison est bien plus soumise à nos sens que veulent le croire les Epicuriens : A un homme ennuyé et affligé la clarté du jour semble obscurcie et tenebreuse. Nos sens sont non seulement alterez, mais souvent hebetez du tout par les passions de l’ame. Combien de choses voyons nous, que nous n’appercevons pas si nous avons nostre esprit empesché ailleurs ?

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Mais nostre veiller n’est jamais si esveillé qu’il purge et dissipe bien à point les resveries, qui sont les songes des veillans, et pires que songes. Nostre raison et nostre ame, recevant les fantasies et opinions qui luy naissent en dormant, et authorisant les actions de nos songes de pareille approbation qu’elle faict celles du jour, pourquoy ne mettons nous en doubte si nostre penser, nostre agir, n’est pas un autre songer, et nostre veiller quelque espece de dormir ? Si les sens sont noz premiers juges, ce ne sont pas les nostres qu’il faut seuls appeller au conseil, car en cette faculté les animaux ont autant ou plus de droit que nous.

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L’humeur que succe la racine d’un arbre, elle se fait tronc, feuille et fruit ; et l’air n’estant qu’un, il se faict, par l’appliquation à une trompette, divers en mille sortes de sons : sont-ce, dis-je, nos sens qui façonnent de mesme de diverses qualitez ces sujects, ou s’ils les ont telles ? Et sur ce doubte, que pouvons nous resoudre de leur veritable essence ? D’avantage, puis que les accidens des maladies, de la resverie ou du sommeil, nous font paroistre les choses autres qu’elles ne paroissent aux sains, aux sages et à ceux qui veillent, n’est-il pas vraysemblable que nostre assiette droicte et nos humeurs naturelles ont aussi dequoy donner un estre aux choses, se rapportant à leur condition, et les accommoder à soy, comme font les humeurs desreglées ? et nostre santé aussi capable de leur fournir son visage, comme la maladie ? Pourquoy n’a le temperé quelque forme des objects relative à soy, comme l’intempéré, et ne leur imprimera-il pareillement son charactere ? Le desgouté charge la fadeur au vin ; le sain, la saveur ; l’alteré, la friandise. Or, nostre estat accommodant les choses à soy et les transformant selon soy, nous ne sçavons plus quelles sont les choses en verité : car rien ne vient à nous que falsifié et alteré par nos sens. Où le compas, l’esquarre et la regle sont gauches, toutes les proportions qui s’en tirent, tous les bastimens qui se dressent à leur mesure, sont aussi necessairement manques et defaillans. L’incertitude de nos sens rend incertain tout ce qu’ils produisent

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Comment résoudre la multitude d’interprétations ? “Il nous faudrait quelqu’un qui fût exempt de ces qualités, afin que, sans préjugé, il jugeât de ces propositions comme de choses qui lui fussent indifférentes : et, à ce compte, il nous faudrait un juge qui ne fût pas !

Portrait de la jeunesse – Aristote

Trad. Dufour, Belles Lettres. II, 12

Les jeunes gens sont par caractère enclins aux désirs et portés à faire ce qu’ils désirent. Entre les désirs corporels sont surtout asservis à ceux de l’amour, et impuissants à les maîtriser. Ils sont changeants et prompts au dégoût relativement à leurs désirs, et autant ces désirs sont véhéments, autant ils sont de courte durée ; car leurs volitions sont vives, mais sans force comme la soif et la faim des malades. Ils sont bouillants, emportés, enclins à suivre leur impulsion. Ils sont dominés par leur ardeur ; leur ambition ne leur permet pas de supporter le dédain, et ils s’indignent s’ils croient subir une injustice. Ils aiment les honneurs, mais plus encore la victoire ; car la jeunesse désire la supériorité, et la victoire est une supériorité. Ils ont ces deux ambitions plutôt que l’amour de l’argent ; ils aiment fort peu l’argent, parce qu’ils n’ont pas encore éprouvé le besoin. Ils n’ont pas mauvais mais bon caractère, parce qu’ils n’ont pas encore observé beaucoup de traits de perversité. Ils sont confiants, parce qu’ils n’ont pas encore été beaucoup trompés ; comme les gens pris de vin, ils ont une chaleur qui leur vient de la nature ; c’est en même temps qu’ils n’ont pas subi beaucoup d’échecs. καὶ εὐέλπιδες: ὥσπερ γὰρ οἱ οἰνωμένοι, οὕτω διάθερμοί εἰσιν οἱ νέοι ὑπὸ τῆς φύσεως ἅμα δὲ καὶ διὰ τὸ μὴ πολλὰ ἀποτετυχηκέναι.

La majeure part de leur vie est remplie par l’espérance ; car l’espérance embrasse l’avenir, tandis que le souvenir s’applique au passé, et pour les jeunes gens l’avenir est long, le passé court ; en effet, au matin de la vie, l’on n’a rien à se rappeler, tout à espérer. Ils sont faciles à tromper, pour la raison que nous venons de dire ; car ils espèrent facilement. Ils sont plus courageux que les autres âges ; car ils sont emportés et ont l’espoir facile : l’emportement leur ôte la crainte ; l’espoir leur donne la confiance ; car personne ne craint dans la colère, et espérer quelque bien inspire la confiance. Ils sont honteux ; car ils ne conçoivent pas encore qu’il y ait d’autres choses belles, n’ayant eu pour éducatrice que la convention sociale. Ils sont magnanimes ; ils n’ont pas encore été humiliés par la vie ; ils n’ont pas l’expérience des nécessités inéluctables, et se croire digne de grandes choses est magnanimité ; or celle-ci appartient au caractère de ce qui est plein d’espoir. Pour l’action, ils préfèrent le beau à l’intérêt ; la règle leur vie est le caractère plus que le calcul ; or le calcul a pour champ l’intérêt ; la vertu, le beau. Plus que les autres âges, ils aiment leurs amis et leurs compagnns, parce qu’ils se plaisent à la vie de société, et ne jugent rien encore selon leur intérêt, par conséquent leurs amis non plus.

Ils pèchent toujours par exagération et trop de véhémence, contrairement au principe de Chilon, car ils font tout avec excès : ils aiment à l’excès, ils haïssent à l’excès, et ainsi du reste. Ils croient tout savoir et affirment avec obstination : c’est la cause de leur excès en tout. Ils commettent leurs méfaits par démesure, non par méchanceté.

Ils sont ouverts à la pitié, parce qu’ils s’imaginent que tous les hommes sont honnêtes et meilleurs qu’en réalité ; ils appliquent à tous les hommes la mesure de leur propre innocence ; ils s’imaginent donc que les souffrances d’autrui sont imméritées. Ils aiment le rire et par conséquent la plaisanterie ; φιλογέλωτες, διὸ καὶ φιλευτράπελοι la plaisanterie est en effet, une démesure tempérer par la bonne éducation.