Romain Gary

L’homme sans mythologie de l’homme, c’est de la barbaque. Tu ne peux pas démythifier l’homme sans arriver au néant, et le néant est toujours fasciste, parce que, étant donné le néant, il n’y a plus aucune raison de se gêner. Les civilisations ont toujours été une tentative poétique, que se soit religion ou fraternité, pour inventer un mythe de l’homme, une mythologie des valeurs, et pour essayer de vivre ce mythe ou du moins s’en approcher, le mimer de sa vie même, l’incarner dans le cadre d’une société. Dès que cette part d’irrationnel et de poésie est bannie, tu n’as plus que de la démographie, du numéraire, rigidité cadavérique et cadavre tout court. Il n’y a plus que l’homme économique. Quand une femme invente un homme avec amour, quand les hommes inventent l’humanité avec amour, cela fait aussi bien un couple qu’une civilisation. Mais les sociétés bourgeoises et les pseudos communistes ont déshonoré l’imaginaire par le mensonge. Dans nos rapports avec les valeurs, les sociétés bourgeoises et petites marxistes ont tué la part Rimbaud, la part de beauté et d’imaginaire par l’usage constant qu’elles ont fait du mensonge. Et quand on a voulu balayer le mensonge dans les sociétés bourgeoises on est allé jusqu’au bout, et on a balayé la part d’imaginaire, la part de poésie, sans laquelle il n’y a ni civilisation, ni homme, ni amour.

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