Poème Rilke

Toi, terre de plus en plus sombre, patiemment tu portes les murs.
Et peut être permettras-tu une heure encore aux villes de durer
accorderas-tu deux heures encore aux églises et aux cloîtres solitaires
laisseras-tu cinq heures encore de tourments à tous les rachetés
verras-tu sept heures encore le labeur journalier du paysan.

Avant que tu ne redeviennes forêt et eaux et friche envahissante
à cette heure d’angoisse inimaginable
où tu exigeras de toutes choses
qu’elles te rendent ton image inachevée.

Donne-moi encore un peu de temps : je veux aimer les choses comme personne,
jusqu’à ce que toutes soient dignes de toi et grandes.
Je ne veux que sept jours, sept
encore vierges de toute écriture,
sept pages de solitude.
Cela à qui tu donneras le livre qui les rassemblera
restera longtemps penché sur ces feuilles.
A moins qu’entre tes mains tu ne le prennes
pour écrire toi-même.

Le livre de la vie monastique

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