Textes

Un jour, Un jour

Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Terre des hommes

La grandeur d’un métier est peut être, avant tout, d’unir des hommes : il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines. En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre.

En parlant de son camarade Guillaumet, ayant survécu en haute montagne par amour des siens :

Il fait partie des etres larges qui acceptent de couvrir de larges horizons de leur feuillage. Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.

On veut confondre de tels hommes avec les toréadors ou les joueurs. Mais je me moque bien du mépris de la mort. S’il ne tire pas ses racines d’une responsabilité acceptée, il n’est que signe de pauvreté ou d’excès de jeunesse.

Je me rappelais une vraie mort d’homme. Celle d’un jardinier, qui me disait : “vous savez… parfois je suais quand je bêchais. Mon rhumatisme me tirait la jambe, et je pestais contre cet esclavage. Eh bien, aujourd’hui, je voudrais bêcher, bêcher dans la terre. Bêcher ça me paraît tellement beau! On est tellement libre quand on bêche! Et puis, qui va tailler aussi mes arbres?” Il laissait une terre en friche. Il laissait une planète en friche. Il était lié d’amour à toutes les terres et à tous les arbres de la terre. C’était lui le généreux, le prodigue, le grand seigneur! C’était lui, comme Guillaumet, l’homme courageux, quand il luttait au nom de sa Création, contre la mort.

*

Les notions de séparation, d’absence, de distance, de retour, si les mots sont demeurés les mêmes, ne contiennent plus les mêmes réalités. Pour saisir le monde d’aujourd’hui, nous usons d’un langage qui fut établi pour le monde d’hier. Et la vie du passé nous semble mieux répondre à notre nature, pour la seule raison qu’elle répond mieux à notre langage

*

Liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction

*

La vérité, ce n’est point ce qui se démontre. Si dans ce terrain, et non dans un autre, les orangers développent de solides racines et se chargent de fruits, ce terrain-là c’est la vérité des orangers. Si cette religion, si cette culture, si cette échelle des valeurs, si cette forme d’activité et non telles autres, favorisent dans l’homme cette plénitude, délivrent en lui un grand seigneur qui s’ignorait, c’est que cette échelle des valeurs, cette culture, cette forme d’activité, sont la vérité de l’homme. La logique ? Qu’elle se débrouille pour rendre compte de la vie.

*

Que trouverais-tu ici, sergent, qui t’apportât le sentiment de ne plus trahir ta destinée ? Peut-être ce bras fraternel qui souleva ta tête endormie, peut-être ce sourire tendre qui ne plaignait pas, mais partageait ? « Eh ! camarade… » Plaindre, c’est encore être deux. C’est encore être divisé. Mais il existe une altitude des relations où la reconnaissance comme la pitié perdent leur sens. C’est là que l’on respire comme un prisonnier délivré.

`*

Le bagne ne réside point là où les coups de pioche sont donnés. Le bagne réside là où des coups de pioche sont donnés qui ne relient pas celui qui les donne à la communauté des hommes. Et nous voulons nous évader du bagne.

*

Il est deux cents millions d’hommes, en Europe, qui n’ont point de sens et voudraient naître. L’industrie les a arrachés au langage des lignées paysannes et les a enfermés dans ces ghettos
énormes qui ressemblent à des gares de triage encombrées de rames de wagons noirs. Du fond des cités ouvrières, ils voudraient être réveillés. Il en est d’autres, pris dans l’engrenage de tous les métiers, auxquels sont interdites les joies du pionnier, les joies religieuses, les joies du savant. On a cru que pour les grandir il suffisait de les vêtir, de les nourrir, de répondre à tous leurs besoins. Et l’on a peu à peu fondé en eux le petit bourgeois de Courteline, le politicien de village, le technicien fermé à la vie intérieure. Si on les instruit bien, on ne les cultive plus. Il se forme une piètre opinion sur la culture, celui qui croit qu’elle repose sur la mémoire de formules. Un mauvais élève du cours de Spéciales en sait plus long sur la nature et sur les lois que Descartes et Pascal. Est-il capable des mêmes démarches de l’esprit ?

Tous, plus ou moins confusément, éprouvent le besoin de naître. Mais il est des solutions qui trompent. Certes on peut animer les hommes, en les habillant d’uniformes. Alors ils chanteront leurs cantiques de guerre et rompront leur pain entre camarades. Ils auront retrouvé ce qu’ils cherchent, le goût de l’universel. Mais du pain qui leur est offert, ils vont mourir.

*

Car celui-là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles, s’il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu’un serviteur. Il est une sentinelle. Et chaque sentinelle est responsable de tout l’Empire.

*

Je ne comprends plus ces populations des trains de banlieue, ces hommes qui se croient des hommes, et qui cependant sont réduits, par une pression qu’ils ne sentent pas, comme les
fourmis, à l’usage qui en est fait. De quoi remplissent-ils, quand ils sont libres, leurs absurdes petits dimanches ?

Notes sur la mélodie des choses

Que tu sois environné par le chant d’une lampe ou la voix de la tempête, par le souffle du soir ou le gémissement de la mer, toujours veille derrière toi une vaste mélodie, tissée de mille voix, où de temps à autre seulement ton solo trouve place. Savoir quand tu dois intervenir dans le choeur, c’est le secret de ta solitude : de même que c’est l’art de la relation véritable : se laisser tomber de la hauteur des mots dans l’unique et commune mélodie.

Extrait du Roman Inachevé

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
D’où sort cette chanson lointaine
D’une péniche mal ancrée
Ou du métro Samaritaine 

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Sans chien sans canne sans pancarte
Pitié pour les désespérés
Devant qui la foule s’écarte

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
L’ancienne image de moi-même
Qui n’avait d’yeux que pour pleurer
De bouche que pour le blasphème

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Cette pitoyable apparence
Ce mendiant accaparé
Du seul souci de sa souffrance

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Fumée aujourd’hui comme alors
Celui que je fus à l’orée
Celui que je fus à l’aurore

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Semblance d’avant que je naisse
Cet enfant toujours effaré
Le fantôme de ma jeunesse

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Vingt ans l’empire des mensonges
L’espace d’un miséréré
Ce gamin qui n’était que songes

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Ce jeune homme et ses bras déserts
Ses lèvres de vent dévorées
Disant les airs qui le grisèrent

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Baladin du ciel et du coeur
Son front pur et ses goûts outrés
Dans le cri noir des remorqueurs

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Le joueur qui brûla son âme
Comme une colombe égarée
Entre les tours de Notre-Dame

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Ce spectre de moi qui commence
La ville à l’aval est dorée
A l’amont se meurt la romance

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Ce pauvre petit mon pareil
Il m’a sur la Seine montré
Au loin les taches de soleil

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Mon autre au loin ma mascarade
Et dans le jour décoloré
Il m’a dit tout bas Camarade

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Mon double ignorant et crédule
Et je suis longtemps demeuré
Dans ma propre ombre qui recule

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Assis à l’usure des pierres
Le refrain que j’ai murmuré
Le reve qui fut ma lumière

Aveugle aveugle rencontré
Passant avec tes regards veufs
Ô mon passé désemparé
Sur le Pont Neuf

I wandered lonely as a cloud
That floats on high o’er vales and hills,
When all at once I saw a crowd,
A host, of golden daffodils;
Beside the lake, beneath the trees,
Fluttering and dancing in the breeze.

Continuous as the stars that shine
And twinkle on the milky way,
They stretched in never-ending line
Along the margin of a bay:
Ten thousand saw I at a glance,
Tossing their heads in sprightly dance.

The waves beside them danced; but they
Out-did the sparkling waves in glee:
A poet could not but be gay,
In such a jocund company:
I gazed—and gazed—but little thought
What wealth the show to me had brought:

For oft, when on my couch I lie

In vacant or in pensive mood,
They flash upon that inward eye
Which is the bliss of solitude;
And then my heart with pleasure fills,
And dances with the daffodils.

La soif et la source

L’amour de toi qui te ressemble
C’est l’enfer et le ciel mêlés
Le feu léger comme les cendres
Éteint aussitôt que volé

L’amour de toi biche à la course
C’est l’eau qui fuit entre les doigts
La soif à la fois et la source
La source et la soif à la fois

L’amour de toi qui me divise
Comme un sable à dire le temps
C’est pourtant l’unité divine
Qui fit un seul jour de trente ans

L’amour de toi c’est la fontaine
Et la bague qui brille au fond
Et c’est dans la forêt châtaine
L’écureuil roux qui tourne en rond

Mourir à douleur et renaître
Te perdre à peine retrouvée
Craindre dormir crainte peut-être
De n’avoir fait que te rêver

Déchiré d’être pour un geste
Un mot d’ailleurs indifférent
Un air distrait La main qui jette
Un journal ou qui le reprend

Tout est toujours mis à l’épreuve
Rien ne sert ni la passion
Et toujours une angoisse neuve
Nous pose une autre question

Cet abîme est comme un azur
Immensément démesuré
Aime-t-il celui qui mesure
L’amour de ses bras à son pré

Je n’ai pas le droit d’une absence
Je n’ai pas le droit d’être las
Je suis ton trône et ta puissance
L’amour de toi c’est d’être là

L’amour de toi veut que j’attende
Comme un drap propre sur le lit
Qui sent le frais et la lavande
Où ton chiffre brodé se lit

Que suis-je de plus que ton chiffre
Un signe entre autres de ta vie
Le verre bu qui demeure ivre
À son bord des lèvres qu’il vit

Air du temps

Nuage
Un cheval blanc s’élève
et c’est l’auberge à l’aube où s’éveillera le premier venu
Vas-tu traîner toute ta vie au milieu du monde
à demi mort
à demi endormi
Est-ce que tu n’es pas fatigué des lieux communs
Les gens te regardent sans rire
Ils ont des yeux de verre
Tu passes Tu perds ton temps. Tu passes
Tu comptes jusqu’à cent et tu triches pour tuer dix secondes encore
Tu étends le bras longuement pour vieillir
N’aie pas peur
Un jour ou l’autre
il n’y aura plus qu’un jour et puis un jour
et puis ça y est
plus besoin de voir les hommes
Ni ces bêtes à Bon Dieu qu’ils caressent de temps en temps
Plus besoin de parler tout seul la nuit pour ne pas entendre
les plaintes de la cheminée
Plus besoin de soulever mes paupières
ni de lancer mon sang comme un disque
ni de respirer malgré moi
Pourtant je ne désire pas mourir
Le grelot de mon cœur chante à voix basse un espoir très ancien
Cette musique Je sais bien Mais les paroles
Que disaient au juste les paroles

Imbécile

Sous ce tiède restant

Sous ce tiède restant
de soleil,
par ce beau temps
doux de septembre
parfumé, clair et doré comme une abeille,
je songe à celle
qu’était, dans le verger, à petits pas pressés,
dix ans passés,
la petite vieille.

Et je voudrais, comme l’autre année,
entrer là-bas secouer les poires,
dans son verger abandonné,
et la croire,
son mouchoir noué autour des tempes,
son visage,
ridé, tendu, tout à sa tâche de septembre,
là, sous les poiriers,
à emplir son tablier,
ou à étendre
de toute sa vieille petite âme villageoise,
des linges frais lavés sur les haies de framboises.

Je sais qu’elle est, par ces derniers beaux temps,
une âme, là-bas, dans les jardins,
à mi-chemin
de la côte et qu’elle m’attend.
Puisqu’il y a toujours des histoires à dire
sur des bancs
des histoires anciennes de son jeune temps,
sous le vieux ciel doux de Septtembre,
et des poires à cueillir
dans les jardins de ses enfants
des poires qui sentent comme son armoire, il y a
dix ans,
le miel et l’ambre.

Peut être que là bas,
personne ne sent
que tout cela c’est son âme qui bat
doucement.
Il n’y a que moi.
Personne ne saurait
ouvrir la barrière
entrer,
sans troubler la prière
de l’enclos silencieux et du verger désert
où son âme se plaît.

Personne au village
ne sait, personne.

Et c’est moi, tous les ans, qui fais ce pélerinage
avant que le grand vent fou d’automne
de ses grandes mains brutales et folles
secoue, en hurlant, les vergers,
casse les branches et fasse sauter
les poires oubliées
et souffle – comme un soir, il a dix années.
et comme chaque année,
après mon départ,
souffle, en hurlant la chandelle
et l’âme de la petite vieille,
un soir,
par les vallons et par le ciel.

Stéréoscope

Je ne veux pas les voir. Emporte ces clichés
où tient, dis-tu, notre voyage et son histoire.
Mes souvenirs sont bien plus beaux dans ma mémoire.
Tu les éloignerais, voulant les rapprocher.
Emporte ces clichés où tout meurt et s’étrique,
où le passé charmant apparaît dépouillé
de sa couleur, de son parfum, de sa musique
tandis qu’un détail bête y revit tout entier
avec une importance irritante et cruelle.
Ma mémoire est plus fidèle
qui sait si bien oublier.
Elle a sans doute un peu brouillé
les lignes, défait les contours,
estompé les décors qui restent imprécis…
Mais au souvenir réussi
elle a laisse son goût d’amour.
Elle conserve mes bonheurs
et me les tend au moindre appel,
avec leur douceur, leur saveur,
avec la hauteur de leur ciel.

Je n’ai qu’à les lui demander,
les heures que je veux revivre.
Elle a tout gardé, tout gardé :
l’âpre odeur qui nous laissait ivres,
de ce bois de pins sur la mer;
le goût de vent et de grand air

qu’avaient nos baisers sur les dunes;
le village, le carrefour
des chemins où l’on s’est un jour

tant disputé, notre rancune,

notre interminable retour,

et comme je te querellais

d’être si froide et si brutale,

tout ce temps que tu mis exprès

a choisir des cartes postales…

et puis les pleurs et le pardon…

et l’église, et notre maison,

et nos courses à bicyclette,
quand nous fleurissions nos guidons
de chevrefeuille… et tout, nos fêtes,
nos chansons, nos larmes, nos cris,
notre nature, nos jours gris
et nos belles journées parfaites,
elle me les rend palpitants
avec l’air qui les enveloppe…

Penses tu qu’il en tienne autant
au fond de ton stéréoscope!

Tu ne trouves donc pas que c’est triste à mourir
ce blanc, ce noir, ces traits précis et décevants,
cercueils exacts où le passé fut vivant,

mais tenu si serré qu’on ne peut l’en sortir!

Tu montreras à nos amis ces sarcophages
où des moments de nous sont ainsi prisonniers.

Ils s’émerveilleront : “C’était grand, votre plage!
C’était beau, ce pays! Quels arbres vous aviez!
Vraiment vous viviez seuls dans ce petit village?”
Puis ils riront d’un geste un peu gauche que j’eus…
Amuse-toi. Fais-leur vivre notre voyage.

Mais moi, ces chers endroits, ces murs qui m’ont tant plu,
ces cadres où tu mis tes différents visages,
ne me les montre pas: je ne les verrai plus.
J’ai des images merveilleuses dans ma tête,
et tous ces documents ne m’en laisseraient rien…
Le Souvenir est un poète.
N’en fais pas un historien.

Frère Roger (Taizé)

Posé la plume pour accueillir un jeune syndicaliste dans la métallurgie. Deux mots ressortent avec force de notre entretien : lutte et contemplation. L’exigence de l’engagement politique des chrétiens se vit entre ces deux pôles. Avec la fougue qui le consume, il me parle de tous les pouvoirs oppressifs, non seulement ceux des puissances économiques, mais aussi parfois ceux qu’exercent les institutions syndicales installées. Il est convaincu que les milieux humains les plus opprimés appellent, en leur sein, des contemplatifs, capables de vivre avant tout l’amour du Christ.

*

Sans arrière-pensée, sans regret, sans nostalgie, cueillir les événements, même minimes, avec un émerveillement non épuisable. 

Va chemine, mets un pas devant l’autre, avance du doute vers la foi et ne te préoccupe pas des impossibilités. Allume un feu, même avec les épines qui te déchirent.

*

C’est à travers un don global de lui-même que l’homme se construit. S’il risque toute sa vie, en lui se prépare ce qu’il n’osait pas espérer.  Les situations d’impasse , de découragement, de lutte, loin de le démolir, le charpentent. Les chemins d’obscurité sont traversés par étapes successives : la solitude des longues nuits à peine éclairées, avec des soifs humaines non étanchées…. les amertumes, cette gangrène de l’être… les tempêtes… les peurs qui guettent au tournant de l’existence.

Le terrain est-il recouvert de ronces, de broussailles et d’épines? Avec les épines, le Christ allume un feu.  Demeure-t-il des racines d’amertume, des impossibilités d’aimer? 

Elles alimentent ce feu. Les faiblesses deviennent un creuset où céder et recréer encore le oui jour après jour. Le plus menaçant en l’homme se transforme en levier pour soulever sa lourdeur. 

(Grand mère souligne : Le moment vient où ce qui n’était même plus attendu est donné. Alors surgit l’inespéré.  En nous un reflet du Christ. Les autres voient ce rayonnement alors même que nous l’ignorons. Rien ne sert de savoir quel reflet nous apportons, il y en a tellement sur la terre qui rayonnent Dieu sans ke savoir et même peut être sans oser y croire.

Pour qui prend le risque de toute sa vie, il n’y a pas de chemin sans issue.