L’amour, ô doux enfants, n’est pas rien que l’Amour.
On l’adore partout sous mille noms divers.
Il est la Mort, il est la Force impérissable,
Et la Démence, et le Désir inguérissable.
Il est la Plainte. Il est activité et calme,
Et violence… Et en tout lieu, dans l’univers,
L’âme vivante et respirante le reçoit
Et se soumet, aussi bien le poisson qui erre
Dans l’océan, que le quadrupède sur terre
(…) Pour l’homme, pour les dieux immortels il est Loi.
Quel lutteur devant lui n’a mordu la poussière
Fût-il divin ? S’il est permis, comme il se doit,
De dire ce qui est, il dompte Zeus lui-même,
Sans se servir du Glaive.
*
L’amour, tendres amis, est pareil au glaçon
Que parfois, dans la cour, ébloui, un garçon,
Ramasse émerveillé en une aube d’hiver
Et sa paume et brûlée à ce miracle clair.
Mais le fragile objet s’écroule et devient larmes.
Ainsi de nos amours, de leurs maux, de leurs charmes
Il ne reste bientôt du beau trésor perdu,
Qu’absence, et que brûlure, et deuil du bien perdu
–Sophocle, Les Amants d’Achille
–Sophocle, fragments