Montaigne – Livre I

Je n’ai point cette erreur commune de juger d’un autre selon ce que je suis. Je crois aisément qu’il diffère de moi. Pour me sentir engagé à une forme, je n’y oblige pas le monde, comme chacun fait, et je crois et je conçois mille façons de vie contraires et au rebours du commun. Chez nous, je reçois d’autant plus facilement la différence que la ressemblance. Je décharge autant qu’on veut un autre être de mes conditions et de mes principes et je le considère simplement en lui-même, en l’étoffant sur son propre modèle.

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Et je hais nos gens qui supportent plus malaisément une robe qu’une âme de travers, et qui jugent à quel homme ils ont affaire à sa façon de faire révérence, à son maintien et à ses bottes.

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Toutes les passions qui se laissent goûter et digérer ne sont que médiocres.

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Nous voyons que l’âme dans ses passions se pipe elle-même en se dressant des sujets faux et fantastiques, même contre sa propre créance, plutôt que de rester sans agir contre quelque chose.

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Nous ne dirons jamais assez d’injures au dérèglement de notre esprit.

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En commentant la fameuse anecdote de Solon sur le bonheur, Montaigne écrit :

Je trouve vraisemblable qu’il ait regardé plus avant et voulu dire que ce même bon heur de notre vie qui dépend de la tranquillité et du contentement d’un esprit bien né et de la résolution et de l’assurance d’une âme réglée, ne se doive jamais attribuer à l’homme qu’on ne lui ait vu jouer le dernier acte de sa comédie, et sans doute le plus difficile. Dans tout le reste il peut y avoir du masque : ou ces beaux discours de la philosophie ne sont en nous que par contenance, ou les accidents, en ne nous essayant pas jusqu’au vif, nous donnent loisir de maintenir toujours notre visage rassis. Mais dans ces dernières répliques échangées entre la mort et nous, il n’y a plus moyen de feindre, il faut parler français, il faut montrer ce qu’il y a de bon et de net dans le fond du pot. Voilà pourquoi c’est à ce dernier trait qu’il faut toucher et éprouver toutes les autres actions de notre vie. C’est le maître jour, c’est le jour juge de tous les autres, c’est le jour, dit un ancien qui doit juger de toutes mes années passées. Je remets à la mort l’essai du fruit de mes études. Nous verrons là si mes discours me partent de la bouche ou du coeur.

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A propos de la mort :

Il faut être toujours botté et prêt à partir autant qu’il est en nous, et surtout veiller à n’avoir alors affaire qu’à soi.

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Il ne faut rien projeter de si longue haleine, ou du moins avec une telle ardeur qu’on se passionne d’en voir la fin. Je veux qu’on agisse et qu’on allonge les actions de la vie autant qu’on peut et que la mort me trouve plantant mes choux mais insoucieux d’elle, et plus encore de mon jardin inachevé.

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Anecdote de mort lumineuse : “l’autre répondit à son confesseur qui lui promttait qu’il souperait ce jour-là avec notre Seigneur : “Allez-y donc vous-même, car pour ma part, je jeûne.”

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Qui apprendrait aux hommes à mourir leur apprendrait à vivre.

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Tout ce que vous vivez, vous le dérobez à la vie ; c’est à ses dépens. Le continuel ouvrage de votre vie, c’est de bâtir la mort.

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Si vous avez fait profit de la vie, si vous en êtes repu, allez-vous-en satisfait :

Que ne sors-tu content du banquet de la vie ?

Si vous n’en avez su user, si elle vous était inutile, que vous importe de l’avoir perdue ? A quoi bon la vouloir encore ? La vie n’est en soi ni bien ni mal ; c’est la place du bien ou du mal, selon que vous la leur faites. Et si vous avez vécu un jour, vous avez tout vu : un jour est égal à tous les autres.

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Ceux qui conseillent aux princes une défiance si attentive, sous couleur de leur prêcher leur sûreté, leur conseillent leur ruine et leur honte. Rien de noble ne se fait sans hasard.

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Mais d’où peut venir qu’une âme riche de la connaissance de tant de choses n’en deviennent pas plus vive et plus éveillée, et qu’un esprit grossier et vulgaire puisse loger en soi, sans s’amender, les discours et les jugements des meilleurs esprits que le monde ait portés, j’en suis encore à me le demander. (…) Je dirais volontiers que, comme les plantes s’étouffent avec trop d’eau et les lampes avec trop d’huile, autant en fait l’esprit avec trop d’étude et de matière, qui, occupé et embarrassé par une grande diversité de choses, perd le moyen de se démêler et que cette charge le tient courbé et accroupi.

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Tout ainsi que les oiseaux vont quelquefois à la quête du gain et le portent au bec sans le tâter pour en faire la becquée à leurs petits, ainsi nos pédants vont pillotant la science dans les livres et ne la logent qu’au bout de leurs lèvres, pour la dégorger seulement et la mettre au vent.

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L’honneur de la vertu consiste à combattre, non à battre.

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Face au mal ambiant : “il faut, ou imiter les vicieux, ou les haïr. Les deux partis sont dangereux, et de leur ressembler parce qu’ils sont beaucoup, et d’en haïr beaucoup parce qu’ils sont différents.”

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Quand la ville de Nole fut ruinée par les Barbares, Paulin qui en était l’évêque, qui y avait tout perdu et qui était leur prisonnier, priait ainsi Dieu : “Seigneur, garde-moi de ressentir cette perte, car tu sais qu’ils n’ont encore rien touché de ce qui est à moi”.

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Il faut avoir femmes, enfants, biens, et surtout la santé si l’on peut, mais non pas s’y attacher de manière que notre bonheur en dépende. Il faut se réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, dans laquelle nous établissions notre vraie liberté, notre principale retraite et notre solitude. C’est là qu’ils nous faut tenir notre entretien ordinaire de nous avec nous-mêmes, et si privé que nulle accointance ou communication de chose étrangère n’y trouve place, discourir et rire comme si nous étions sans femme, sans enfants, et sans biens, san train et sans valets, afin que, quand il nous arrivera de les perdre, il ne soit pas nouveau pour nous de nous en passer.

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Dans nos actions accoutumées, sur mille il n’en est pas une qui nous regarde. Celui que tu vois grimpant en haut des ruines de ce mur, furieux et hors de soi, en butte à tant d’arquebusades, et cet autre, couvert de cicatrices, transi et pâle de faim qui est bien résolu à crever plutôt qu’à lui ouvrir la porte, penses-tu qu’ils soient là pour eux ? Non, mais ils y seront pour tel que d’aventure ils ne virent jamais, qui ne se met nullement en peine de leur fait et vit plongé pendant ce temps dans l’oisiveté et les délices ! Celui-ci, tout pituiteux, chassieux et crasseux, que tu vois sortir après minuit de son cabinet d’étude, penses-tu qu’il cherche parmi les livres comment il se rendra plus homme de bien, plus content et plus sage ? Nulles nouvelles ! Il y mourra, ou il apprendra à la postérité la mesure des vers de Plaute et la vraie orthographe d’un mot latin !

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Il faut dénouer ces obligations si fortes et désormais aimer ceci ou cela, mais n’épouser rien que soi. C’est-à-dire : que le reste soit à nous, mais non pas joint et collé de façon telle qu’on ne puisse l’en déprendre sans nous écorcher et nous arracher du même coup quelque pièce de ce qui est proprement nôtre. La plus grande chose du monde, c’est de savoir être à soi.

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D’embesognement et d’occupation, il ne faut réserver qu’autant seulement qu’il en est besoin pour nous tenir en haleine et pour nous garantir des incommodités que traîne après soi l’autre extrémité d’une oisiveté lâche et assoupie.

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Montaigne attaque les prétentions de Cicéron et de Pline pour avoir fait publier leurs lettres :

Sied-il pas bien à deux consuls romains, souverains magistrats de la chose publique impératrice du monde, d’employer leur loisir à ordonner et fagoter gentiment une belle missive pour en tirer la réputation de bien entendre le langage de leur nourrice ?

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Je hais à mort de sentir le flatteur, ce qui fait que je prends naturellement un parler sec, rond et cru qui, pour qui ne me connaît pas par ailleurs, tire un peu vers le dédaigneux. J’honore le plus ceux à qui je fais le moins d’honneurs, et quand mon âme marche en grande allégresse, j’oublie les pas de convenance : je m’offre maigrement et fièrement à ceux à qui je suis le plus acquis, et je me découvre le moins à ceux à qui je me suis le plus donné. Il me semble qu’ils doivent le lire dans mon coeur, et que l’expression de mes paroles fait tort à ce que je conçois. Pour donner bienvenue, prendre congé, remercier, saluer, présenter mes services, et pour tous les compliments verbeux de ce genre que réclament les lois cérémonieuses de notre civilité, je ne connais personne qui soit aussi sottement stérile que moi dans son langage. Et je n’ai jamais été amené à faire des lettres de faveur et de recommandation sans que celui pour qui c’était ne les ait trouvées sèches et sans vigueurs.

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Pourquoi, quand vous évaluez un homme, l’estimez-vous tout enveloppé et empaqueté ? (…) C’est le prix de l’épée que vous cherchez, non celui du fourreau.

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La façon dont nos lois essaient de régler les folles et vaines dépenses de table et de vêtements semble être contraire à sa fin. Le vrai moyen, ce serait de faire naître chez les hommes le mépris de l’or et de la soie, comme des choses vaines et inutiles.

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A propos des changements de coutume et de la mode : la façon présente de se vêtir lui fait sur le champ condamner l’ancienne avec une résolution si forte et un consentement si universel que vous diriez que c’est quelque espèce de manie qui lui tourneboule ainsi l’entendement. Parce que notre changement est en cela si subit et si prompt que l’invention de tous les tailleurs du monde ne saurait fournir assez de nouvelletés, force est que bien souvent les formes méprisées reviennent en crédit, et que celles-là mêmes tombent en mépris tantôt après, et que le jugement d’un même homme adopte en l’espace de quinze ou vingt ans deux ou trois opinions non diverses seulement, mais contraires, avec une inconstance et une légèreté incroybales.

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Jolie introduction du chapitre de “Démocrite et Héraclès” : Je me hasarderais à traiter à fond quelque matière si je me connaissais moins et si je me trompais sur mon impuissance.”

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J’aime mieux la première humeur [rire], non parce qu’il est plus plaisant de rire que de pleurer, mais parce qu’elle est plus dédaigneuse et qu’elle nous condamne plus que l’autre, car il me semble que nous ne pouvons jamais être assez méprisés selon ce que nous méritons. La plainte et la commisération sont mêlées de quelque estime qu’on a pour la chose qu’on plaint.

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Les simples paysans sont d’honnête gens, et d’honnêtes gens aussi les philosophes, ou bien ce que notre temps nomme des natures fortes et claires, enrichies par une large instruction dans les sciences utiles. Quant aux métis, qui ont dédaigné le premier siège de l’ignorance des lettres, mais qui n’ont pu rejoindre l’autre (le cul entre deux selles, desquels je suis et tant d’autres), ils sont dangereux, ineptes, importuns : ceux-ci troublent le monde. C’est pour cela que pour, pour ma part, je me recule autant que je puis au stade premier et naturel, d’où j’ai essayé bien en vain de partir.

Comment distinguer le flatteur de l’ami?

Ce n’est point par le dommage éprouvé que nous devons nous apercevoir que nous avions affaire à un flatteur : il faut l’avoir reconnu et deviné de manière à n’être pas sa victime; sinon, nous ressemblerons à ceux qui ne reconnaissent les poisons mortels qu’après y avoir goûté, et l’expérience même que nous en ferons nous deviendra fatale et meurtrière.

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–Pas besoin de croire qu’une amitié doit être trop sérieuse. Et de même que, selon le mot d’Evenus, le feu est le plus efficace des assaisonnements, de même Dieu en mêlant l’amitié aux choses humaines a répandu de l’éclat, de la douceur, de la tendresse partout où elle signale sa présence et ses sympathies

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-L’amitié ne s’entend pas moins à jeter du plaisir et du charme sur la prospérité, qu’à diminuer les peines et les embarras causés par les revers. 

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C’est parce que l’amitié est ce qu’il y a de plus agréable au monde, parce que rien ne réjouit davantage, c’est par cela même que le flatteur, aussi, exerce ses séductions au moyen de l’agrément, et ne songe qu’à ménager des plaisirs; et comme l’agrément et le profit viennent à la suite de l’amitié, et qu’en ce sens on dit

«qu’un ami est plus indispensable que le feu et l’eau» ;

par ces raisons, le flatteur se jetant à corps perdu dans les complaisances, s’attache à montrer toujours du zèle, de l’activité, du dévouement. Pour que l’amitié ait un commencement durable et solide il doit y avoir similitude de principes et de caractères ; et, en général, c’est la conformité des goûts et des répulsions qui rapproche et unit tout d’abord les hommes par l’effet de la sympathie. Le flatteur le sait bien; et, comme une matière flexible, il a soin de se façonner; il s’étudie à composer son masque, à se contrefaire, à devenir, par l’imitation, semblable à ceux qu’il veut tromper. 

– il veut de grand cœur partager nos succès honorables, notre passion pour le beau, mais il ne s’associe point à nos égarements et à nos faiblesses. Et toutefois, qui sait si, comme pour les ophthalmies, la fréquentation et la société habituelle ne produit pas une sorte de contagion; si l’on ne prend pas, pour ainsi dire, la couleur des gens; si l’on ne se pénètre pas malgré soi de quelques-uns de leurs vices et de quelques-unes de leurs erreurs? Par exemple, les disciples de Platon imitaient, à ce que l’on rapporte, la courbure de ses épaules; ceux d’Aristote, son bégaiement; les courtisans du roi Alexandre, son inclinaison de cou et l’âpreté de sa voix dans la conversation. 

_Le flatteur joue avec le langage et transforme nos pires actes en vertus. La couardise passe pour de la prudence. «Dans les dissensions et dans les guerres», dit Thucydide, «on transfère la signification habituelle des mots aux actes eux-mêmes, afin de justifier ceux-ci. La témérité irréfléchie passe pour courage dévoué; la lenteur prévoyante, pour lâcheté spécieuse; la modération, pour mollesse déguisée; un esprit toujours observateur est réputé essentiellement inactif.»

–Pour les flatteurs, du moment qu’un homme est riche, ils le proclameront tout ensemble orateur, poète, et, s’il le veut même, peintre, joueur de flûte, coureur agile, athlète vigoureux; ils se laisseront par lui terrasser dans la lutte, devancer à la course.

-Et néanmoins, après cela, il feindra d’ignorer les fautes réelles, les fautes capitales, et d’en rien connaître. Mais il sera furieux quand il s’agira de s’emporter contre des peccadilles légères et tout extérieures. Il vous reprendra d’une voix forte et avec véhémence si, par exemple, il voit quelque vase, quelque meuble qui ne soit pas en sa place, si vous vous logez mal, si vous négligez votre chevelure ou vos habits, si vous ne soignez pas convenablement un chien ou un cheval. Mais que vous méprisiez les auteurs de vos jours, que vous abandonniez vos enfants, que vous ne respectiez pas les liens du mariage, que vous ayez du dédain pour vos familiers, que vous soyez un bourreau d’argent, ce n’est point son affaire : là il sera muet et sans hardiesse. Je le compare à un maître de gymnase, qui laisse l’élève athlète se livrer au vin et à la débauche, mais qui se montre d’ailleurs rigoureux sur l’emploi du flacon à l’huile et de l’étrille; ou au professeur de grammaire, qui réprimande un enfant pour des tablettes et un stylet, mais qui n’a pas l’air d’entendre ses solécismes et ses barbarismes. Tel, en effet, est le flatteur, que devant un orateur pitoyable et ridicule il ne dira rien de la harangue, mais il le reprendra sur son organe, et l’accusera sérieusement

Quand utiliser la franchise ?

Ce n’est pas tout : aucun de vos amis ne vous prêtera sa coopération sans que vous l’ayez préalablement appelé en conseil, et sans qu’il ait jugé, sans qu’il ait apprécié les actes eux-mêmes au point de vue de la convenance et de l’utilité.

-Mais le flatteur n’aura pas besoin que vous lui permettiez d’examiner l’entreprise et que vous l’autorisiez à exprimer son opinion. Non seulement il a l’intention de céder et de vous complaire, mais encore il craint que vous ne le soupçonniez d’être indifférent ou de reculer devant ]a besogne. Il est aussi disposé, aussi ardent que vous, à voir l’accomplissement de vos désirs. C’est que l’on ne trouve pas facilement un riche ou un monarque capable de s’écrier :

« Que n’ai-je un mendiant, moins qu’un mendiant même,

Si l’on veut, mais enfin quelqu’un qui vraiment m’aime,

Qui me parle sans crainte et du fond de son coeur! »

 Telle fut la conduite que, dans une circonstance entr’autres, tint Arcésilas. Il était allé voir Apelle de Chios, alors malade, et avait eu occasion de reconnaître le dénûment de son ami. Il ne tarda pas à revenir, rapportant vingt drachmes; et s’installant auprès de lui :

« Il n’y a ici, dit-il, que les éléments d’Empédocle, 

L’air circulant partout, le feu, la terre et l’eau ;

et tu n’es pas même couché convenablement.»

En disant ces mots, il souleva l’oreiller du malade, et furtivement y glissa la petite somme. La vieille servante d’Apelle la trouva bientôt, et elle en informa son maître avec admiration. Mais celui-ci se mit à sourire, et s’écria :

« C’est un tour d’Arcésilas».

J’arrive maintenant à une seconde recommandation ; il faut comme se purger de tout rire, de toute raillerie, de toute bouffonnerie. Ce sont là d’indignes assaisonnements de la franchise : supprimons-les. De même que lorsqu’un chirurgien fait une amputation, le travail exécuté par lui doit l’être avec une sorte de cadence, et en même temps avec précision, loin que sa main sautille, aille à l’aventure, ou promène l’instrument avec mollesse et sans utilité; de même la franchise comporte de la dextérité et de l’élégance, pourvu que l’agrément n’y gâte point le sérieux. Mais y joindre un ton grossier, cynique, injurieux, c’est tout à fait la compromettre et lui enlever son autorité. Aussi y a-t-il beaucoup d’à-propos et de bon goût dans cette parole d’un joueur de cithare, qui ferma la bouche à Philippe. Ce prince voulait soutenir une opinion différente de celle du musicien sur ce qui tenait à la manière de frapper les cordes.

«Sire, lui dit-il, le ciel vous préserve de vous y connaître mieux que moi!»

La franchise, lui dirons-nous, ne s’adresse jamais plus utilement qu’aux heureux, parce qu’elle doit réprimer en eux l’excès de confiance. Bien peu de mortels savent conserver la modération au sein de la prospérité. Pour le plus grand nombre il est nécessaire que cette modération leur vienne d’autrui plutôt que d’eux-mêmes ; il faut que ce soit une prudence étrangère qui apaise l’orgueil et le trouble suscités en eux par la fortune. Quand le destin renverse et détruit leur grandeur, les événements suffisent à eux seuls pour leur inspirer de la sagesse et du repentir; ils n’ont plus alors besoin d’amis qui usent de franchise avec eux et leur adressent des. paroles pénibles et mordantes. C’est véritablement au milieu de tels revers,

« Qu’on aime à rencontrer le regard d’un ami »

qui vous console et vous raffermisse.

Pythagore s’étant emporté avec trop de rudesse contre un de ses disciples devant beaucoup de monde, on rapporte que le jeune homme se pendit, et que, depuis ce jour, Pythagore ne réprimanda jamais qui que ce fût en présence de témoins. C’est qu’il faut, comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse, ne reprendre et ne dévoiler le vice que secrètement; ce ne doit jamais être avec appareil, avec éclat, ni en réunissant des assistants et des spectateurs. C’est agir non pas en ami, mais en sophiste, que de chercher sa gloire dans les chutes des autres, afin de briller soi-même aux yeux des assistants, comme les chirurgiens qui opèrent en plein théâtre dans l’intention de se ménager de la pratique. D’ailleurs, outre qu’il est convenable de s’abstenir de l’injure quand on procède à une guérison quelconque, il faut réfléchir encore que le vice est opiniâtre et décidé à la résistance. Car ce n’est pas simplement l’amour

***

 Cependant, comme les circonstances mêmes nous amènent souvent à réprimander, tout vicieux que nous sommes, des gens de notre société qui ne valent pas mieux que nous, il ne saurait y avoir de procédé plus convenable que de s’envelopper et se comprendre en quelque sorte soi-même dans l’accusation que l’on aura franchement formulée. C’est en ce sens que sont dites les paroles suivantes :

« Fils de Tydée, à quoi pensons-nous donc tous deux? Qu’est devenu chez nous ce coeur impétueux »?

et celles-ci

« Nous ne valons pas même à nous tous un Hector ».

Or un des devoirs de l’ami, c’est d’accepter le rôle pénible de moraliste quand il s’agit de quelque remontrance grave et vraiment essentielle. Mais si pour tout, à propos de tout, il montre un visage sévère, s’il est à l’égard de ses intimes un pédagogue plutôt qu’un ami, ses réprimandes perdront dans les conjonctures capitales leur force et leur efficacité. Je le compare à un médecin qui partage un remède à saveur âcre ou amère, mais indispensable et coûteux, en de nombreuses doses, petites et sans efficacité : telle est l’image de celui qui use maladroitement de la franchise. Le véritable ami se gardera donc de réprimander perpétuellement et comme à plaisir.

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de même tous les maux ne se trouvent pas non plus rassemblés dans les imperfections de nos amis. Voilà pourquoi ce n’est pas dans leurs erreurs seules, c’est aussi dans leurs actes méritoires que nous devons les observer et à cette occasion les en louer de tout notre coeur. On commencera même par là ; ensuite, comme l’acier se resserre par l’action de l’eau froide après que le feu l’a eu attendri et amolli, de même quand nos éloges auront détendu nos amis, les auront réchauffés, nous emploierons peu à peu la franchise, comme devant servir à leur donner la trempe. Une occasion favorable peut nous mettre à même de leur dire :

«Ces derniers actes méritent-ils d’être comparés aux précédents? Ne voyez-vous pas quels fruits rend la vertu? Voilà ce que nous demandons, nous qui sommes vos amis, à un homme de votre mérite. C’est votre lot : vous êtes né pour cela; quant à ces autres façons d’agir, vous devez les rejeter

« Sur la cime des monts ou dans la mer bruyante».

Plutarque

Les amis que nous venions trouver y étaient installés déjà, et nous les vîmes qui nous attendaient. Tous les autres se tenaient tranquilles, parce que c’était l’heure à laquelle ou bien l’on se frotte d’huile, ou bien l’on regarde les athlètes.
Démétrius, se mettant à sourire, s’écria :

« Vais-je mentir, ou dire vrai? Vous ne me semblez avoir dans les mains aucune question qui en vaille la peine, puisque je vous vois parfaitement oisifs et que votre physionomie est tout à fait dégagée. »

Héracléon de Mégare prit alors la parole :

« Il est vrai, dit-il, que nous ne cherchons pas si le verbe g-ballô perd un de ses deux lambda au futur, ni à quels adjectifs simples appartiennent les comparatifs « pire », « meilleur », « moindre »; car ces questions et celles qui y ressemblent sont toutes également de nature à rider le front et à l’assombrir. Mais il en est d’autres, sur lesquelles un philosophe peut exercer ses recherches sans assombrir son visage, sans perdre son calme, sans lancer des regards terribles, sans faire peur aux assistants. »

Pourquoi les oracles ont cessé

Montaigne – de l’institution des enfants

A propos de ceux qui ont la manie de citer les Grands : “N’ayant rien de vaillant par où se produire, ils cherchent à se présenter avec une valeur purement empruntée”.
“Quelles que soient ces inepties que j’écris, je n’ai pas délibéré de les cacher, non plus que je ne le ferais d’un mien portrait chauve et grisonnant où le peintre aurait mis non un visage parfait, mais le mien. Car ce sont ici mes humeurs et mes opinions. Je les donne pour ce que je crois, non pour ce qui est à croire. Je ne vise ici qu’à découvrir qui je suis moi-même, moi qui d’aventure serai autre demain si de nouvelles leçons ne me changent. Je n’ai point l’autorité d’être cru, ni ne le désire, me sentant trop mal instruit pour instruire autrui.”

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Le gain de notre étude, c’est en être devenu meilleur et plus sage.

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Qu’il ne lui demande pas [le maître] seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance, et qu’il juge du profit qu’il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie.

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Qu’on lui propose cette diversité de jugements : il choisira s’il peut, sinon il demeurera en doute.

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Dans cette école du commerce des hommes, j’ai souvent remarqué ce vice qu’au lieu de chercher à connaître l’autre, nous ne travaillons qu’à nous faire connaître, et nous sommes plus soucieux de débiter notre marchandise que d’en acquérir de nouvelle. Le silence et la modestie sont des qualités très commodes à la conversation. On dressera cet enfant à épargner et ménager son savoir quand il en aura acquis, à ne se formaliser des sottises et des fables que l’on dira en sa présence, car c’est une incivile importunité de s’en prendre à tout ce qui n’est pas de notre goût. Qu’il se contente de se corriger lui-même, et qu’il ne semble pas reprocher à autrui tout ce qu’il se refuse à faire, ni contrevenir aux moeurs publiques. Qu’il fuie ces mines à vouloir régenter le monde, si inciviles, et cette puérile ambition de vouloir paraître plus fin en se montrant différent, et de prétendre s’acquérir par ses critiques la réputation d’avoir quelque mérite particulier, comme si ce fût une rare marchandise que les critiques et les nouvelletés.

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Qu’on lui fasse entendre que confesser la faute qu’il découvrira dans son propre raisonnement, encore qu’elle ne soit aperçue que par lui, est une preuve de jugement et de sincérité, quui sont les principales qualités qu’il recherche ; que s’opiniâtrer et contester sont des manières communes, plus apparentes chez les âmes les plus basses ; que se raviser et se corriger, qu’abandonner un mauvais parti dans le fort de son ardeur, ce sont des qualités rares, fortes et philosophiques.

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Il sondera la portée de chacun : un bouvier, un maçon, un passant, il faut tout mettre en besogne, et emprunter à chacun selon sa marchandise, car tout sert en ménage, la sottise même, et la faiblesse d’autrui lui servira d’instruction.

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C’est un accident singulier que les choses dans notre siècle en soient là que la philosophie soit, jusque pour les gens d’entendement, un nom vain et chimérique qui ne se trouve d’aucun usage et de nul prix pour l’opinion comme de fait. Je crois que les ergotismes en sont la cause qui ont envahi ses avenues. On a grand tort de la peindre inaccessible aux enfants, et sous un visage renfrogné, sourcilleux et terrible : qui me l’a masquée de ce faux visage pâle et hideux ? Il n’est rien de plus gai, de plus gaillard, de plus enjoué, et peu s’en faut que je ne dise folâtre. Elle ne prêche que fête et bon temps!

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Ceux qui ont approché la vertu tiennent au rebours qu’elle loge sur un beau plateau, fertile et fleurissant, d’où elle voit bien sous soi toutes choses, mais qui en connait l’adresse peut y arriver par des routes ombragées, gazonnées et fleurant doux, de façon plaisante, et par une pente facile et unie, comme l’est celle des voûtes célestes. Pour n’avoir pas hanté cette vertu suprême, belle, triomphante, amoureuse, délicieuse, pareillement, et courageuse, ennemie avouée et irréconliable de l’aigreur, du déplaisir, de la crainte et la contrainte, qui a pour guide Nature, Fortune et Volupté pour compagnes, ils sont allés avec leur faiblesse feindre cette sotte image, triste, querelleuse, dépite, menaçante, mineuse, et la placer sur un rocher à l’écart, au milieu des ronces, fantôme propre à frapper les gens de stupeur !

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Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies.

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Par rapport à la fausse sophistication du langage : puissé-je ne m’être servi que de ceux qui servent aux halles à Paris ?

Machiavel

Le soir venu, je retourne chez moi, et j’entre dans mon cabinet, je me dépouille, sur la porte, de ces habits de paysan, couverts de poussière et de boue, je me revêts d’habits de cour, ou de mon costume, et, habillé décemment, je pénètre dans le sanctuaire antique des grands hommes de l’Antiquité ; reçu par eux avec bonté et bienveillance, je me repais de cette nourriture qui seule est faite pour moi, et pour laquelle je suis né. Je ne crains pas de m’entretenir avec eux, et de leur demander compte de leurs actions. Ils me répondent avec bonté ; et pendant quatre heures j’échappe à tout ennui, j’oublie tous mes chagrins, je ne crains plus la pauvreté, et la mort ne saurait m’épouvanter ; je me transporte en eux tout entier

Lettre à François Vettori, ambassadeur de Florence à la cour du pape Léon X

Gargantua

Buveurs très illustres et vous, vérolés très précieux (c’est à vous, à personne d’autre que sont dédiés mes écrits), dans le dialogue de Platon intitulé Le Banquet, Alcibiade faisant l’éloge de son précepteur Socrate, sans conteste prince des philosophes, le déclare, entre autres propos, semblable aux Silènes. Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires; au-dessus étaient peintes des figures amusantes et frivoles : harpies, satyres, oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, boucs volants, cerfs attelés et autres semblables figures imaginaires, arbitrairement inventées pour inciter les gens à rire, à l’instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l’intérieur, on conservait les fines drogues comme le baume, l’ambre gris, l’amome, le musc, la civette, les pierreries et autres produits de grande valeur. Alcibiade disait que tel était Socrate, parce que, ne voyant que son physique et le jugeant sur son aspect extérieur, vous n’en auriez pas donné une pelure d’oignon tant il était laid de corps et ridicule en son maintien : le nez pointu, le regard d’un taureau, le visage d’un fol, ingénu dans ses moeurs, rustique en son vêtement, infortuné au regard de l’argent, malheureux en amour, inapte à tous les offices de la vie publique; toujours riant, toujours prêt à trinquer avec chacun, toujours se moquant, toujours dissimulant son divin savoir. Mais en ouvrant une telle boîte, vous auriez trouvé au-dedans un céleste et inappréciable ingrédient : une intelligence plus qu’humaine, une force d’âme prodigieuse, un invincible courage, une sobriété sans égale, une incontestable sérénité, une parfaite fermeté, un incroyable détachement envers tout ce pour quoi les humains s’appliquent tant à veiller, courir, travailler, naviguer et guerroyer.

My back pages

Crimson flames tied through my ears
Rollin’ high and mighty traps
Pounced with fire on flaming roads
Using ideas as my maps
“We’ll meet on edges, soon,” said I
Proud ‘neath heated brow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

Half-wracked prejudice leaped forth
“Rip down all hate,” I screamed
Lies that life is black and white
Spoke from my skull. I dreamed
Romantic facts of musketeers
Foundationed deep, somehow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

Girls’ faces formed the forward path
From phony jealousy
To memorizing politics
Of ancient history
Flung down by corpse evangelists
Unthought of, though, somehow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

A self-ordained professor’s tongue
Too serious to fool
Spouted out that liberty
Is just equality in school
“Equality,” I spoke the word
As if a wedding vow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

In a soldier’s stance, I aimed my hand
At the mongrel dogs who teach
Fearing not that I’d become my enemy
In the instant that I preach
My pathway led by confusion boats
Mutiny from stern to bow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now.

Yes, my guard stood hard when abstract threats
Too noble to neglect
Deceived me into thinking
I had something to protect
Good and bad, I define these terms
Quite clear, no doubt, somehow.
Ah, but I was so much older then,
I’m younger than that now

Fournier extraits

“Je t’ai dit une fois pour toutes que je trouvais parfaitement vain ce travail de mises en formules… Je préférerai, moi, toujours m’arrêter pour parler de la “mer méridionale éperdument bleue” – ou de la batteuse que j’entends ronfler dans les champs derrière moi comme pour me dire que c’est encore l’été – encore un peu de tout cet été que je n’ai pas encore vécu.”

“je me dégoute d’écrire ainsi tant de petites théories, de petits jugements, de longues phrases qui ne riment à rien. Alors que lentement, longuement, silencieusement je devrais chercher en moi des mots brefs et légers qui disent le passé où la vie.”

Lettre à Jacques Rivière

Capitaine, ô mon capitaine…

O Captain! my Captain! our fearful trip is done,
The ship has weather’d every rack, the prize we sought is won,
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring;
                         But O heart! heart! heart!
                            O the bleeding drops of red,
                               Where on the deck my Captain lies,
                                  Fallen cold and dead.

O Captain! my Captain! rise up and hear the bells;
Rise up—for you the flag is flung—for you the bugle trills,
For you bouquets and ribbon’d wreaths—for you the shores a-crowding,
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning;
                         Here Captain! dear father!
                            This arm beneath your head!
                               It is some dream that on the deck,
                                 You’ve fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still,
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will,
The ship is anchor’d safe and sound, its voyage closed and done,
From fearful trip the victor ship comes in with object won;
                         Exult O shores, and ring O bells!
                            But I with mournful tread,
                               Walk the deck my Captain lies,
                                  Fallen cold and dead.