(…) Qui soit vraiment issue de cette vie,
Où il trouva l’amour, un sens et sa détresse.
Car nous ne sommes que la feuille et que l’écorce.
La grande mort que chacun porte en soi,
elle est le fruit autour duquel tout change.
C’est pour ce fruit qu’un jour les jeunes filles
se lèvent comme un arbre peut jaillir d’un luth,
et que les garçons font des rêves d’hommes.
Pour lui des femmes se font confidentes
des peurs que d’autres qu’elles ne pourraient chasser.
Et pour l’amour de lui, ce qu’un jour des yeux vivent
est éternellement, fût-ce un lointain passé,
Et tous ceux qui jamais formèrent ou bâtirent
autour de ce grand fruit devinrent monde,
gelant, fondant, vent ou soleil.
En lui toute chaleur s’est résorbée :
le cœur et l’ardeur blanche des cerveaux.
Mais tes anges, Seigneur, comme des vols d’oiseaux
passant, trouvaient tous ces fruits verts.
Le Livre d’heures, Le Livre de la pauvreté et de la mort
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Ce qui est au-dehors, nous ne le connaissons
Que par la vue de l’animal ; car dès l’enfance
On nous retourne et nous contraint à regarder
En arrière le monde des formes, et non l’Ouvert
Qui dans les yeux de l’animal est si profond,
Libre de mort. Nous les humains, nous ne voyons
qu’elle.
L’animal libre a toujours son déclin derrière lui ;
Devant lui, Dieu. Quand il avance, c’est vers l’éternel,
comme coule une source
Huitième élégie de Duino
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Souvent, les anges (dit-on), ne sauraient pas s’ils vont
parmi des vivants ou des morts. Le courant éternel
Sans cesse emporte à travers les deux domaines
Tous les âges, et son bruit, dans les deux, couvre le leur.
Première élégie de Duino
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Tout ange est terrifiant. Néanmoins, malheur à moi, je vous invoque, oiseaux de l’âme presque meurtriers, vous connaissant.
Deuxième élégie de Duino
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Où ont fui les jours de Tobie, quand l’un des Rayonnants se tenait sur l’humble seuil, vaguement déguisé pour le voyage, et qui déjà n’effrayait plus (pour le jeune homme un autre lui-même, avec ce regard curieux).
Deuxième élégie de Duino
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Fît l’archange à présent, le dangereux, de derrière les astres, rien qu’un pas vers en bas et vers ici : en sursautant, notre propre cœur nous abattrait. Qui êtes-vous ?
Deuxième élégie de Duino
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Réussites premières, favoris de l’univers,
chaînes d’alpes, crêtes roses d’aurore
de toute Création – pollen de la divinité en fleurs,
attaches de lumière, couloirs, degrés, trônes,
espaces faits d’essence, pavois de plaisir, tumulte
de tempétueuse extase et soudain, isolés,
miroirs : où la beauté qui d’eux ruisselle
est puisée et rendue à leur propre face
Deuxième élégie de Duino