Nulle trahison de ma solitude, mais si elle était moins suspendue dans le vide, si elle était en de bonnes mains, elle perdrait toutes ses connotations morbides (ce sera tôt ou tard inévitable) et j’arriverais en elle à une certaine continuité au lieu de la traîner comme un os de buisson en buisson
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Je me redis souvent que tu es le seul lien qui me rattache au monde humain, en toi seule il est tourné vers moi, me devine, me transmet son souffle ; partout ailleurs, je passe dans son dos sans pouvoir me faire reconnaître de lui.
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(…) Non seulement aux yeux des disciples, qui
gardent la mélancolie légère de ta robe :
mais tu t’enlèves aux calices des fleurs
comme à cet oiseau qui décrit son orbe,
aux enfants pleinement épanouis,
au pis des vaches, à leur ruminement ;
d’une douceur tout se trouve amoindri
et les cieux seuls grandissent en dedans.
fruit arraché à notre fonds,
baie riche de saveur sucrée,
laisse-nous te sentir qui fonds
dans la bouche ravie des bienheureux.
Car nous restons d’où tu partis. Et où
le moindre lieu attend consolation.
Donne-nous grâce, comme un vin fortifie-nous.
Car de comprendre ici il n’est question.
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Ce n’était pas la mort du premier hydropique venu, c’était une mort terrible et impériale, que le chambellan avait portée en lui, et nourrie de lui, toute sa vie durant. Tout l’excès de superbe, de volonté, d’autorité que, même pendant ses jours les plus calmes, il n’avait pas pu user était passé dans sa mort, dans cette mort qui à présent s’était logée à Ulsgaard et galvaudait. Comment le chambellan Brigge eût-il regardé quiconque lui eût demandé de mourir d’une autre mort que celle-là ? Il mourut de sa dure mort.
Les Cahiers de Malte Laurids Brigge
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La mort est grande,
Nous lui appartenons,
Bouche riante.
Lorsqu’au cœur de la vie nous croyons,
Elle ose tout à coup
Pleurer en nous.
Le Livre des images
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J’ai trouvé aux lointains chemins
Des roses. C’est avec le brin
Qu’à peine je puis porter,
Que je voudrais te croiser.
C’est comme si je te cherchais
Avec de pâles orphelins
Et toi, tu serais à ces pauvres
Roses, présence maternelle.
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Est-il possible de refuser plus longtemps d’entendre, dans les lettres des grandes délaissées, la jubilation inconsciente qui perce à travers leurs plaintes chaque fois qu’elles prennent conscience que leur sentiment n’a plus devant soi l’aimé, mais seulement sa propre orbite vertigineuse, bienheureuse ? De même que dans le dressage d’un cheval il arrive qu’on recoure encore au sucre aussi longtemps que ce prétexte est nécessaire pour provoquer le pur travail, ainsi nous montrera-t-on longtemps encore, à nous qui apprenons si lentement, un doux visage ; mais l’action spécifique de notre amour ne commence qu’à partir du moment où nous n’avons plus besoin de cette invite pour faire irruption de tout notre cœur dans un amour à qui suffise le signe d’une direction.
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Puisque la faute ou le péché devait être inventé à cause de la tension intérieure de l’âme, pourquoi ne l’a-t-on pas fait porter sur une autre partie de notre corps, pourquoi le fit-on tomber là, attendant que le péché se dissolve en notre source pure pour la troubler et l’empoisonner ? Pourquoi nous a-t-on rendu notre sexe apatride au lieu d’y transférer la fête de nos pouvoirs intimes ?