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Là où la terre s’achève
levée au plus près de l’air
(dans la lumière où le rêve
invisible de Dieu erre)
entre pierre et songeries
cette neige : hermine enfuie
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Les chèvres dans l’herbage
sont une libation de lait
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Accepter ne se peut
comprendre ne se peut
on ne peut pas vouloir accepter ni comprendre
On avance peu à peu
comme un colporteur
d’une aube à l’autre
Peut il y avoir plus futile qu’une vie avec sa charge d’images, et pourtant on pressent un autre ordre de mesure. Tant de peine pour un nœud d’air! Si vite si aisément dénoue!
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Encore, de nouveau, ce soir, cette rumeur
Désespérée et vaine contre ce qui l’alimente,
Parole fille de la mort contre la mort
Engendrée et détruite ensemble par la mort
Bruit de mouches perpétuel et sans pouvoir
Contre la pourriture de la chair
Et la splendeur surplombante du jour.
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Le quotidien : allumer le feu (et il ne prend pas du premier coup, parce que le bois est humide, il aurait fallu l’entasser dehors, cela aurait pris du temps), penser aux devoirs des enfants, à telle facture en retard, à un malade à visiter. Comment la poésie s’insère-t-elle dans tout cela ? Ou elle est ornement, ou elle devrait être intérieur à chacun de ces gestes ou actes : c’est ainsi que Simone Weil entendait la religion, que Michel Deguy entend la poésie, que j’ai voulu l’entendre. Reste le danger de l’artifice, d’une sacralisation appliquée, laborieuse. Peut être en sera-t-on réduit à une position plus modeste, intermédiaire : la poésie illuminant par instants la vie comme une chute de neige, et c’est déjà beaucoup si on a gardé les yeux pour la voir. Peut être même faudrait-il consentir à lui laisser ce caractère d’exception qui lui est naturel. Entre deux, faire ce qu’on peut, tant bien que mal. Sinon, risque d’apparaître le sérieux du sectaire, la tentation de porter la bure du poète, de s’isoler, en « oraison (ce qui gêne quelquefois chez Rilke). Pour moi, du moins, je dois accepter plus de faiblesse.