La presomption est nostre maladie naturelle et originelle. La plus calamiteuse et fragile de toutes les creatures c’est l’homme, et quant et quant, la plus orgueilleuse. Elle se sent et se void logée icy parmy la bourbe et le fient du monde, attachée et cloüée à la pire, plus morte et croupie partie de l’univers, au dernier estage du logis, et le plus esloigné de la voute celeste, avec les animaux de la pire condition des trois : et se va plantant par imagination au dessus du cercle de la Lune, et ramenant le ciel soubs ses pieds. C’est par la vanité de ceste mesme imagination qu’il s’egale à Dieu, qu’il s’attribue les conditions divines, qu’il se trie soy-mesme et separe de la presse des autres creatures, taille les parts aux animaux ses confreres et compagnons, et leur distribue telle portion de facultez et de forces, que bon luy semble. Comment cognoist il par l’effort de son intelligence, les branles internes et secrets des animaux ? par quelle comparaison d’eux à nous conclud il la bestise qu’il leur attribue ?
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Mais pour revenir à mon propos, nous avons pour nostre part, l’inconstance, l’irresolution, l’incertitude, le deuil, la superstition, la solicitude des choses à venir, voire apres nostre vie, l’ambition, l’avarice, la jalousie, l’envie, les appetits desreglez, forcenez et indomptables, la guerre, la mensonge, la desloyauté, la detraction, et la curiosité. Certes nous avons estrangement surpayé ce beau discours, dequoy nous nous glorifions, et cette capacité de juger et cognoistre, si nous l’avons achetée au prix de ce nombre infiny des passions, ausquelles nous sommes incessamment en prinse.
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La peste de l’homme, c’est la prétention de savoir.
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Lors que les vrais maux nous faillent, la science nous preste les siens : cette couleur et ce teint, vous presagent quelque defluxion caterreuse : cette saison chaude vous menasse d’une émotion fievreuse : cette coupeure de la ligne vitale de vostre main gauche, vous advertit de quelque notable et voisine indisposition : Et en fin elle s’en addresse tout detroussément à la santé mesme : Ceste allegresse et vigueur de jeunesse, ne peut arrester en une assiete, il luy faut desrober du sang et de la force, de peur qu’elle ne se tourne contre vous mesmes. Comparés la vie d’un homme asservy à telles imaginations, à celle d’un laboureur, se laissant aller apres son appetit naturel, mesurant les choses au seul sentiment present, sans science et sans prognostique, qui n’a du mal que lors qu’il l’a : où l’autre a souvent la pierre en l’ame avant qu’il l’ait aux reins : comme s’il n’estoit point assez à temps pour souffrir le mal lors qu’il y sera, il l’anticipe par fantasie, et luy court au devant.
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Contre les exercices d’Epicure et la prétention du philosophe à l’ataraxie :”La mémoire nous représente non pas ce que nous choisissons mais ce qui lui plaît. Voire, il n’est rien qui imprime si vivement quelque chose en notre souvenance que le désir de l’oublier !”
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ô outrecuidance, combien tu nous empêches !
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Les hommes ayant tout essayé, tout sondé, et n’ayant trouvé dans cet amas de science et cette provision de tant de choses diverses rien de solide et de ferme, et rien que vanité, ils ont renoncé à leur présomption et reconnu leur condition naturelle.
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Montaigne dresse un portrait de Pyrrhon qui laisse transparaître en filigrane son propre idéal de vie :
Qui fait que je ne puis pas bien assortir à ce discours, ce qu’on dit de Pyrrho. Ils le peignent stupide et immobile, prenant un train de vie farouche et inassociable, attendant le hurt des charrettes, se presentant aux precipices, refusant de s’accommoder aux loix. Cela est encherir sur sa discipline. Il n’a pas voulu se faire pierre ou souche : il a voulu se faire homme vivant, discourant, et raisonnant, jouyssant de tous plaisirs et commoditez naturelles, embesoignant et se servant de toutes ses pieces corporelles et spirituelles, en regle et droicture. Les privileges fantastiques, imaginaires, et faulx, que l’homme s’est usurpé, de regenter, d’ordonner, d’establir, il les a de bonne foy renoncez et quittez.
Si n’est-il point de secte, qui ne soit contrainte de permettre à son sage de suivre assez de choses non comprinses, ny perceuës ny consenties, s’il veut vivre. Et quand il monte en mer, il suit ce dessein, ignorant s’il luy sera utile : et se plie, à ce que le vaisseau est bon, le pilote experimenté, la saison commode : circonstances probables seulement. Apres lesquelles il est tenu d’aller, et se laisser remuer aux apparances, pourveu qu’elles n’ayent point d’expresse contrarieté. Il a un corps, il a une ame : les sens le poussent, l’esprit l’agite. Encore qu’il ne treuve point en soy cette propre et singuliere marque de juger, et qu’il s’apperçoive, qu’il ne doit engager son consentement, attendu qu’il peut estre quelque faulx pareil à ce vray : il ne laisse de conduire les offices de sa vie pleinement et commodement. Combien y a il d’arts, qui font profession de consister en la conjecture, plus qu’en la science ? qui ne decident pas du vray et du faulx, et suivent seulement ce qu’il semble ? Il y a, disent-ils, et vray et faulx, et y a en nous dequoy le chercher, mais non pas dequoy l’arrester à la touche. Nous en valons bien mieux, de nous laisser manier sans inquisition, à l’ordre du monde. Une ame garantie de prejugé, a un merveilleux avancement vers la tranquillité. Gents qui jugent et contrerollent leurs juges, ne s’y soubsmettent jamais deuëment. Combien et aux loix de la religion, et aux loix politiques se trouvent plus dociles et aisez à mener, les esprits simples et incurieux, que ces esprits surveillants et pedagogues des causes divines et humaines ?
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l n’est rien en l’humaine invention, où il y ait tant de verisimilitude et d’utilité. Cette-cy presente l’homme nud et vuide, recognoissant sa foiblesse naturelle, propre à recevoir d’en hault quelque force estrangere, desgarni d’humaine science, et d’autant plus apte à loger en soy la divine, aneantissant son jugement, pour faire plus de place à la foy : ny mescreant ny establissant aucun dogme contre les loix et observances communes, humble, obeïssant, disciplinable, studieux ; ennemy juré d’heresie, et s’exemptant par consequent des vaines et irreligieuses opinions introduites par les fauces sectes. C’est une carte blanche preparée à prendre du doigt de Dieu telles formes qu’il luy plaira d’y graver. Plus nous nous renvoyons et commettons à Dieu, et renonçons à nous, mieux nous en valons. Accepte, dit l’Ecclesiaste, en bonne part les choses au visage et au goust qu’elles se presentent à toy, du jour à la journée : le demeurant est hors de ta cognoissance.
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Pourquoi non seulement Aristote, mais la plupart des philosophes, ont-ils affecté la difficulté, si ce n’est pour faire valoir la vanité du sujet et amuser la curiosité de notre esprit en lui donnant de quoi se repaître à ronger cet os creux et décharné ? (…) La difficulté est une monnaie que les savants emploient, comme les joueurs de passe-passe, pour ne découvrir point la vanité de leur art, et dont l’humaine bêtise se paye aisément.
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A propos de la diversité des opinions des philosophes sur les dieux : fiez-vous donc à votre philosophie, allez vous vanter d’avoir trouvé la fève dans le gateau quand vous voyez ce tintamarre de tant de cervelles philosophiques !
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L’hommme est bien insensé : il ne saurait forger un ciron, et il forge des dieux par douzaines ! (…) La construction et la déconstruction de Dieu, les conditions de la divinité, se forgent par l’homme par référence à lui-même. Quel patron et quel modèle ! Etirons, élevons, et grossissons les qualités humaines tant qu’il nous plaira. Enfle-toi pauvre homme, et encore, et encore, et encore, tu n’y seras point.
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Il nous faut noter, qu’à chasque chose, il n’est rien plus cher, et plus estimable que son estre (Le Lyon, l’aigle, le daulphin, ne prisent rien au dessus de leur espece) et que chacune rapporte les qualitez de toutes autres choses à ses propres qualitez : Lesquelles nous pouvons bien estendre et racourcir, mais c’est tout ; car hors de ce rapport, et de ce principe, nostre imagination ne peut aller, ne peut rien diviner autre, et est impossible qu’elle sorte de là, et qu’elle passe au delà.
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Grand coup d’épée contre Aristote : “le dieu de la science scolastique, c’est Aristote : c’est péché que de débattre de ses ordonnances, comme ce l’était de celles de Lycurgue à Sparte ! Sa doctrine nous sert de loi magistrale, qui d’aventure est aussi fausse qu’une autre.
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Il se void infinis pareils exemples, non d’argumens faux seulement, mais ineptes, ne se tenans point, et accusans leurs autheurs non tant d’ignorance que d’imprudence, lés reproches que les philosophes se font les uns aux autres sur les dissentions de leurs opinions, et de leurs sectes. Qui fagoteroit suffisamment un amas des asneries de l’humaine sapience, il diroit merveilles.
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Sur la multitude des jugements : “je dis de même de la philosophie : elle a tant de visages et de varieté, et a tant dict, que tous nos songes et resveries s’y trouvent. L’humaine phantasie ne peut rien concevoir en bien et en mal qui n’y soit. Et j’en laisse plus librement aller mes caprices en public : d’autant que bien qu’ils soyent nez chez moy, et sans patron, je sçay qu’ils trouveront leur relation à quelque humeur ancienne, et ne faudra quelqu’un de dire : Voyla d’où il le print.
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Un soing extreme tient l’homme d’alonger son estre ; il y a pourveu par toutes ses pieces. Et pour la conservation du corps, sont les sepultures : pour la conservation du nom, la gloire.
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Maladie de l’homme curieux : “on le bride et on le garrrotte de religions, de lois, de coutumes, de science, de préceptes, de peines, et de récompenses mortelles et immortelles : encore voit-on que, par sa volatilité et sa débauche, il échappe à tous ces liens. C’est un corps inconsistant, qui n’a par où être saisi et assené, un corps divers et difforme, sur lequel on ne peut assurer ni noeud ni prise. Assurément, il est peu d’âmes assez réflées, assez fortes et assez bien nées auxquelles on puisse se fier pour leur propre conduite et qui puissent, avec modération et sans témérité, voguer dans la liberté de leurs jugements au-delà des opinions communes.”
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Sur la volatilité de nos jugements : Si je me suis trouvé souvent trahy sous cette couleur, si ma touche se trouve ordinairement fauce, et ma balance inegale et injuste, quelle asseurance en puis-je prendre à cette fois plus qu’aux autres ? N’est-ce pas sottise de me laisser tant de fois piper à un guide ? Toutesfois, que la fortune nous remue cinq cens fois de place, qu’elle ne face que vuyder et remplir sans cesse, comme dans un vaisseau, dans nostre croyance autres et autres opinions, tousjours la presente et la derniere c’est la certaine et l’infallible. Pour cette cy il faut abandonner les biens, l’honneur, la vie et le salut.
J’ay le pied si instable et si mal assis, je le trouve si aysé à croler et si prest au branle, et ma veue si desreglée, que à jun je me sens autre qu’apres le repas ; si ma santé me rid et la clarté d’un beau jour, me voylà honneste homme ; si j’ay un cor qui me presse l’orteil, me voylà renfroigné, mal plaisant et inaccessible. Un mesme pas de cheval me semble tantost rude, tantost aysé, et mesme chemin à cette heure plus court, une autre-fois plus long, et une mesme forme ores plus, ores moins agreable. Maintenant je suis à tout faire, maintenant à rien faire ; ce qui m’est plaisir à cette heure, me sera quelque fois peine. Il se faict mille agitations indiscretes et casuelles chez moy. Ou l’humeur melancholique me tient, ou la cholerique ; et de son authorité privée, à cet’heure le chagrin predomine en moy, à cet’heure l’alegresse. Quand je prens des livres, j’auray apperceu en tel passage des graces excellentes et qui auront feru mon ame ; qu’un’autre fois j’y retombe, j’ay beau le tourner et virer, j’ay beau le plier et le manier, c’est une masse inconnue et informe pour moy. En mes escris mesmes je ne retrouve pas tousjours l’air de ma premiere imagination : je ne sçay ce que j’ay voulu dire, et m’eschaude souvent à corriger et y mettre un nouveau sens, pour avoir perdu le premier, qui valloit mieux. Je ne fay qu’aller et venir : mon jugement ne tire pas tousjours en avant ; il flotte, il vague.
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Quelle vérité est-ce que les montagnes bornent, et qui est mensonge pour le monde qui se tient au-delà? Rappelle le “Plaisante justice qu’ une rivière borne. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà.” de Pascal
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Sur le langage obscur des philosophes: Que l’autheur puisse gaigner cela d’attirer et enbesoigner à soy la posterité (ce que non seulement la suffisance, mais autant ou plus la faveur fortuite de la matiere peut gaigner) ; qu’au demeurant il se presente, par bestise ou par finesse, un peu obscurement et diversement : il ne lui chaille ! Nombre d’esprits, le belutants et secouants, en exprimeront quantité de formes, ou selon, ou à costé, ou au contraire de la sienne, qui lui feront toutes honneur. Il se verra enrichi des moyens de ses disciples, comme les regens du Lendit.
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sur la multitude des commentateurs : Voyez demener et agiter Platon. Chacun, s’honorant de l’appliquer à soi, le couche du costé qu’il le veut. On le promeine et l’insere à toutes les nouvelles opinions que le monde reçoit ; et le differente l’on a soy-mesmes selon le different cours des choses
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Notre raison est bien plus soumise à nos sens que veulent le croire les Epicuriens : A un homme ennuyé et affligé la clarté du jour semble obscurcie et tenebreuse. Nos sens sont non seulement alterez, mais souvent hebetez du tout par les passions de l’ame. Combien de choses voyons nous, que nous n’appercevons pas si nous avons nostre esprit empesché ailleurs ?
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Mais nostre veiller n’est jamais si esveillé qu’il purge et dissipe bien à point les resveries, qui sont les songes des veillans, et pires que songes. Nostre raison et nostre ame, recevant les fantasies et opinions qui luy naissent en dormant, et authorisant les actions de nos songes de pareille approbation qu’elle faict celles du jour, pourquoy ne mettons nous en doubte si nostre penser, nostre agir, n’est pas un autre songer, et nostre veiller quelque espece de dormir ? Si les sens sont noz premiers juges, ce ne sont pas les nostres qu’il faut seuls appeller au conseil, car en cette faculté les animaux ont autant ou plus de droit que nous.
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L’humeur que succe la racine d’un arbre, elle se fait tronc, feuille et fruit ; et l’air n’estant qu’un, il se faict, par l’appliquation à une trompette, divers en mille sortes de sons : sont-ce, dis-je, nos sens qui façonnent de mesme de diverses qualitez ces sujects, ou s’ils les ont telles ? Et sur ce doubte, que pouvons nous resoudre de leur veritable essence ? D’avantage, puis que les accidens des maladies, de la resverie ou du sommeil, nous font paroistre les choses autres qu’elles ne paroissent aux sains, aux sages et à ceux qui veillent, n’est-il pas vraysemblable que nostre assiette droicte et nos humeurs naturelles ont aussi dequoy donner un estre aux choses, se rapportant à leur condition, et les accommoder à soy, comme font les humeurs desreglées ? et nostre santé aussi capable de leur fournir son visage, comme la maladie ? Pourquoy n’a le temperé quelque forme des objects relative à soy, comme l’intempéré, et ne leur imprimera-il pareillement son charactere ? Le desgouté charge la fadeur au vin ; le sain, la saveur ; l’alteré, la friandise. Or, nostre estat accommodant les choses à soy et les transformant selon soy, nous ne sçavons plus quelles sont les choses en verité : car rien ne vient à nous que falsifié et alteré par nos sens. Où le compas, l’esquarre et la regle sont gauches, toutes les proportions qui s’en tirent, tous les bastimens qui se dressent à leur mesure, sont aussi necessairement manques et defaillans. L’incertitude de nos sens rend incertain tout ce qu’ils produisent
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Comment résoudre la multitude d’interprétations ? “Il nous faudrait quelqu’un qui fût exempt de ces qualités, afin que, sans préjugé, il jugeât de ces propositions comme de choses qui lui fussent indifférentes : et, à ce compte, il nous faudrait un juge qui ne fût pas !