Notre amitié est une écorce libre. Elle ne se détache pas des prouesses de notre cœur.
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On est si mécontent de soi quand, rendu à la solitude de son terrier, on songe à ses meilleurs frères qu’on a mal aidés – non au « sens religieux » mais avec les ressources du verger secret réparties dans notre main et dans nos yeux et qui sont le seul digne héritage de nos foutus ancêtres, de temps en temps.
C’est une lettre silencieuse que j’aurais aimé vous écrire, comme la planche de Parménide dont parle Nietzsche, celles-là sont seules pleines de ce qui convient. Pas une pellicule de langue… Je crois, Albert, que nous avons bien et beaucoup marché ensemble depuis quelques années…
Nos semelles ont écrasé nombre de mots inutiles. Voyez. Et nous ne tirons pas les feux d’artifices avec des sentiments. Je vous envoie toute mon affection.
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Vous êtes un des rares hommes, Albert, que j’aime et que j’admire d’instinct et de connaissances à la fois (les deux si souvent se détruisent), ces hommes que le temps, le souci, l’espoir, la fatigue puis l’allégresse de vivre font grandir chaque jour dans notre coeur dont ils occupent et dessinent le sommet que la nature ne nous a point donné et qui n’est dû qu’à nous et à cet infime nombre de frères que nous chérissons et qui nous éclairent à tout moment là-haut…
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Mais je pense souvent à vous, à notre amitié : comme une pierre grecque. Le Temps relâche alors son hostilité ; mes mains ne sont plus tristes. Un peu d’enfance et de maquis réchauffent mon cœur perdu.