Où, dans quels grands jardins paisibles…

Où, dans quels grands jardins si arrosés qu’ils sont comme ivres,
sur quels arbres, de quelles fleurs tendrement effeuillées, 
où mûrit-il, l’étrange fruit de la consolation ?
Mais tu vas en trouver, peut être, un précieux, dans l’herbage

piétiné de ta pauvreté. De l’une à l’autre fois
tu t’émerveilleras que le fruit soit de grosseur telle,
que sa chair soit fraicheur, que plus que douce en soit la peau,
et que l’insouci de l’oiseau ne l’ait pris avant toi,

le ver jaloux non plus. Arbres fécondés par des anges, 
soignés curieusement par de lents jardiniers secrets, nous portez-vous vos fruits sans nous appartenir ?

Avons-nous jamais pu, nous les ombres et nous les schèmes,
par nos actes mûris trop tôt et trop tôt desséchés,
troubler l’égalité de ces étés paisibles?

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