Saint Augustin

« Tout ce qu’il y avait de bien en cela, supposé qu’il pût y en avoir en quelqu’un, c’est que ces faux plaisirs étaient des semences de douleurs et d’amertumes qui me fatiguaient à n’en pouvoir plus. »

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On ne doit pas tenir pour vraie une pensée parce qu’elle s’exprime éloquemment, ou bien pour fausse parce que les lèvres la traduisent par des sons dénués d’art ; et qu’au contraire, une pensée n’est pas vraie parce qu’elle est énoncée simplement, ni fausse parce que la forme en est brillante ; mais que la sagesse et la sottise sont comparables à des aliments salubres et malsains et le style élégant ou non à une vaisselle précieuse ou grossière : on peut y servir aussi bien les deux sortes de mets.

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Malheureux que j’étais, j’aimais à me douloir, et je cherchais des sujets de douleurs. Dans ces infortunes étrangères et fausses, ces infortunes de saltimbanques, jamais le jeu d’un histrion ne me plaisait, ne m’attachait par un charme plus fort que celui des larmes qui jaillissaient de mes yeux. Faut-il s’en étonner ? Pauvre brebis égarée de votre troupeau, et impatiente de votre houlette, j’étais couvert d’une lèpre honteuse.

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Et voilà d’où venait mon amour pour ces douleurs, non toutefois jusqu’au désir d’en être pénétré plus avant. Car je n’eusse pas aimé souffrir ce qui me plaisait à voir ; mais ces récits, ces fictions m’effleuraient vivement la chair, et, comme l’ongle envenimé, elles soulevaient bientôt une brûlante tumeur, distillant le pus et la sanie. Telle était ma vie ; était-ce une vie ? ô mon Dieu !

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C’est ainsi que la pitié païenne, ou tragique, demeure captive de l’imaginaire, et s’alimente paradoxalement au spectacle de la cruauté ; seule la pitié chrétienne rompt le charme du spectacle, et se porte au secours de son frère souffrant, en lequel elle reconnaît la figure universelle du Christ.
Les Confessions

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