Musset

C’était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
Ta face et ton profil ?

Es-tu l’œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N’es-tu rien qu’une boule,
Qu’un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

Es-tu, je t’en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L’heure aux damnés d’enfer ?

Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S’allonge
En croissant rétréci ?

Qui t’avait éborgnée,
L’autre nuit ? T’étais-tu
Cognée
À quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
Ballade à la lune

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Le silence est un conseiller
Qui dévoile plus d’un mystère ;
Et qui veut un jour bien parler
Doit d’abord apprendre à se taire

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Hélas ! toujours un homme, hélas ! toujours des larmes !
Toujours les pieds poudreux et la sueur au front !
Toujours d’affreux combats et de sanglantes armes ;
Le cœur a beau mentir, la blessure est au fond.

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« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux »

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« Ce n’était pas Rolla qui gouvernait sa vie,
C’étaient ses passions ; il les laissait aller
Comme un pâtre assoupi regarde l’eau couler. »

(…) « Si Dieu nous a tirés tous de la même fange,
Certe, il a dû pétrir dans une argile étrange
Et sécher aux rayons d’un soleil irrité
Cet être, quel qu’il soit, ou l’aigle, ou l’hirondelle,
Qui ne saurait plier ni son cou ni son aile,
Et qui n’a pour tout bien qu’un mot : la liberté. »

(…) Vous ne la plaignez pas, vous, femmes de ce monde !
Vous qui vivez gaiement dans une horreur profonde
De tout ce qui n’est pas riche et gai comme vous !
Vous ne la plaignez pas, vous, mères de familles,
Qui poussez les verrous aux portes de vos filles,
Et cachez un amant sous le lit de l’époux !
Vos amours sont dorés, vivants et poétiques ;
Vous en parlez, du moins, vous n’êtes pas publiques.
Vous n’avez jamais vu le spectre de la Faim
Soulever en chantant les draps de votre couche,
Et, de sa lèvre blême effleurant votre bouche,
Demander un baiser pour un morceau de pain.

(…) Allons ! chantons Bacchus, l’amour et la folie !
Buvons au temps qui passe, à la mort, à la vie !
Oublions et buvons ; vive la liberté !
Chantons l’or et la nuit, la vigne et la beauté !

(…) Regarde ! ils n’aiment pas ; ils n’ont jamais aimé.

(…) Ô femme ! étrange objet de joie et de supplice !
Mystérieux autel, où, dans le sacrifice,
On entend tour à tour blasphémer et prier !
Dis-moi, dans quel écho, dans quel air vivent-elles,
Ces paroles sans nom, et pourtant éternelles,
Qui ne sont qu’un délire, et depuis cinq mille ans
Se suspendent encore aux lèvres des amants ?
Jacques Rolla, poème de Musset. Le plus grand débauché de Paris.

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« Les mœurs des étudiants et des artistes, ces mœurs si libres, si belles, si pleines de jeunesse, se ressentirent du changement universel. Les hommes, en se séparant des femmes, avaient chuchoté un mot qui blesse à mort : le mépris ; ils s’étaient jetés dans le vin et dans les courtisanes. Les étudiants et les artistes s’y jetèrent aussi ; l’amour était traité comme la gloire et la religion ; c’était une illusion ancienne »
La Confession d’un enfant du siècle

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« Pour écrire l’histoire de sa vie, il faut d’abord avoir vécu ».
La Confession d’un enfant du siècle

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« Il est certain qu’il y a dans l’homme deux puissances occultes qui combattent jusqu’à la mort ; l’une clairvoyante et froide, s’attache à la réalité, la calcule, la pèse, et juge le passé ; l’autre a soif de l’avenir et s’élance vers l’inconnu. Quand la passion emporte l’homme, la raison le suit en pleurant et en l’avertissant du danger, mais dès que l’homme s’est arrêté à la voix de la raison, dès qu’il s’est dit : c’est vrai, je suis un fou ; où allais-je ? la passion lui crie : Et moi, je vais donc mourir ? »
La Confession d’un enfant du siècle

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« Les poètes représentent l’amour comme les sculpteurs nous peignent la beauté, comme les musiciens créent la mélodie ; c’est-à-dire que, doués d’une organisation nerveuse et exquise, ils rassemblent avec discernement et avec ardeur les éléments les plus purs de la vie, les lignes les plus belles de la matière et les voix les plus harmonieuses de la nature. »

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« Il y avait certains jours où je me sentais dès le matin une disposition d’esprit si bizarre qu’il est impossible de la qualifier. Je me réveillais sans motif, comme un homme qui a fait la veille un excès de table qui l’a épuisé. Toutes les sensations du dehors me causaient une fatigue insupportable, tous les objets connus et habituels me rebutaient et m’ennuyaient »
La Confession d’un enfant du siècle

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« C’est pour le peuple et les ignorants qu’on nous parle d’une autre vie ; qui y croit du fond du cœur ? Quel gardien de nos cimetières a vu un mort quitter son tombeau et aller frapper chez le prêtre ? »
La Confession d’un enfant du siècle

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« Celui qui se tue à travailler pour faire plaisir aux autres, sans besoin et goût, pour des honneurs, ou pour tout ce qu’il vous plaira est à coup sûr un imbécile. »

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