Camus

“Vous avez cru que tout pouvait se mettre en chiffres et en formules ! Mais dans votre belle nomenclature, vous avez oublié la rose sauvage, les signes du ciel, les visages d’été, la grande voix de la mer, les instants du déchirement et la colère des hommes ! […] Au sein de vos plus apparentes victoires, vous voilà déjà vaincus, parce qu’il y a dans l’homme une force que vous ne réduirez pas, ignorante et victorieuse à tout jamais. C’est cette force qui va se lever et vous saurez alors que votre gloire était fumée.”
Lettre à René Char

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“La vérité est qu’il faut rencontrer l’amour avant de rencontrer la morale. Ou sinon, les deux périssent. La terre est cruelle. Ceux qui s’aiment devraient naître ensemble. Mais on aime mieux à mesure qu’on a vécu et c’est la vie elle-même qui sépare de l’amour. Il n’y a pas d’issue – sinon la chance, l’éclair – ou la douleur”.

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– « Tu m’aimes », dit Marthe sans transition.
Meursault soudain s’anima et rit très fort.
– Voilà une question bien grave.
– Réponds.
– Mais à notre âge, on n’aime pas voyons. On se plaît, c’est tout. C’est plus tard quand on est vieux et impuissant qu’on peut aimer. À notre âge on croit qu’on aime. C’est tout. »
La Mort heureuse

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« Je ne ferais jamais un geste pour abréger une vie à laquelle je crois tant. J’accepterais pis encore, aveugle, muet, tout ce que vous voudrez, pourvu seulement que je sente dans mon ventre cette flamme sombre et ardente qui est moi et moi vivant. Je ne songerai qu’à remercier la vie pour m’avoir permis de brûler encore. »

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– Ah ! docteur, ah ! docteur, faisait-il.
Rieux hochait la tête pour l’approuver, incapable de parler. Cette détresse était la sienne et ce qui lui tordait le cœur à ce moment était l’immense colère qui vient à l’homme devant la douleur que tous les hommes partagent.

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Mais il savait aussi que ce n’est pas grand-chose que d’aimer un être, ou du moins qu’un amour n’est jamais assez fort pour trouver sa propre expression.

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Tout ce que l’homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie, c’était la connaissance et la mémoire. (…) Mais si c’était cela gagner la partie, qu’il devait être dur de vivre seulement avec ce qu’on sait et ce dont on se souvient, et privé de ce qu’on espère. C’était ainsi sans doute qu’avait vécu Tarrou et il était conscient de ce qu’il y a de stérile dans une vie sans illusions. Il n’y a pas de paix sans espérance, et Tarrou qui refusait aux hommes le droit de condamner quiconque, qui savait pourtant que personne ne peut s’empêcher de condamner, et que même les victimes se trouvaient être parfois des bourreaux, Tarrou avait vécu dans le déchirement et la contradiction, il n’avait jamais connu l’espérance.

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L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle.
Discours du prix Nobel

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Il est ainsi de nos jours beaucoup de gens qui se dévouent d’autant plus à l’humanité qui l’aime moins

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Pour être une fois au monde, il faut à jamais ne plus être.

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À défaut d’un bonheur inlassable, une longue souffrance ferait au moins un destin ; mais non, et nos pires tortures cesseront un jour. Un matin, après tant de désespoirs, une irrépressible envie de vivre nous annoncera que tout est fini, et que la souffrance n’a pas plus de sens que le bonheur. Le goût de la possession n’est qu’une autre forme du désir de durer, c’est lui qui fait le délire impuissant de l’amour.

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Le goût de la possession est à ce point insatiable qu’il peut survivre à l’amour même. Aimer alors, c’est stériliser l’aimé. La honteuse souffrance de l’amant, désormais solitaire, n’est point tant de ne plus être aimé, que de savoir que l’autre peut et doit aimer encore. À la limite, tout homme dévoré par le désir éperdu de durer et de posséder souhaite aux êtres qu’il a aimés la stérilité ou la mort.

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