La douceur

La douceur est face à face, provocation et elle a l’énigme impénétrable de ce que nous appelons l’innocence. La pointe de la douceur, c’est son possible effacement – est c’est précisément ce qui nous effraie. Qu’elle puisse être la plus haute expression de la sensibilité, son intelligence et sa force, et néanmoins à chaque moment disparaître.

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La douceur est un rapport au temps qui trouve dans la pulsation même du présent la sensation d’un futur et d’un passé réconciliés, c’est-à-dire d’un temps non divisé. Ce temps réconcilié permet la vie. La révolution intime de la douceur est en puissance la réalisation d’une liberté inactuelle, qui nous sort des champs de la répétition et de la mélancolie. De l’animalité, elle garde le goût et le toucher, la présence et la grâce. Et de l’enfance l’essentielle présence dans ce qu’elle irradie.

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Elle est un rythme comme le poème est un rythme intérieur au rythme de la langue, un temps contretemps, une intonation seconde. L’élément de non-familiarité dans le familier de la langue. Les vers de Baudelaire ou ceux de Rimbaud ont une douceur particulière car la sauvagerie ou l’âpreté du réel qu’ils exposent est délivrée dans une langue neuve, jaillissante, que rien n’apprivoise pas même après 534 lectures et ce caractère spontané, vertigineux des images à, avec la douceur, une commune et secrète démesure. La douceur relie le spirituel et le matériel, l’intention la plus subjective et l’effraction du monde la plus objective, l’intelligence et l’ignorance, l’un et l’autre, elle coud le monde ensemble, comme le poème qui rabat les anses dechirees du réel sans pour autant les réconcilier 

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Il y a la douceur de la mère envers son enfant, la caresse de l’amant celle de l’animal, il y a la douceur d’une atmosphère et celle d’un état d’esprit. La subtilité vient du précieux de chacune de ses occasions. Ce qui est touché ou ressenti diffuse une qualité qu’il est difficile de cerner sur le moment mais que nimbe le réel. La bonne distance qu’invente la douceur permet à chacun d’exister dans son propre espace ; elle est le contraire de l’effraction.

Comment nommer cette part sauvage de nous-mêmes qui va chercher aux confins de ce retrait qu’on appelle être seul le commencement de cette vie choisie et non subie ?

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