Renonce à toi soif de livres, pour mourir non en murmurant, mais bienveillant et ayant envers les dieux une reconnaissance véritable, partie du cœur
*
Ne t’écarte plus du but : tu ne dois lire ni tes propres mémoires ni les actions dans anciens romains et des Grecs, ni les extraits des ouvrages que tu te réservais pour ta vieillesse; tends vers ta fin et si tu as quelque souci de toi-même, aide toi toi même tant que tu le pourras.
Que de loisir on gagne à ne pas observer ce que dit le voisin, ce qu’il fait ou ce qu’il pense, a voir seulement ses propres actions, pour qu’elles soient justes, pieuses et conformes au bien. Ne regarde point autour de toi; cours droit sur ta ligne, ne te disperse pas
Ce petit instant du temps de la vie, le traverser en se conformant à la nature, partir de bonne humeur, comme tombe une olive mûre, qui bénit celle qui l’a portée et rend grâce à l’arbre qui l’a fait pousser
Comment t’es tu comporté jusqu’ici avec les dieux, avec tes parents, avec tes frères, avec ta femme, avec tes maîtres, avec ceux qui t’ont élevé, avec tes amis, avec tes proches, avec tes serviteurs ? Dans tes rapports avec tous, as-tu suivi le dicton : « ne faire de mal à personne et n’en point dire »
Rappelle en ton souvenir par où tu es passé, ce que tu as réussi à supporter; que l’histoire de ta vie est désormais accomplie et ton service achevé : combien de hauts faits on a vus : combien de plaisirs et de peines tu as méprisées; combien de fois tu as négligé ta renommée : envers combien d’ingrats tu as été bienveillant.
Le meilleur moyen de se défendre, c’est de ne pas leur ressembler
Combien la durée a-t-elle absorbé de Chrysippe, combien de Socrate, combien d’Epictete ? Fais la même réflexion à propos de tout homme, quel qu’il soit, et de toute chose.
Proche est le moment où tu auras tout oublié; proche, celui où tous t’auront oublie.
Parmi les choses présentes, tenir compte des plus favorables et songer à quel point tu les rechercherais, si elles n’étaient pas là.
Examiner le cours des astres dont la course est commune : penser continuellement aux transformations les uns dans les autres. De telles images purifient ce qu’il y a de sordide dans la vie d’ici bas
Regarde en toi même ! En toi est la source du bien qui peut toujours jaillir si tu creuses toujours.
C’est malgré elle qu’une âme est privée de vérité. Donc aussi de justice, de tempérance, de bienveillance et autres qualités pareilles. Il est absolument nécessaire de t’en souvenir continuellement; tu auras alors plus de douceur envers tout le monde.
Tu ne peux plus lire ! Mais tu peux empêcher les excès; tu peux surmonter les plaisirs et les peines; tu peux te mettre au-dessus de la haine gloire; tu peux être sans colère contre les insensibles et les ingrats, et, plus encore, les protéger
Allons ! Complais toi dans le temps present. Ceux qui chercher plutôt un renom posthume ne pensent pas que les gens à venir seront tels que ceux qui leur pèsent et qu’ils sont aussi mortels; que t’importent tout ce bruit de paroles et l’opinion qu’ils auront de toi.
Prends moi et jette moi ou tu voudras. Car là bas je garderai mon génie favorable.
Ce concombre est amer : laisse-le. Il y a des rondes dans le chemin : passe à côté. Cela suffit. N’ajoute pas « pourquoi choses pareilles dans le monde? »
Ils te tuent, ils te mettent en pièces, ils te pourchassent par leurs imprécations. Qu’a à faire tout cela pour garder ta pensée pure raisonnable et juste ?
C’est comme si, en passant auprès d’une source limpide et douce, on l’injuriait; elle ne cesse pas de jaillir avec son eau bonne à boire; et si l’on y jette de la boue et des ordures elle les jettera très vite, elle s’en nettoiera et n’en gardera pas trace. Comment auras tu donc en toi une source éternelle ? En te gardant à toute heure pour la liberté, en restant bienveillant, simple et consciencieux.
Les hommes sont faits les uns pour les autres: donc instruis les ou supporte les
Si Dieu existe, tout est bien; si les choses vont au hasard, ne te laisse pas aller, toi aussi, au hasard.