Sois tranquille, cela viendra…

Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,
Tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin 
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s’arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu’elle aille s’endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche, 
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu serres avec force le noeud de vos quatre bras
pour être bien immobiles
Dans la brûlante obscurité de vos cheveux, 

Elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille
Elle vient : d’un mot à l’autre tu es plus vieux.

Philippe Jaccottet

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