Je laisse inachevé tout ce que je commence ;
Je suis le livre ouvert par un couple naissant,
La grappe de raisin volée par un passant,
Et j’habite mon corps comme une ombre en partance.
A celui qui écrit “Ceci est”, je réponds
“-Peut-être.” Ma vie est un accord de guitare,
Qui se perd dans la voix nue d’un chanteur, le soir,
Lorsque les derniers pêcheurs ont quitté le pont.
Mes amours, où sont-ils ? Sûrement dans le creux
D’un fauteuil ou d’un lit, chez un homme bienheureux,
Réchauffés par un feu silencieux et paisible.
Mais moi, l’homme pluvial, enfant de l’Idéal,
Je porte seul mon sac, ma douleur et ma bible,
Et j’erre dans la nuit où rôde l’Animal…