La couronne et la lyre

Chacun souffre. Ô soleil, dans ta course entraîné,
Tu n’aperçois d’en haut que des infortunés

–Solon

Et je ne reverrai jamais ma douce Attys.
Mourir est moins cruel que ce sort odieux ;
Et je la vis pleurer au moment des adieux.
Elle disait : « Je pars. Partir est chose dure. »
Je lui dis : « Sois heureuse, et va, car rien ne dure.
Mais souviens-toi toujours combien je t’ai aimée.
Nous tenant par la main, dans la nuit parfumée,
Nous allions à la source ou rôdions par les landes.
J’ai tressé pour ton cou d’entêtantes guirlandes ;
La verveine, la rose et la fraîche hyacinthe
Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte ;
Les baumes précieux oignaient ton corps charmant
Et jeune. Prés de moi reposant tendrement,
Tu recevais des mains des expertes servantes
Les milles objets que l’art et la mollesse inventent
Pour parer la beauté des filles d’Ionie…
Ô plaisir disparu ! Joie à jamais finie !
L’éperdu rossignol charmait les bois épais,
Et la vie était douce et notre cœur en paix… »

Sapho, traduction assez libre

Le ciel est bas ; le vent siffle, fouet divin,
Rabattant le nuage, et l’eau des sources gèle.
Allume un bon feu vif, mets du miel dans ton vin,
Dors sur les doux coussins oubliant…
N’attends pas que la nuit fasse allumer la lampe ;
Seul un doigt de jour reste. Ô tendre et bel ami,
Prends sur le haut dressoir les coupes, et parmi
Les convives, faisons circuler

Alcée de Lesbos

Demain n’y compte pas. Ce frêle bonheur d’homme
J’espère pas qu’il dure en ce monde agité
Car tout passe, tout fuir, tout nous échappe comme
Un vol de libellule au fond d’un soir d’été.

–Simonides, Dans Stobée 105,9

***

Qu’importe après la mort, pour y étendre un homme
Le royal catafalque et ses tapis superbes ?
Couchés dans la broussaille et dans les maigres herbes,
Les morts sur le sol dur font aussi un bon somme.

**

On pourrait mettre aisément sur le même navire
(pas même des plus grands) les hommes au cœur sain,
Au parler juste, au clair regard, et que le gain
Ne jette pas sur l’écueil vil où tout chavire

–Theognis

J’apprends ta mort, mon Heraclite, et je revois
Nos promenades, et nos entretiens d’autrefois,
Si souvent prolongés jusqu’au soleil couchant.
Et tu n’es plus… Au loin, la terre t’a reçu,
Depuis longtemps déjà, sans que nous l’eussions su.
Mais la mort qui prend tout ne prendra pas ton chant.
L’oiseleur noir est sans pouvoir sur tes poèmes,
Et ces vivants ramiers qui consolent ceux qui t’aiment.

–Callimaque

Et la mer, sueur terrestre

-Empédocle

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