Chateaubriand

On tire de l’extrême jeunesse des raisons d’atermoiement ; quand on a beaucoup de temps à dépenser, on se persuade qu’on peut attendre des années à jouer devant les événements.
Mémoires d’outre-tombe

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Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent.

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Notre vanité met trop d’importance au rôle que nous jouons dans le monde. Le bourgeois de Paris rit du bourgeois d’une petite ville ; le noble de cour se moque du noble de province ; l’homme connu dédaigne l’homme ignoré, sans songer que le temps fait également justice de leurs prétentions, et qu’ils sont tous également ridicules ou indifférents aux yeux des générations qui se succèdent.

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Toute notre vie se passe à errer autour de notre tombe ; nos diverses maladies sont des souffles qui nous approchent plus ou moins du port.

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C’est la société qui est la véritable tour de Babel.

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« Qu’un vieillard est une ombre errante à la clarté du jour. » [Grec : Οναρ ἡμερόφαντον ἀλαίνει].

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Je ne m’explique le chef-d’œuvre de Cervantes et sa gaieté cruelle que par une réflexion triste : en considérant l’être entier, en pesant le bien et le mal, on serait tenté de désirer tout accident qui porte à l’oubli, comme un moyen d’échapper à soi-même : un ivrogne joyeux est une créature heureuse. Religion à part, le bonheur est de s’ignorer et d’arriver à la mort sans avoir senti la vie.

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« Il est aussi peu en la puissance de toute faculté terrienne, dit l’Estoile, d’engarder le peuple françois de parler, que d’enfouir le soleil en terre ou l’enfermer dedans un trou. »

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Je donnai mon mouchoir de soie à la petite Africaine : ce fut une esclave qui me reçut sur la terre de la liberté.

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Cherchez les bois où brilla l’épée de Washington : qu’y trouvez-vous ? Des tombeaux ? Non ; un monde ! Washington a laissé les États-Unis pour trophée sur son champ de bataille.

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La République de Washington subsiste ; l’empire de Bonaparte est détruit. Washington et Bonaparte sortirent du sein de la démocratie : nés tous deux de la liberté, le premier lui fut fidèle, le second la détruisit.

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Haletons après une renommée qui ne volera pas à quelques lieues de notre tombe !

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L’Américain a remplacé les opérations intellectuelles par les opérations positives ; ne lui imputez point à infériorité sa médiocrité dans les arts, car ce n’est pas de ce côté qu’il a porté son attention. Jeté par différentes causes sur un sol désert, l’agriculture et le commerce ont été l’objet de ses soins ; avant de penser, il faut vivre ; avant de planter des arbres, il faut les abattre afin de labourer.

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Les Américains n’ont point parcouru les degrés de l’âge des peuples ; ils ont laissé en Europe leur enfance et leur jeunesse ; les paroles naïves du berceau leur ont été inconnues ; ils n’ont joui des douceurs du foyer qu’à travers le regret d’une patrie qu’ils n’avaient jamais vue, dont ils pleuraient l’éternelle absence et le charme qu’on leur avait raconté. Il n’y a dans le nouveau continent ni littérature classique, ni littérature romantique, ni littérature indienne : classique, les Américains n’ont point de modèles ; romantique, les Américains n’ont point de moyen âge ; indienne, les Américains méprisent les sauvages et ont horreur des bois comme d’une prison qui leur était destinée.

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Les États du nord et du midi ne sont-ils pas opposés d’esprit et d’intérêts ? Les États de l’ouest, trop éloignés de l’Atlantique, ne voudront-ils pas avoir un régime à part ? D’un côté, le lien fédéral est-il assez fort pour maintenir l’union et contraindre chaque État à s’y resserrer ? D’un autre côté, si l’on augmente le pouvoir de la présidence, le despotisme n’arrivera-t-il pas avec les gardes et les privilèges du dictateur ?

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René exilé d’Europe en Louisiane
« Un jour, le Meschacebé, encore assez près de sa source, se lassa de n’être qu’un limpide ruisseau. Il demanda des neiges aux […], des eaux aux torrents, des pluies aux tempêtes, il franchit ses rives, et désola ses bords charmants. L’orgueilleux ruisseau s’applaudit d’abord de sa puissance ; mais, voyant que tout devenait désert sur son passage, qu’il coulait abandonné dans la solitude, que ses eaux étaient toujours troublées, il regretta l’humble lit que lui avait creusé la nature, les oiseaux, les fleurs, les arbres et les ruisseaux, jadis modestes compagnons de son paisible cours. »

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