Fouquet ou le soleil offusqué

Fouquet mort, à qui on a volé sa dernière fille, Colbert vivant, entouré de ses filles, toutes trois duchesses, cette révolution de deux destins semble trop parfaite, accomplie jusqu’à l’étrangeté ; elle est pourtant logique, morale, lumineuse : l’impatient a été bloqué, l’homme qui attendait son heure l’a trouvée ; les biens de ce monde ont glissé des mains du premier dans celles du second.

Mais Fouquet a sauvé sa vie profonde, laissant Colbert condamné à ramer sur la galère mondaine, avec des gants parfumés.

Les dieux n’aiment pas l’homme heureux.

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si heureux à Saint-Mandé ! Son vrai destin, c’était d’être un sage. Pourquoi cette carrière de grimpeur ? Pour voir la France à ses pieds ? Ce sont les gamins qui aiment escalader ; mais un homme ? Il vacille sur ses jambes. Combien loin le temps où le roi disait : « Fouquet est trop puissant dans un État trop faible ! » Il n’oserait se regarder dans un miroir, s’il en avait un (mais on craint trop qu’il ne s’égorge…), il y verrait sa figure si française, une de ces figures ouvertes et avenantes qui préviennent d’abord en leur faveur, mais qu’on oublie très vite ; comme il était lui-même oublié. « Un surintendant n’est jamais laid » avait-on dit d’un de ses prédécesseurs ; ce proverbe, il le fait désormais mentir, avec son teint blême de salade de cave, ses yeux creux.

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