“Patience, mon coeur”

Odyssée, 20,18

Le cœur d’Ulysse se leva dans sa poitrine,
et il se demandait dans son âme et dans ses entrailles
s’il allait s’élancer et les tuer l’une après l’autre,
ou s’il les laisserait se donner à ces insolents
pour la toute dernière fois ; son cœur en lui grondait. 
Comme une chienne, protégeant ses petits encor faibles,
Aboie un inconnu et s’impatiente de combattre,
Ainsi son cœur en lui grondait, indigné de ces crimes. 
Mais il le semonça tout en se frappant la poitrine :

“Patience, mon cœur ! Tu supportas chiennerie pire
le jour que le Cyclope a l’âme emportée dévora
tes vaillants compagnons ; tu te contins jusqu’à ce que
ma ruse nous tirât de l’antre où je pensais mourir.”
Ainsi dit-il, interpellant son cœur dans sa poitrine ; 
Son âme, comme à l’ancre, demeura obstinément
Patiente ; mais lui se retournait dans tous les sens. 
Comme un homme, sur un feu vif, tourne et retourne
Une panse de graisse et de sang bien farcie
Et s’impatiente de la voir enfin à point,

Ainsi il se tournait, se retournait, réfléchissant
Comment porter la main sur ces prétendants éhontés,
Seul contre un si grand nombre 

(Trad. Jaccottet)

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