Extraits Montherlant

 *

Que serait un monde sans dupes ?

*

Ô gosses, changeants comme la mer…

*

C’était sa faiblesse surtout qui le rendait implacable

*

L’oubli est un état qui échappe à l’analyse du romancier

*

Mlle de Guerchange était devenue une de ces fumées de cigarettes blondes qui prenaient forme de sylphide dans les affiches de l’époque, puis fumée et sylphide s’évanouissaient ensemble. Avec philosophie, Alban lui disait : « Adieu ! Adieu ! » Que serait une fumée si on ne lui disait pas adieu ?

*

Ce fut sa dernière apparition sur la face lumineuse de l’eau. Ensuite celui qui « avait laissé un souvenir brûlant » redescendit et reposa dans cette fraicheur des grands fonds que les vents n’ont jamais touchés. 

Les Garçons

*

un homme va mourir, et toute la fermeté qu’il montrerait devant la mort, si il n’aimait pas, elle tombe en morceaux, s’il laisse des êtres qu’il aime, sous l’horreur de les perdre, et l’angoisse de ce qu’ils vont devenir. Aimer empoisonne, aimer ronge (et, je le répète, il ne s’agit pas ici de l’amour-passion, mais de l’affection conjugale, parental, etc…) Il ne peut y avoir de sagesse philosophique chez celui qui aime. Il ne peut y avoir d’être de sagesse sans égoïsme. (Dieu est tout amour parenthèses disent les chrétiens. L’incroyant répond ceci et cela, mais il pourrait aussi répondre que, si Dieu aime, Dieu est faible, Dieu dépend de la créature et alors il n’est plus Dieu. Un dieu qui aimerait serait un Dieu esclave, et un dieu esclave n’est pas concevable. Regarder le sourire du Bouddha et ne nous parlez plus de son amour pour les hommes : On ne sourit  ainsi que lorsqu’on aime pas.

et cependant, si le non-amour est la liberté de l’âme et de l’esprit, cette inquiétude quand on aime peut-être quelques fois un des soutiens de l’âme et de l’esprit. L’attention à la santé, au bonheur et à la valeur d’un être, non pas permanente, mais toujours retrouver au sortir de ce qui n’est pas elle, cette tension est une sorte de ciment qui se glisse dans tous les interstices d’une vie, en lie les éléments plus ou moins disparates, lui donne la cohérence et par suite la solidité. Elle fait l’unité de temps de vie dispersées ( l’amour maternel chez les veuves), comme elle en fait la plénitude. 

*****

Quelle que soit leur expérience du contraire, les hommes persistent à croire qu’un caractère marche tout d’une pièce. Or, il n’y a unité de caractère que chez les etres qui s’en fabriquent une par artifice; tout ce qui reste naturel est inconséquent.

—

Il y aura sûrement en enfer des démons qui vous désireront, sans qu’on les désire. Il est impossible qu’un Dieu amateur de supplices n’ait pensé à cela.

**

Ils restèrent ainsi confondus, comme le ciel et la mer certains jours où la ligne d’horizon n’est plus visible, dans une grande splendeur unie et étale.

***

Nous aimons les animaux parce qu’ils ne mentent pas. C’est pour cela que l’homme les a mis en esclavage : ils lui rappelaient la vérité.

**

C’est une horrible chose, de n’avoir pour un être que ce sentiment hybride, à mi-chemin entre l’amour et l’indifférence, qu’est la pitié. Sentiment qui fait qu’on ne jouit pas franchement de cet être, qu’il ne jouit pas franchement de vous (car il flaire la pitié, et qui donc à jamais aimé la pitié qu’on lui portait ?), qu’on s’y ronge, qu’on s’y épuise, et tout cela en pure perte, parce que la fin de la pitié est toujours une explosion qui rejette les deux êtres pantelants et meurtris, chacun de son côté, là où il n’aurai jamais dû cesser d’être. 

**

Le bien, ça devrait être de vivre puissamment, sans s’occuper des autres. Votre chaleur les réchaufferait, et les mettrait en mouvement.! 

***

Les eaux dénouées reprenaient leur cours, avec le bruit ravissant d’une artillerie lointaine; tout était plein d’eaux courantes invisibles. Invisibles ? Mais voici un torrent qui fait jouer dans la nuit ses replis de vipère matraquée, voici des cascades, grandioses par les rochers et la hauteur d’où elles tombent, charmantes parce qu’elles ont l’air d’un long oriflamme qui scintille ou de la queue d’un cheval arabe déployée. La lune était apparue, flanquée de Vénus toute petite (ainsi le boeuf, flanqué de son oiseau pique-boeuf), et les constellations brillaient sur l’autre versant, comme des cristaux de neige au soleil. Grand ciel damasquiné de figures ! Nuit couronnée de souffles et de voix! En vue des premiers feux de Souk et Tnine (il y eut un chien, derrière lui, dont il ne devina la course qu’au bruit des pierres qu’elle faisait dévaler), En vue des premiers feux de Souk et Tnine (il y eut un oiseau insomnieux, qui lui fit un cri de connivence), En vue des premiers feux de Souk et Tnine, Costal eut une pensée un peu bizzare, mais pleine de paix “Après tout, ce n’est qui moi qui meurs”

Leave a comment